vendredi 17 juillet 2015

Le petit homme qui voulait grandir vite


Il était une fois un tout petit homme qui voulait grandir et devenir plus fort. Le sage qu’il alla voir lui montra la plus haute des montagnes et lui dit :
— Tu vois cette très haute montagne là-bas ? Si tu parviens à la gravir, tu seras le plus grand et le plus fort des hommes.

Alors, le petit homme se rendit au pied de la montagne et, une fois arrivé, perdit aussitôt tout espoir : elle était si haute et il était si petit, et si faible ! Il essaya tout de même.
Il y avait deux sentiers : l'un était droit, l'autre montait en zigzaguant et semblait beaucoup plus long que le premier. Le petit homme était pressé de devenir le plus grand des hommes, aussi par logique choisit-il le premier chemin. Pourquoi se compliquer la vie ?

Il commença alors à grimper la montagne escarpée, mais au bout d'une heure, il n'eut plus la force de continuer et s'assit sous le soleil. Là, il se lamenta.  Soudain, il entendit une petite voix qui semblât sortir de nulle part :

— Moi, j'ai la réponse que tu cherches.
Surpris, le petit homme chercha autour de lui et aperçut une toute petite coccinelle posée sur un caillou.
— De quoi parles-tu ? lui demanda le petit homme, pris de curiosité.
— J'ai la réponse à ta question... lui répéta évasivement la petite coccinelle. 
Et la maligne petite bestiole s'envola quelques mètres plus loin. Le petit homme s'élança aussitôt à sa poursuite, s'éloignant peu à peu de son chemin car il voulait absolument comprendre ce qu'avait voulu dire la coccinelle.
Il la suivit ainsi quelques minutes, jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il trottait sur un nouveau chemin, beaucoup moins escarpé que le premier. Il poursuivit le chemin à la recherche de la coccinelle. Il marcha ainsi pendant des heures, jusqu'à arriver dans un terrible brouillard.
Il s'assit là et se mit à pleurer. 
— Je suis perdu ! J'ai perdu la trace de la petite coccinelle et en plus de ça, je n'arriverai jamais à gravir cette montagne !
Épuisé, il s'endormit.

Quelques heures plus tard, le petit homme se réveilla et découvrit avec stupeur que le sommet ne se trouvait en réalité qu'à quelques mètres au-dessus de lui !


— Ce n'était pas si compliqué ! déclara une petite voix qui lui était devenue familière.

La petite coccinelle était là, posée sur son épaule.
— Tu as voulu prendre la solution qui te paraissait la plus simple alors tu as choisis le chemin le plus court. Puis tu as baissé les bras alors que tu étais tout près du but, parce que tu étais persuadé de ne pas y parvenir. En étant trop pressé, on ne prend pas le temps de réfléchir et on fait souvent les mauvais choix. Il ne faut jamais se décourager : il n'y a qu'avec de la volonté qu'on parvient aux sommets. Regarde, tu as relevé le défi et tu l'as remporté. 
Parfois il faut juste de la persévérance et une bonne dose de courage


Source : http://short-edition.com/oeuvre/

vendredi 10 juillet 2015

Que faut-il savoir ?


Un vieux roi vient de mourir, son fils unique monte sur le trône pour lui succéder.
Conscient de son ignorance, il convoqua les hommes les plus savants du royaume, et il leur demanda de voyager à travers le monde pour rapporter toute la science et toute la sagesse connues à cette époque.
Ils reviennent seize ans plus tard, chargés de livres en toutes langues.
Le roi réalise qu’une seule vie ne pourrait lui suffire pour tout lire, tout apprendre, tout comprendre.
Il demande donc aux érudits de lire ces livres à sa place, puis d’en tirer l’essentiel et de rédiger pour chaque science un ouvrage accessible.
Seize années passent encore avant que les savants constituent pour le roi une bibliothèque faite des seuls résumés de toute la science et de toute la sagesse humaine.
Le roi devenu vieux comprend qu’il n’aura pas le temps de lire et d’intégrer tous ces ouvrages.
Il prie donc les savants d’écrire un article par science en allant à l’essentiel.
Huit autres années passent.
Fatigué et malade, le roi demande à chacun de résumer rapidement son article en une seule phrase.
Quatre années furent encore nécessaires pour cette tâche.

A la fin, un seul livre est écrit… qui contient une seule phrase sur chacune des sciences et des sagesses du monde.
Au vieux conseiller qui lui apporte l’ouvrage, le roi mourant murmure :
– Donnez-moi une seule phrase qui résume tout ce savoir, toute cette sagesse. Juste une seule phrase avant que je ne meure!!
– Sire, dit le conseiller, toute la sagesse du monde tient en deux mots … “ Vivre l’instant” …


Extrait du livre de l’âme du monde de Frédéric Lenoir.

vendredi 3 juillet 2015

Conte Zen : l'homme qui ne voulait pas obéir


Il était une fois un grand maître zen dont les enseignements étaient suivis non seulement par des étudiants mais aussi par des personnes de tous âges et de tous rangs.
Irrité par son succès, un prêtre d’un temple proche qui voyait ses propres adeptes aller suivre l’enseignement de ce « rival », se mit en colère et vint au temple de ce dernier.

Il arriva en plein enseignement et l’interpella : "Hé, le professeur zen, une minute ! Celui qui vous respecte obéira à ce que vous dites, mais un homme comme moi ne vous respecte pas. Pouvez-vous m’obliger à vous obéir ?" 
-        - Venez près de moi, lui répondit tranquillement le maître zen, et je vais vous montrer.
D’un pas fier, le prêtre se fraya un chemin dans la foule.
Le maître zen lui sourit : « venez à ma gauche. »
Le prêtre s’exécuta.
« Finalement non, dit le maître, nous parlerons mieux si vous êtes à ma droite. Passez de l’autre côté. »
Fièrement le prêtre passa à droite.
« Vous voyez, lui fit remarquer le maître, vous m’obéissez et je crois que vous êtes quelqu’un de bon. Maintenant, asseyez-vous et écoutez ! »
  

Source : P.  Reps et N. Senzaki, On ne peut pas voler la lune, la table ronde, 2004

vendredi 26 juin 2015

D'où vient la force ?


Un homme avait un bœuf noir d’une grande force. Son voisin, qui en avait aussi un très fort, aimait les paris.
Un jour, au cours d’une foire, ce voisin fit tirer à son bœuf un chariot avec une lourde charge et, devant l’étonnement des badauds, paria 100 pièces d’or qu’aucun autre bœuf ne pourrait le faire.      
 Le propriétaire du bœuf  noir releva le défi. Il attela sa bête et lui cria : « Allez, vas-y ! Tire, feignant ! Sale bête, vas-y ! »
Le bœuf noir eut beau forcer, il ne parvint pas à tirer la charge et son propriétaire perdit 100 pièces d’or.
Quelque temps plus tard, le voisin remit sur la table le pari, avec 1.000 pièces d’or.
Le propriétaire du bœuf noir ne releva pas le défi, mais une nuit, il rêva que son bœuf lui disait : « relève le défi et je te ferai gagner cette somme. » Devant l’étonnement de son maître, le bœuf continua : « en m’insultant et m’humiliant en public, tu m’a fait perdre ma confiance en mes forces. Encourage-moi et tu verras. »
Alors, le lendemain, le maître annonça qu’il relevait le pari .Il l’attela à la lourde charge et lui prodigua mille encouragements : « Je sais que tu en as la force. Je te fais confiance, … ». 
A l’étonnement de tous, le bœuf noir emporta l’énorme charge.


Source : d’après une fable bouddhiste rapportée par Michel Piquemal 

vendredi 19 juin 2015

Conte japonais : l'école du combat sans armes



Le maître Tsukahara Bokuden traversait le lac Biwa sur un radeau avec d'autres voyageurs. Parmi eux, il y avait un samouraï extrêmement prétentieux qui n'arrêtait pas de vanter ses exploits et sa maîtrise au sabre. A l'écouter, il était le champion toutes catégories de tout le japon, ce que les voyageurs semblaient croire au vu de leurs regards goguenards où se mêlaient admiration et crainte. Le maître ne s'en préoccupa donc pas, ce qui finit par vexer le samouraï qui voyait bien l'attention de Bokuden se concentrer ailleurs. 


Il lui dit : " Toi, aussi tu portes une paire de sabre. Si tu es samouraï, pourquoi ne dis-tu pas un mot ?" Bokuden répondit : " Je ne suis pas concerné par tes propos. Mon art est différent du tien. Il consiste, non pas à vaincre les autres, mais à ne pas être vaincu". Le samouraï se gratta le crâne de perplexité et demanda :
- " Mais alors quelle est ton école ?"
- " C'est l'école du combat sans arme."
- " Mais dans ce cas, pourquoi portes-tu des armes ?"
- " Cela me demande de rester maître de moi pour ne pas répondre aux provocations. C'est un sacré défi !"
Exaspéré, le samouraï demanda :
- " Et tu penses vraiment pouvoir combattre avec moi, sans sabre ?"
- " Pourquoi pas ? Il est même possible que je gagne !"


Hors de lui, le samouraï cria au passeur de ramer vers le rivage le plus proche, mais Bokuden suggéra qu'il serait préférable d'aller sur une île, loin de toute habitation, pour ne pas provoquer d'attroupement et être plus tranquille. Le samouraï accepta. Quand le radeau atteignit une île inhabitée, le samouraï, impatient d'en découdre, sauta à terre, il dégainait déjà son sabre, prêt au combat. Bokuden enleva soigneusement ses deux sabres, les tendit au passeur et s'élança pour sauter à terre, quand soudain, il saisit la perche du batelier, puis dégagea rapidement le radeau de la berge pour le pousser dans le courant. 

Bokuden se retourna alors vers le samouraï qui gesticulait sur une île déserte et il lui cria :   " tu vois, c'est cela, vaincre sans arme !"

Source : http://gctm.free.fr/bushido/jpcontesjp.html

vendredi 12 juin 2015

Raconter, c’est laisser des traces de pas dans l’air…


Sur une plage…
Une tortue, à pas lent, se promène. Tout d’un coup, un jaguar surgit devant elle :
-   Bonjour, cher déjeuner.
-   Jaguar, jaguar s’il te plaît accorde-moi une faveur avant de me dévorer.
-   Qu’est-ce que tu veux ?
-   Laisse-moi un peu de temps pour me préparer à ma mort.
-   D’accord, dit le jaguar, tu n’es pas bien rapide, tu ne pourras pas t’échapper. Prends le temps qu’il te faut mais fais vite, j’ai faim.

A ces mots, la tortue se rue sur le sol, commence à frapper le sable de sa patte, se tourne dans un sens puis dans l’autre, secoue la terre dans tous les sens. Puis elle se calme, vient se placer devant le jaguar et lui dit :
-   C’est bon, je suis prête
-   Mais qu’est-ce qu’il t’a pris, je ne comprends pas
-   Aujourd’hui, tu me manges et contre ça, je ne peux rien. Mais demain, les hommes vont passer par ici et ils verront les traces du combat acharné d’un jaguar et d’une toute petite tortue. Alors, peut-être, ils auront le courage de venir t’affronter …

Raconter, c’est laisser des trace de pas dans l’air… 


Rapporté par le conteur Dan Yashinsky, dans Soudain on entendit des pas

jeudi 4 juin 2015

Le temps du bonheur


C’est l’histoire d’un homme, un chercheur, enfin de quelqu’un qui cherche et qui ne trouve pas forcément. Il ne sait d’ailleurs pas toujours ce qu’il cherche, mais il est en quête.

Il eut un jour l’envie d’aller à Kammir. Il ne savait pas pourquoi, mais il suivit son intuition et partit. Lorsqu’après un long voyage, il arriva fourbus à proximité de la ville, il vit une petite colline à sa droite qui était toute ombragée. Il décida de s’y reposer. 

Il se retrouva dans un jardin parsemé de grandes pierres blanches. Il s’y reposa, puis en laissant son regard se poser sur une pierre blanche, il vit une inscription. Il la déchiffra : si le nom était illisible, il pouvait y lire clairement 8 ans 6 mois, 3 semaines et 2 jours.  Il en regarda une autre avec des inscriptions similaires, puis d’autres encore. Ce qui était terrible était le jeune âge des personnes enterrées : le plus âgé avait 11 ans. « Un cimetière d’enfants ! » pensait le chercheur. 
Il était perdu dans ses pensées quand il vit arriver un homme qui se révéla être le gardien du cimetière. Celui-ci sourit quand le chercheur lui fit part de ses (tristes) réflexions.

Il lui dit : «  Il est de coutume chez nous, le jour du quinzième anniversaire d’une personne, de lui faire présent d’un carnet. Dans celui-ci, il doit noter à gauche ce qui lui a donné de la joie et, à droite, combien de temps a duré cette joie. Ainsi, nous notons peu à peu, dans ce carnet les moments heureux, les fêtes, les rencontres, les bonnes nouvelles… et leur durée.
Lorsque que quelqu’un meurt, nous ouvrons son carnet et additionnons ses moments de joie, parce que pour nous, ce temps est le seul et véritable temps vécu. »         


Source :Jorge Bucay, Je suis né aujourd’hui au lever du jour, Pocket (2008)