dimanche 20 septembre 2015

Conte iranien : Khosrow et Shirin


Cette histoire est celle d’un roi Sassanide, Khosrow II, appelé aussi Khosrow Parwis, et d’une princesse chrétienne prénommée Shirin.
Khosrow Parwiz, avait dès son jeune âge des qualités exceptionnelles. Courageux, beau, intelligent et puissant, il était particulièrement expert dans le tir à l’arc et la chasse au lion. C’est dans un rêve que son grand-père lui apprit qu’il allait bientôt rencontrer la femme de sa vie.
Un jour, son ami Shâpûr, lui parla d’une femme qui régnait dans la région de la mer Caspienne appelée Mahin Bânû et qui avait une fille, Shirin, "belle comme un ange", dont Khosrow tomba aussitôt amoureux. Lors d’un voyage de Shirin en Arménie, Shâpur lui montra le portrait de Khosrow elle tomba à son tour aussitôt amoureuse de lui. Shâpur lui donna une bague de la part de Khosrow et lui conseilla de chevaucher vers Tisfûn pour le rejoindre le plus vite possible.
Prétendant vouloir aller à la chasse, Shirin demanda à sa mère l’autorisation de prendre son cheval Shabdiz, qui courait à la vitesse du vent. Elle parvint à dépasser ses compagnons de chasse et poursuivit sa chevauchée vers Tisfûn pour retrouver Khosrow. Fatiguée par cette longue route, elle se reposa auprès d’un lac où elle se baigna. Avant de partir à son tour, Khosrow donna l’ordre aux gens du harem de partir à la recherche de Shirin et de bien l’accueillir si elle arrivait éventuellement au palais. Il quitta alors Tisfûn et chevaucha en direction du lac où Shirin était en train de se baigner. C’est là que les chevaux s’arrêtèrent et que Khosrow aperçut Shirin et son cheval derrière un buisson. Shirin, qui pensait que seul Khosrow pouvait faire naître chez elle de tels sentiments, en vient à douter à la vue de ce cavalier qui n’avait rien d’un prince, ignorant que Khosrow avait été contraint de fuir déguisé. Elle s’enfuit avec sa monture et Khosrow ne parvint pas à la rattraper. Il ne fut désormais qu’habité par un seul espoir : celui de la retrouver.
Khosrow poursuivit son voyage jusqu’en Arménie et Shirin jusqu’à Tisfûn où elle se présenta aux femmes du harem qui la reçurent selon les ordres.
Apprenant que Khosrow s’était enfui, Shirin devina que cet homme près du lac n’était autre que Khosrow. Ce dernier, à peine arrivé en Arménie, pleura auprès de Mahin Bânû la disparition de Shirin. C’est alors qu’il apprit la mort de son père. Khosrow revint en toute hâte à Tisfûn où il apprit le départ de Shirin pour l’Arménie.  
Durant la guerre de succession à son père, Khosrow dut s’enfuir de nouveau vers l’Arménie. C’est sur la route, dans un pavillon de chasse, que les deux amoureux se rencontrèrent de façon fortuite. La mère de Shirin lui ayant conseillé de ne pas se laisser aller à ses sentiments. Shirin repoussa avec adresse les élans amoureux de Khosrow qui déçu et fâché, prit la route d’Istanbul avec le cheval de Shirin. Il y épousa Maryam, fille de l’empereur de Byzance. C’est alors que Khosrow commença de nouveau à penser à Shirin
C’est ici qu’apparaît un nouveau personnage, Farhâd, tailleur de pierre réputé pour ses travaux extraordinaires. Khosrow fut vite mis au courant de l’amour de Farhâd pour Shirin et décida de se débarrasser de ce concurrent. Il obligea Farhâd à creuser une route dans la montagne de Bisetûn pour permettre le passage des caravanes de commerce. Shirin apportait de temps en temps à Farhâd, un bol de lait pour lui redonner des forces. Un jour, son cheval, épuisé par la charge de pierres précieuses qu’il transportait, mourut dans la montagne. Farhâd porta alors le cheval et la cavalière sur son dos jusqu’au château. Khosrow qui apprit cette nouvelle comprit qu’il était sur le point de perdre Shirin. Il envoya donc un messager qui annonça à Farhâd la mort de Shirin. Ne pouvant supporter cette perte, Farhâd se jeta aussitôt du haut de la montagne et mourut sur le coup. Par la suite, la femme de Khosrow décéda également et Khosrow épousa une jeune fille d’Ispahân, Shokr, réputée pour sa beauté et sa pureté. Néanmoins, Khosrow ne parvenait pas à oublier Shirin qui représentait pour lui l’esprit, alors que sa femme était pour lui matière. Il décida donc d’épouser Shirin. Le mariage fut somptueux mais leur bonheur ne fut que de courte durée car le fils de Khosrow et de Maryam tomba amoureux de Shirin lors des cérémonies nuptiales et assassina son père pendant son sommeil. Désemparée, Shirin se suicida sur la tombe de Khosrow auprès de laquelle elle fut inhumée.


Source : http://www.teheran.ir/spip.php?article306#gsc.tab=0

vendredi 11 septembre 2015

Conte russe: le tsar et la chemise


Un tsar, se trouvant malade, dit : "Je donnerai la moitié de mon royaume à celui qui me guérira !"

Alors, tous les sages se réunirent et se concertèrent pour guérir le tzar, mais ils ne trouvèrent aucun moyen.

Un d’entre eux, cependant, déclara qu’on pouvait guérir le tsar.

— Si l’on trouve sur terre un homme heureux, dit-il, qu’on lui enlève sa chemise et que le tsar la mette, il sera guéri.

Le tsar fit rechercher dans le monde un homme heureux. Les envoyés du tzar se répandirent par tout le royaume, mais ne découvrirent pas celui qu’ils cherchaient. Il ne se trouva pas un homme qui fût content.

L’un était riche, mais malade ; l’autre était bien portant, mais pauvre ; un troisième, riche et bien portant, se plaignait de sa femme ; celui-ci, de ses enfants ; tous désiraient quelque chose.

Un soir, le fils du tsar, passant devant une pauvre chaumière, entendit quelqu’un s’écrier :
— Grâce à Dieu, j’ai bien travaillé, j’ai bien mangé, je vais me coucher ; que me manque-t-il ?

Le fils du tsar fut rempli de joie ; il ordonne qu’on aille tout de suite enlever la chemise de cet homme, qu’on lui accorde en échange tout l’argent qu’il exigera, et qu’on envoie sa chemise au tsar.
Les envoyés se rendirent en hâte chez cet homme heureux et voulurent lui enlever sa chemise, mais l’homme était si pauvre qu’il n’avait pas de chemise.


Extrait des Contes de Leon Tolstoï (1828 – 1910)  

vendredi 4 septembre 2015

Conte de Syrie : le vieil homme et la mort


Un vieil homme vivant tout seul se lève au milieu de la nuit et allume sa chandelle afin d’aller boire un verre d’eau. Au moment où il pose son verre sur la table, il constate que la chandelle a disparu.
Un mince rayon de lumière filtre depuis la chambre, il le suit en revenant sur ses pas, et trouve dans son lit quelqu’un, la chandelle à la main. " Qui es-tu don ?" L’étranger répond : " La Mort ".  Le vieillard se renfrogne, ne dit mot puis répond : " Alors, tu es venue.  
- Oui, répond la Mort crânement.
- Non, répond fermement le vieillard, tu n’es que le rêve que je n’ai pas terminé."
Il souffle la bougie dans la main de l’étranger et tout sombre dans le noir. Le vieil homme remonte dans son lit, se rendort, et vit 20 ans de plus.


Source : Orhan Pamuk, Mon nom est Rouge, Folio. 

vendredi 28 août 2015

Conte de Blanche-Neige revisité



Il était une fois une jeune fille au teint de lys, aux cheveux noirs comme l'ébène et aux lèvres rouge sang, qui s'appelait Blanche Neige. Un jour qu'elle cherchait du travail, elle trouva au détour d'une forêt une petite entreprise, qui ne payait pas de mine, mais qui ne nécessitait pas non plus de gros investissements de départ. Ayant réuni ses maigres économies, obtenu l'aide aux demandeurs d'emploi repreneurs d'entreprise, et convaincu un banquier entreprenant, elle la racheta et se lança dans l'aventure d'en faire une entreprise saine.

Car là était bien la difficulté : si la production était acceptable, la maintenance laissait franchement à désirer, entraînant des défauts de qualité en cascade. Le premier problème qu'il lui fallait résoudre était donc d'obtenir de son personnel un effort important sur l'hygiène corporelle et l'ordre des locaux. Le "staff" comprenait 7 personnes, plus notre héroïne ; elle eut vite fait de s'apercevoir que parmi eux, il y avait :
  •        un ingénieur maison pontifiant
  •          un hypocondriaque allergique
  •          un introverti maladif
  •          un extraverti exubérant
  •          un contestataire né
  •          un imbécile congénital
  •          et un endormi tire-au-flanc

Elle eut fort à faire pour remettre chacun à son travail, et obtenir d'eux qu'ils se lavent et nettoient l'atelier. A l'ingénieur, elle fit des schémas mettant en évidence les vertus de l'hygiène ; à l'hypocondriaque, elle démontra l'influence de la poussière sur le rythme de ses éternuements ; à l'introverti, elle parla au creux de l'oreille et en tête à tête ; à l'extraverti, elle raconta une histoire drôle; elle embrigada le contestataire en le mettant publiquement au défi de se laver ; l'imbécile, elle le prit par les sentiments ; quant à l'endormi, elle laissa faire les autres…

Au bout d'une semaine, elle était exténuée, mais ils étaient propres, et l'atelier rutilait. Ces difficultés de maintenance levée, la production retrouva son meilleur niveau, et les indicateurs passèrent au beau fixe. Elle put par la suite revendre l'entreprise en engrangeant une jolie plus-value, et se constituer ainsi une dot tout à fait séduisante pour un beau prince charmant… mais ceci est une autre histoire !


Conclusion de cette fabulette : sachez vous arranger du savoir-être de ceux qui vous entourent.  

Source : APL

vendredi 21 août 2015

Histoire du méchant petit garçon

Il y avait une fois un méchant petit garçon qui s’appelait Jim. Sa mère ne se tourmentait pas outre mesure à son sujet. Elle avait coutume de dire que s’il se cassait le cou, ce ne serait pas une grande perte. Elle l’envoyait coucher d’une claque, et ne l’embrassait jamais, pour lui souhaiter bonne nuit. Au contraire, elle lui frottait les oreilles quand il la quittait pour dormir.

Avec lui, rien ne se passait comme dans les livres d’histoire. 

Un jour ce méchant petit garçon vola la clef de l’office, s’y glissa, mangea de la confiture, et remplit le vide du pot avec du goudron, pour que sa mère ne soupçonnât rien. Il n’eut aucun remords, comme il est de tradition dans les livres de contes, et se mit à rire. Quand elle découvrit la chose, il affirma qu’il ignorait ce qu’il en était. 

Un autre jour, il grimpa sur le pommier du fermier voisin, pour voler des pommes. La branche ne cassa pas. Il ne tomba pas et ne se cassa pas le bras. Oh  non ! Il prit autant de pommes qu’il voulut, et descendit sans encombre. Rien de semblable jamais dans les livres d’école.

Il déroba, une autre fois, le canif du maître d’école, et, pour éviter d’être fouette, il le glissa dans la casquette de Georges Wilson, le fils de la pauvre veuve Wilson, le jeune garçon moral, le bon petit garçon du village. Quand le canif tomba de la casquette, et que le maître en colère l’accusa, on ne vit pas apparaître soudain, l’attitude noble, au milieu des écoliers, un improbable juge de paix, pour dire : « Épargnez ce généreux enfant. Voici le coupable et le lâche. »  Non. Les choses se seraient passées ainsi dans les livres, mais ce ne fut pas ainsi pour Jim. Aucun juge ne tomba là pour tout déranger. Et l’écolier modèle Georges fut battu.  

Il y avait dans la vie de Jim, quelque chose de magique. C’est sans doute la raison. Rien ne pouvait lui nuire. Il donna même à un éléphant de la ménagerie un paquet de tabac au lieu de pain, et l’éléphant, avec sa trompe, ne lui cassa pas la tête. Il alla fouiller dans l’armoire pour trouver la bouteille de pippermint, et ne but pas par erreur du vitriol. Il déroba le fusil de son père et s’en alla chasser; le fusil n’éclata pas en lui emportant trois ou quatre doigts.

Et il grandit et se maria, et eut de nombreux enfants. Et il s’enrichit par toutes sortes de fourberies et de malhonnêtetés. Et à l’heure actuelle, c’est le plus infernal damné chenapan de son village natal, il est universellement respecté, et fait partie du parlement.

Mark twain (1835-1910)

vendredi 14 août 2015

Soyez chasseur d'images !


Il saute du lit de bon matin, et ne part que si son esprit est net, son cœur pur, son corps léger comme un vêtement d’été. Il n’emporte point de provisions. Il boira l’air frais en route et reniflera les odeurs salubres. Il laisse ses armes à la maison et se contente d’ouvrir les yeux. Les yeux servent de filets où les images s’emprisonnent d’elles-mêmes.

La première qu’il fait captive est celle du chemin qui montre ses os, cailloux polis, et ses ornières, veines crevées, entre deux haies riches de prunelles et de mûres.

Il prend ensuite l’image de la rivière. Elle blanchit aux coudes et dort sous la caresse des saules. Elle miroite quand un poisson tourne le ventre, comme si on jetait une pièce d’argent, et, dès que tombe une pluie fine, la rivière a la chair de poule.

Il lève l’image des blés mobiles, des luzernes appétissantes et des prairies ourlées de ruisseaux. Il saisit au passage le vol d’une alouette ou d’un chardonneret.

Puis il entre au bois. Il ne se savait pas doué de sens si délicats. Vite imprégné de parfums, il ne perd aucune sourde rumeur, et, pour qu’il communique avec les arbres, ses nerfs se lient aux nervures des feuilles.

Bientôt, vibrant jusqu’au malaise, il perçoit trop, il fermente, il a peur, quitte le bois et suit de loin les paysans mouleurs regagnant le village.

Dehors, il fixe un moment, au point que son œil éclate, le soleil qui se couche et dévêt sur l’horizon ses lumineux habits, ses nuages répandus pêle-mêle.

Enfin, rentré chez lui, la tête pleine, il éteint sa lampe et longuement, avant de s’endormir, il se plaît à compter ses images.

Dociles, elles renaissent au gré du souvenir. Chacune d’elles en éveille une autre, et sans cesse leur troupe phosphorescente s’accroît de nouvelles venues, comme des perdrix poursuivies et divisées tout le jour chantent le soir, à l’abri du danger, et se rappellent aux creux des sillons.



Jules Renard  (1864-1910)

jeudi 6 août 2015

Conte de la lune

Une histoire extraite d’un très beau livre (Prix Pulitzer 2014, le prix le plus prestigieux aux USA)


Ma mère m’a raconté, datant de l’époque où elle accompagnait ses parents aux concours hippiques quand elle était petite : « c’était beaucoup de déplacements, dix heures de traversée d’un pays parfois difficile. Des grandes roues, des arènes de rodéo couvertes de sciure, le tout dans l’odeur du pop-corn et du fumier. 
Un jour, on était à San Antonio (USA) et j’ai eu un petit élan de nostalgie –je voulais ma chambre, mon chien, mon lit-  alors papa m’a soulevée en l’air sur le champ de foire et m’a suggéré de regarder la lune. Quand tu te sens nostalgique, m’a-t-il dit, lève les yeux parce que la lune est la même où que tu ailles. 
Alors après sa mort (ses parents sont morts dans un accident), quand j’ai du aller chez tante Bess (la tante qui l’a recueillie) et même maintenant, en ville, quand je vois une pleine lune, c’est comme si elle me disait de ne pas regarder en arrière ni de me sentir triste, je suis chez moi là où je me trouve. »