vendredi 25 janvier 2019

Le petit bonhomme de neige


 il était une fois, un petit garçon qui vivait avec son père dans une jolie maison de bois.

Il était fils unique et n’avait pas d’amis car il habitait très loin du village.

Les vacances de Noël arrivèrent et pour la première fois depuis bien longtemps il se mit à neiger.

Fou de joie le petit garçon pu faire son tout premier bonhomme de neige.

Il le façonna à sa taille, lui mit deux morceaux de charbon en guise d’yeux, une carotte au milieu du visage et des petits cailloux pour lui faire un sourire. Puis il planta deux branches dans son buste, lui posa un bonnet sur la tête et entoura son cou d’une écharpe.

Une fois le bonhomme de neige achevé, le petit garçon le regarda avec émerveillement. Ses yeux de charbon pétillaient de vie sous la douce lumière d’hiver.

Il se prit immédiatement d’affection pour ce petit bonhomme et passa tout son temps libre près de lui.

Seulement un jour, le temps commença à se réchauffer… et le bonhomme de neige se mit à fondre.

Le petit garçon terrifié, demanda à son père s’il y avait une solution, un remède, qui empêcherait son nouvel ami de disparaître.

Celui-ci répondit avec regret qu’il n’y en avait aucune et qu’il fallait tout simplement l’accepter.

Mais le petit garçon ne s’y résigna point.

Il alla chercher ce qui restait de son ami et le mit dans le congélateur.

Le bonhomme de neige, complètement diminué, se retrouva seul et dans l’obscurité, parmi une foule de produits surgelés.

Le petit garçon vint le voir tous les jours. Mais il se rendit bien vite compte que ce n’était plus pareil… et que ses yeux de charbons ne brillaient plus.

Alors que le printemps tardait à venir et la nature à fleurir, le petit garçon se résolut à sortir le bonhomme de neige du congélateur.

Il le déposa dans un champ près de sa maison et le regarda fondre avec calme et sérénité.

Alors seulement, les champs refleurirent… et tout recommença.

vendredi 18 janvier 2019

Conte russe : la vraie richesse


Un marchand avait un fils qui venait d'atteindre l'âge de quinze ans. Se sentant vieillir, il décida de charger son fils d'aller à sa place dans les pays lointains se fournir en marchandises. Sur les trois cents pièces d'or qu'il avait accumulées durant sa vie, il en donna cent au garçon, lui disant - Tu es en âge d'apprendre mon métier. Je te confie au chef de la prochaine caravane en partance. Tu observeras ce que les autres marchands achètent et revendent, et tu feras comme eux. Dépense ces cent pièces à bon escient, car l'argent, en ce monde, est la seule vraie richesse.
Mais dès que la caravane parvint à une grande ville, le fils du marchand abandonna ses compagnons de route à leurs affaires et partit à la découverte. En passant dans une rue, il aperçut par les fenêtres ouvertes d'un grand bâtiment des jeunes gens penchés sur des livres et des feuilles de papier. Il s'approcha et demanda :
- Que font là ces jeunes gens ?
- Ce sont des fils de seigneurs qui apprennent à lire et à écrire.
- Je pourrais apprendre, moi aussi, avec eux ?
- Sois loué de vouloir t'instruire, mais sache que cette école est très renommée. Une année d'étude y coûte cent pièces d'or.
Le garçon, sans hésiter, remit au maître d'école tout son argent et s'installa parmi les autres élèves. Les marchands de la caravane, las de le chercher, reprirent leur route sans lui.
Le garçon se montra assidu et, au bout d'un an, il lisait et écrivait mieux que tous ses camarades. Le maître lui dit :
- Je t'ai appris tout ce que je savais. Tu peux t'en aller, maintenant.
Le garçon reprit le chemin de sa maison. Quand son père le vit, il lui dit :
- Que je suis heureux de te revoir ! Qu'as-tu fait pendant cette année, combien de pièces d'or as-tu ajoutées aux cent que je t'avais confiées ?
- Ne te fâche pas, père, - répondit le garçon. - Je ne te rapporte pas de pièces d'or, mais je reviens instruit. J'ai dépensé les cent pièces d'or à apprendre à lire et à écrire.
- Écervelé ! - se lamenta le père. - Tu as donc oublié mes recommandations ! À quoi te servira de savoir lire et écrire ? Moi qui te parle, je ne sais ni lire ni écrire. En revanche, je sais compter, et c'est cela qui importe pour commercer !
- Au contraire, père, l'instruction m'aidera dans les affaires. Donne-moi encore cent pièces d'or, et je les ferai fructifier.
Le garçon se remit en route avec une caravane. Mais, comme la première fois, à peine arrivé en ville, au lieu de chercher des marchandises à acheter, il partit flâner au hasard des rues. C'est ainsi que, guidé par des sons mélodieux, il arriva à une école de musique, où l'on enseignait l'art de la flûte. Il alla trouver le maître et lui dit qu'il voulait apprendre à jouer de cet instrument.
- En un an, je t'apprendrai, mais tu dois me payer cent pièces d'or.
Le garçon paya et resta à l'école. Au bout d'un an, il jouait parfaitement de la flûte et le maître le renvoya.
Quand son père le vit, il lui demanda aussitôt s'il avait fait bon usage de son argent. Comme on pouvait le prévoir, la réponse du garçon le plongea dans un profond chagrin.
- Quel fils stupide m'a envoyé Allah ! - se lamenta-t-il. - Tu ne vas tout de même pas me dire que la musique est plus précieuse que l'or ?
- Écoute, père, - répliqua le fils. - Donne-moi tes cent dernières pièces d'or, et je te promets, cette fois-ci, d'être raisonnable.
Mais dès qu'il arriva en ville avec sa troisième caravane, le garçon, toujours poussé par sa curiosité, parcourut les rues et découvrit une maison où l'on enseignait à jouer aux échecs. Pas besoin d'être bien malin pour deviner que l'enseignement y coûtait cent pièces d'or, que le garçon n'hésiterait pas à les payer, qu'il deviendrait très fort aux échecs et, qu'au bout d'un an, il rentrerait chez lui les poches vides.
Son père, au désespoir d'avoir vu s'évanouir en futilités les trois cents pièces d'or qu'il avait mis toute sa vie à gagner, chassa son fils.
Le garçon ne se laissa pas abattre. À dix-huit ans accomplis, il était fort, hardi, bon cavalier, et il n'eut pas de mal à se faire embaucher comme chamelier dans une caravane. Il pourrait ainsi continuer à satisfaire sa passion pour les voyages et les découvertes. Le maître de caravane lui promit, en échange de son travail, nourriture et vêtements.
La caravane devait traverser un immense désert. Elle avançait jour après jour, sous un soleil implacable. Hommes et bêtes souffraient cruellement de la soif, quand, enfin, les voyageurs aperçurent un vieux puits très profond. Les caravaniers voyaient bien la surface de l'eau briller tout au fond, mais cette eau refusait de couler dans leur seau, et la corde finit par se rompre. Le maître de caravane dit alors à son nouveau chamelier :
- Tu es jeune et fort. C'est toi qui descendras récupérer le seau.
Quelle ne fut pas la surprise du garçon, quand il atteignit le fond, de découvrir que la surface brillante qu'il voyait d'en haut n'était pas de l'eau, mais de l'or. Il en remplit le seau, le rattacha à la corde et donna le signal de le remonter. Le maître de caravane, ravi de l'aubaine, cria au jeune chamelier :
- Y a-t-il encore de l'or, en bas ?
Sur la réponse affirmative du jeune homme, il lui renvoya la corde. Mais une fois qu'il eut récupéré tout l'or du puits, il pensa : "Je n'ai plus besoin de ce garçon, et s'il sort du puits, il va me réclamer sa part. Mieux vaut qu'il reste au fond. " Aussi, quand les caravaniers commencèrent à remonter le garçon, le maître de caravane tira son poignard et coupa la corde.
Le chamelier, se voyant abandonné, se mit à inspecter les parois du puits et y découvrit une porte de fer. Il l'ouvrit et aperçut une sorte de cagibi dans lequel un vieillard était couché. "Voilà donc, - pensa-t-il, - à qui appartenait le trésor que j'ai trouvé. " Au mur était accrochée une flûte. "Perdu pour perdu, - se dit le garçon, - je vais faire de la musique une dernière fois." Les sons de l'instrument réveillèrent le vieillard, et celui-ci dit :
- Je dois jouer tous les soirs de cette flûte et, hier soir, j'ai oublié. Si tu n'étais pas venu, je me serais endormi pour toujours. Tu peux me demander ce que tu voudras, je te le donnerai.
- Ce que je veux, ô noble vieillard, c'est la liberté.
- Je suis le maître de ce monde souterrain, - répliqua le vieillard. - J'ai le pouvoir de t'en faire sortir.
Quelques secondes après, le garçon se retrouvait au milieu de la caravane. Il reprit son travail comme si de rien n'était, sans dire un mot.
Ce silence inquiéta plus que tout le maître de caravane. "Ce gars-là cherche une occasion de se venger. Je ferais bien de prendre les devants." Il appela le jeune homme :
- J'ai une mission d'importance à te confier. Prends un cheval rapide et va à la prochaine ville porter un message à ma femme pour lui annoncer mon arrivée.
Et le maître de caravane rédigea la lettre suivante : "J'ai découvert un fabuleux trésor, mais il ne sera définitivement à moi qu'après la mort du porteur de ce message. Fais le nécessaire et n'oublie pas d'embrasser pour moi notre fille bien-aimée. Elle pourra avoir bientôt tous les bijoux et parures qu'elle désire."
Le garçon, lui, était bien placé pour savoir qu'il ne pouvait avoir aucune confiance dans le maître de caravane. Comme il savait lire, il prit connaissance de la lettre et comme, dans sa première école, il avait été le plus habile à écrire, il n'eut pas de mal à imiter l'écriture de son maître pour rédiger un nouveau message qui disait : "Le porteur de ce message m'a aidé à trouver un fabuleux trésor. Je veux, pour le récompenser, que tu lui donnes notre fille en mariage."
Le jeune chamelier était bien fait de sa personne. Il plut à la fille du maître de caravane, et le mariage fut aussitôt célébré.
Le lendemain, le garçon, comme à son habitude, partit visiter la ville. Il s'approcha d'un immense palais qu'entourait une foule nombreuse.
- À qui est ce palais, - demanda-t-il, - et que faites-vous tous devant ?
- C'est le palais du padichah, notre roi. Un tournoi d'échecs s'y déroule. Celui qui perd trois fois contre le padichah a la tête tranchée. Le padichah a promis à celui qui le vaincrait trois fois de lui donner en mariage sa fille, qui est d'une beauté merveilleuse. Mais notre souverain est très bon joueur, beaucoup de têtes sont déjà tombées, et la fille du roi n'est toujours pas mariée.
"Tiens, - pensa le garçon. - Voilà une bonne occasion de vérifier mon habileté aux échecs. Je vais relever le défi."
Le padichah était assis dans une immense salle, entouré de son vizir, de ses généraux et de nombreux courtisans. Il attendait le téméraire qui oserait se mesurer à lui.
- Tu n'as pas peur ? - demanda-t-il au garçon.
- Nullement.
- Si tu perds, inutile de me demander grâce.
- Je ne demanderai pas grâce.
Le jeu commença. Le padichah remporta la première partie, puis la deuxième.
- Ta vie ne tient plus qu'à un fil, - remarqua-t-il.
Mais le garçon remporta la troisième partie, puis la quatrième et la cinquième.
- On continue, - s'écria le padichah.
- J'ai déjà gagné ta fille. Quel est l'enjeu, cette fois ?
- La moitié de mon royaume, - clama le souverain.
Le vizir se pencha vers lui et lui murmura à l'oreille :
- Est-ce bien prudent, ô maître, de risquer la moitié de tes possessions sur une partie ?
- Une seule partie à gagner, - répondit le padichah, - et sa tête saute.
Mais le jeune homme gagna encore. Alors le padichah, pris au jeu, lança :
- Encore une, pour l'autre moitié de mon royaume.
Le vizir était de plus en plus inquiet :
- Oh, maître, donnez-lui plutôt votre fille et la moitié de votre royaume, sinon vous risquez de tout perdre.
- Cette fois, je le bats, j'en suis sûr. Je rentrerai en possession de ma fille et de la totalité de mon royaume, et je lui ferai couper la tête.
Le jeu commença. Et une fois de plus, c'est le garçon qui gagna. Il alla s'asseoir sur le trône du padichah et dit :
- Désormais, c'est moi qui commande. Toi, je te nomme juge suprême. Ta fille, je n'en ai pas besoin, je suis déjà marié. Et demain doit arriver en ville une caravane. Je veux, dès qu'elle sera là, que l'on m'amène au palais le maître de caravane.
Le lendemain, ses gardes lui amenèrent son ancien patron, qui écarquilla les yeux d'étonnement.
- Tu ne te trompes pas, - lui dit le nouveau souverain. - Je suis bien l'homme que tu as dépouillé une fois et voulu tuer deux fois.
Il se tourna ensuite vers ses courtisans, leur raconta son histoire et leur demanda :
- Qu'a mérité cet homme ?
Les courtisans et l'ancien padichah, maintenant juge suprême, proposèrent de lui couper la tête.
Mais le nouveau souverain dit :
- Tout le mal qu'il m'a fait, c'est du passé. Depuis, j'ai épousé sa fille. Il est donc mon beau-père. Je lui accorde la vie sauve.
Ensuite, le garçon envoya chercher son vieux père, dont la joie ne connut pas de bornes quand il vit son fils sur le trône.
- Comment as-tu pu t'élever si haut, mon fils, toi qui n'avais pas d'or ?
- C'est bien la preuve, père, qu'il y a des choses plus utiles que l'or.

jeudi 10 janvier 2019

L’arbre à souhaits

Un voyageur très fatigué s’assit à l’ombre d’un arbre sans se douter qu’il venait de trouver un arbre magique, "l’Arbre à Réaliser des Souhaits ».

Assis sur la terre dure, il pensa qu’il serait bien agréable de se retrouver dans un lit moelleux. Aussitôt, ce lit apparut à côté de lui.

Étonné, l’homme s’y installa en disant que le comble du bonheur serait atteint si une jeune fille venait masser ses jambes percluses. La jeune fille apparut et le massa très agréablement.

« J’ai faim, se dit l’homme, et manger en ce moment serait à coup sûr un délice. » Une table surgit, chargée de nourritures succulentes.

L’homme se régala. Il mangea et il but. La tête lui tournait un peu. Ses paupières, sous l’action du vin et de la fatigue, s’abaissaient. Il se laissa aller de tout son long sur le lit, en pensant encore aux merveilleux évènements de cette journée extraordinaire.

« Je vais dormir une heure ou deux, se dit-il. Le pire serait qu’un tigre passe par ici pendant que je dors. »

Un tigre surgit aussitôt et le dévora. »

Vous avez en vous un Arbre à souhait qui attend vos ordres.

Mais attention, il peut aussi réaliser vos pensées négatives et vos peurs. En tout cas, il peut être parasité par elles et se bloquer. A vous de bien contrôler ce à quoi vous pensez et de privilégiez les pensées positives. 

vendredi 28 décembre 2018

La nouvelle année en Chine

Il y a bien longtemps, quand des dragons puissants vivaient sur la terre et dans les mers, personne à Taiwan ne célébrait le nouvel an lunaire. Même dans un certain village, ce jour était le plus mauvais jour de l'année parce qu’un habitant avait tué un dragon des mers. Le fantôme du dragon revenait hanter le village chaque année à l'aube du nouvel an.

Lorsqu’il apparaissait, il secouait son horrible tête et hurlait : « J'ai faim. Donnez-moi un fils premier-né à manger! ». Le plus sage du village se rendant compte que le fantôme de dragon pourrait facilement les faire tous mourir, décida à contre-cœur de donner un enfant nouveau-né afin de sauver le reste du village. Mais année après année, le fantôme de dragon revenait et année après année, une famille devait sacrifier son fils premier-né.

Une année, c’était au tour de la jeune Veuve Teng de sacrifier son seul enfant, un beau garçon qui allait avoir cinq ans.
Comme le voulait la tradition, quatre jours avant le nouvel an lunaire, le prêtre Taoïste s’en allait à travers le village jusqu’à la maison de l’infortunée pour la prévenir. 

Pendant trois jours et trois nuits, celle-ci essayait d’échafauder un plan. Fatiguée d’y penser sans succès, elle s’endormit. Une masse de rêves lui venaient dans un ordre décousu. Quelques heures avant l'aube, elle s’éveilla et doucement secoua sa tête encore douloureuse d’avoir tant rêvé. Et alors, le miracle se produisit. Les images décousues s’assemblèrent et elle sut ce qu’il fallait faire.
Les dragons de son rêve avaient peur de deux choses : peur de la vue de sang et peur des bruits violents. Quand quelqu'un a peur, il s’enfuit en général en courant. Mon plan sera simple : Je mettrai le sang sur ma porte et je ferai tant de bruit que le fantôme du dragon sera effrayé et partira en courant… »

"Du sang ... je suis si pauvre que je n'ai pas même un poulet à tuer pour prendre son sang." Elle prit son couteau et se coupa au doigt, laissant gouttes à gouttes couler son sang sur un tissu jusqu'à ce que toutes les gouttes jointes ensemble recouvrent entièrement l’étoffe. Elle prit le tissu et l’accrocha à l'extérieur, sur sa porte.

Maintenant faire des bruits violents… Elle réfléchit et pensa aux bambous. Elle savait que lorsque des morceaux de bambou brûlent, ils se fendent dans un bruit épouvantable. Elle s’en alla dans le froid afin de couper une douzaine de grands morceaux de bambou. Elle les plaça en pyramide devant sa porte juste au-dessous du tissu taché de sang. Ainsi disposés, ils brûleraient rapidement et éclateraient tous à la fois.
Quand devrais-je allumer le feu ? Juste à temps. Elle alluma une petite torche et s'accroupit dans l’embrasure de la porte attendant l'aube et la venue du fantôme de dragon.

Elle a attendu et attendu. 
On entendit un hurlement. Le fantôme de dragon devait être en bas au centre du village. La Veuve Teng prit sa lanterne, l’inclina vers la pyramide de bambou et l’enflamma.

Arrivé devant chez elle, le fantôme de dragon s'est arrêté devant la maison et voyant le linge taché de sang, s’est mis à hurler si fort que tous ses os ont tremblé. Au même moment, le feu de bambou a éclaté. Le fantôme du dragon terrifié par la vue de sang humain et les bambous qui éclataient s’est enfui en courant à travers le village.

Et la Veuve Teng ? Elle s’est assise et de grosses larmes se sont mises à couler.
Les gens du village sont accourus. Les cloches se sont mises à sonner et de tous les côtés, les  gongs célébraient ce grand jour tandis que les pétards faisaient éclater la joie !

Et depuis ce jour, chaque année, dans chacun des villages, on met le sang des papiers rouges autour de leurs portes et on allume des pétards bruyants à l'aube et depuis lors, le fantôme de dragon n'est jamais revenu.

samedi 22 décembre 2018

Le Père Noël dépassé par l’IA ?


Avec l’Intelligence Artificielle qui prend de plus en plus dans notre vie, nous ne nous étonnons plus de rien. Alors, la magie du Père Noël va-t-elle disparaître ? 

Nous avons demandé à la mère Noël de l’interroger à ce sujet.

Q : Père Noël, que pensez-vous de l’Intelligence Artificielle ? 

(Grand éclat de rire) L’Intelligence Artificielle est une intelligence qui se veut l’égale de l’humain pour traiter plus de choses plus vite. En bref, vous les humains, vous voulez qu’on fasse le travail à votre place. Après, vous défilerez pour exiger du travail. Amusant, non ? 

Q : L’Intelligence Artificielle, c’est peut-être aussi des gains de temps et d’argent pour plein d’activités et d’actions ennuyeuses ? 

Oui, bien sûr, vous pouvez regarder cela comme ça. Vous pouvez aussi considérer que vous devrez travailler plus vite et plus intensément pour suivre le rythme des robots qui, eux ne s’arrêtent jamais. Votre repos sera alors bien mérité, mais ceux qui travailleront auront-ils la force de l’apprécier ? Et ceux qui ne travaillent plus, aimeront-ils le repos permanent ? 

Q : Et vous, Père Noël, allez-vous utiliser l’intelligence artificielle ? 

(Grand éclat de rire). C’est exactement l’inverse. Pour assurer la livraison des cadeaux au bon moment et le plus discrètement possible, j’ai beaucoup travaillé avec me lutins sur le maillon faible du transport, à savoir le dernier kilomètre. 

Q : ???

Aujourd’hui, vous pouvez tout commander à distance et vous faire livrer. Malheureusement, tout n’arrive pas à temps. De même, ces derniers temps en France (et ailleurs), il est difficile d’aller soi-même faire ses achats pour plein de raisons. Alors, moi je fais jouer mon réseau et je fais que coûte que coûte les enfants aient leurs cadeaux. Et cela fonctionne !

Q : quel est votre secret ? 

Je vais vous le dire. Je fais appel à l’humain, aux émotions et à la force du collectif. Les adultes qu’ils soient parents, oncles, tantes, amis... se mobilisent et dépensent des trésors d’énergie pour s’assurer que les petits souliers soient remplis le 25. 

Pendant ce temps, vos robots tournent, tournent, sortent des bons de livraison et envoient des mots d’excuses pour les retards.  

Le jour où vous aurez compris que l’intelligence collective prime sur tout et qu’il est possible de la mobiliser, ce jour-là, mon rôle sera peut-être remis en question.  Mais pour le moment, amusez -vous avec intelligence artificielle.  Vous ferez sûrement plus de choses avec moins de gens, mais serez-vous plus heureux ? Rien ne remplace un échange, un sourire, un travail partagé. C’est ce que je vous souhaite en 2019 : plus de partage, plus d’échanges, plus d’enrichissement humain.  

vendredi 14 décembre 2018

L’eau qui rendait fou


Autrefois, il y a très longtemps, un sage inspiré lança à l'humanité un avertissement terrible. A une certaine date toute l'eau de la terre allait disparaître et serait remplacée par une eau nouvelle qui rendrait tous les hommes fous car ceux qui en boiraient auraient l’illusion d’être intelligents alors qu’ils vivraient en réalité dans une sorte de rêve.   

 C'était sans retour ...à moins de préparer avec le plus grand soin des réserves ... à moins de ménager les ressources et de se montrer bienveillant avec notre mère la Terre … mais les hommes étant ce qu'ils sont … un seul homme suivit cet avis et rassembla une grande quantité d'eau qu'il mit quelque part en réserve dans un endroit connu de lui seul ... 

Lorsque le jour annoncé arriva, les cours d'eau cessèrent de couler, les puits se tarirent. L'homme prévoyant entreprit de vivre dans sa retraite, buvant son eau sauvegardée tout en regrettant que personne ne se soit joint à lui. Il y avait assez d'eau pour abreuver 100 personnes pendant 100 ans au moins, mais et personne ne l'avait suivi. Tous les autres attendaient la pluie qui ne tarderait pas à venir sans se soucier de ce qui avait été annoncé.

Effectivement, après une terrible sécheresse, l’eau nouvelle tomba du ciel, , les ruisseaux et les puits se remplirent. Le lendemain, tous les habitants de la ville, excepté l'homme prévoyant, burent de l'eau du puits... et devinrent tous fous.

Un jour, notre ermite buveur d'eau pure quitta son abri et revint parmi ses semblables. Il les trouva totalement changés : ils tenaient des discours étranges, accomplissaient des gestes totalement différents qui lui paraissait dénués de sens. L'homme qui avait gardé toute sa raison essaya de leur parler, de leur expliquer les dangers mais ils le prirent pour un fou. 

Certains lui témoignèrent de la compassion, d'autres se moquèrent, et beaucoup lui montrèrent de l'hostilité. Pour tous il était devenu incompréhensible, un doux dingue, un fou et même un fou dangereux car subversif. Finalement, l’un d’eux le prit à partie : « Nous ne voulons pas d'un dément qui nous dicte quoi penser et nous allons malheureusement devoir t’enfermer ! »

Il se prit à douter de son choix, à craindre la solitude car comment pourrait-il espérer avoir une famille, une descendance. S'il voulait garder toute sa lucidité il lui faudrait choisir l'isolement et oublier le monde grossier des sens occupé par ces fourmis humaines agitées …

Il aurait pu choisir d'oublier l'opinion de ses congénères, mais peut-on avoir raison seul contre tous ?

Un soir, lassé de cette résistance désespérée, il céda au découragement et perdit la raison : il fit remplir un gobelet de l'eau du puits et en but une grande gorgée. Il oublia jusqu'à l’endroit où il gardait sa provision d'eau. Le peuple de la ville se réjouit et organisa de grandes fêtes. Il était maintenant revenu à la raison et se comportait comme tout le monde. 
Tout allait pour le mieux...

jeudi 6 décembre 2018

Lettres à une poupée


Tous les après-midi, Kafka avait l’habitude de se promener dans un parc. Un jour, il tombe sur une petite fille en larmes, pleurant à chaudes larmes. Kafka lui demande ce qui ne va pas, et elle lui dit qu'elle a perdu sa poupée. 

Il commence immédiatement à inventer une histoire pour expliquer ce qui s'est passé. Votre poupée est partie en voyage, dit-il. "Comment le sais-tu ?" demande la fille. Parce qu'elle m'a écrit une lettre, dit Kafka. La fille semble douter. Vous l'avez sur vous ? demande-t-elle. Non, je suis désolé, dit-il, je l'ai laissé à la maison par erreur, mais je l'apporterai avec moi demain. Il est si convaincant qu'elle ne sait plus quoi penser."

Kafka rentre directement à la maison pour écrire la lettre. Il s'assoit à son bureau et il écrit avec le même sérieux et la même tension que lorsqu’il compose ses propres œuvres. S'il parvient à trouver un beau mensonge convaincant, il remplacera la perte de la jeune fille par une réalité différente, fausse, bien sûr, mais vrai et crédible selon les lois de la fiction. "Le lendemain, Kafka se précipite au parc avec la lettre. La petite fille l'attend, et comme elle n'a pas encore appris à lire, il lui lit la lettre à haute voix. La poupée est vraiment désolée, mais elle en a assez de vivre avec les mêmes personnes tout le temps. Elle a besoin de sortir et de voir le monde, de se faire de nouveaux amis. Ce n'est pas qu'elle n'aime pas la petite fille, mais elle aspire à un changement de décor, et donc ils doivent se séparer pendant un moment. La poupée promet alors d'écrire à la fille tous les jours et de la tenir au courant de ses activités. "
Il s'engage à écrire une nouvelle lettre tous les jours, sans autre raison que de consoler la petite fille, qui lui est totalement étrangère, un enfant qu'il a rencontré par hasard un après-midi dans un parc. Il a continué pendant trois semaines. Imaginez, l'un des écrivains les plus brillants qui ait jamais vécu sacrifiant son temps à composer des lettres imaginaires à partir d'une poupée perdue. 

Tous les jours pendant trois semaines, il est allé au parc et a lu une autre lettre à la fille. La poupée grandit, va à l'école, apprend à connaître d'autres personnes. Elle continue d'assurer la jeune fille de son amour, mais elle fait allusion à certaines complications dans sa vie qui l'empêchent de rentrer chez elle. 

Petit à petit, Kafka prépare la fille pour le moment où la poupée disparaîtra de sa vie pour toujours. Il a du mal à trouver une fin satisfaisante, craignant que s'il ne réussit pas, le sort magique soit brisé. Après avoir testé plusieurs possibilités, il décide finalement de marier la poupée. Il décrit le jeune homme dont elle tombe amoureuse, la fête de fiançailles, le mariage à la campagne, et même la maison où la poupée et son mari vivent maintenant. Et puis, dans la dernière ligne, la poupée lui fait ses adieux. 

À ce moment-là, bien sûr, la poupée ne manque plus à la fille. Kafka lui a donné quelque chose d'autre à la place, et à la fin de ces trois semaines, les lettres l'ont guérie de son malheur. Elle a l'histoire, et quand une personne a la chance de vivre dans une histoire, de vivre dans un monde imaginaire, les douleurs de ce monde disparaissent. Tant que l'histoire continue, la réalité n'existe plus."

Source : Paul Auster, Brooklyn Folies, Actes Sud 2007