jeudi 19 août 2021

Ecologie : on se fout de notre gueule...



Une grande société de paquebot de croisière (Carnival) a une flotte de 94 bateaux. Une étude a montré que ces quelques bateaux polluent plus que les 260 millions de voitures qui roulent  dans toute l’Europe. Ils émettent dix fois plus d’oxyde de soufre que toutes ces bagnoles réunies. En fait même à l’arrêt, ils polluent : ils doivent faire tourner les moteurs au ralenti pour assurer l’électricité à bord. Rien que pour cela, un seul de ces paquebots à l’arrêt pendant une journée pollue plus que 12.000 voitures. Aussi bien pour l’oxyde de soufre que l’azote ou même les particules fines. 

 

Les voitures roulent à l’essence raffinée qui pollue peu, mais est taxée à mort. En mer, c’est du fuel lourd qui pollue un max, mais qui n’est pas taxé. Zéro taxe. Cherchez l’erreur. 

 

Pas étonnant que nos usines ferment ici pour produire leurs m... à l’autre bout du monde. On crame du fuel pour les rapporter, mais cela ne coûte que dalle. Et pendant ce temps-là, on va vous emmerder pour vous faire mettre votre vieille bagnole à la casse et vous pousser à en racheter une neuve, alors que cela pollue plus d’en fabriquer une neuve que de continuer de rouler avec l’ancienne. Et si en plus, la neuve vient de l’autre bout de la planète, le bilan carbone est juste catastrophique. 

 

On se fout de de notre gueule sur toute la ligne... 

mardi 10 août 2021

L’arbre de l'oubli



Au Bénin, dans la ville portuaire d’Ouidah, durant quatre siècles , des milliers d’hommes , de femmes et d’enfants ont été capturés dans les pays alentour et conduits dans cette ville

 

Ceux qui étaient trop faibles pour faire le passage du Milieu étaient enterrés vifs. 

 

Les autres, avant d’être traînés, poussés ou balancés sur ces grands bateaux qu’on appelait des négriers, participaient à un rituel d’oubli. 

 

De quoi s’agit-il ? Dans un square au cœur de la ville d’Ouidah se dressait un arbre magnifique. Avant de se diriger vers la porte du Non-Retour , les futurs esclaves venaient faire le tour de l’arbre. Les femmes lui tournaient autour sept fois et les hommes neuf. 

 

Les futurs esclaves étaient assez sages pour savoir que dans leur nouvelle vie au-delà des mers, leurs souvenirs pèseraient plus douloureusement que des chaînes. Ranimée dans les plantations du Brésil, de Saint Domingue ou de la Géorgie, chaque image des temps d’avant serait comme une dague plongée dans leur cœur. 

 

Alors ils ont choisi de remettre leur identité à l’arbre. Ils lui ont confié tous  les souvenirs africains pour qu’il les garde précieusement, les chérisse et les conserve, jusqu’à ce qu’ils reviennent reprendre le fil de leur histoire là où il avait été tranché. 

 

Plus d’un million d’esclaves ont embarqué à Ouidah pour le passage du Milieu et aucun n’est revenu. 

 

Année après année, décennie après décennie, l’arbre a patiemment attendu leur retour, mais en vain. 

 

Aujourd’hui, l’arbre n’existe plus. Tout a disparu : ses branches noueuses et ses racines enchevêtrées, son bois et sa sève. Hachées menu, les histoires des Africains kidnappés ne sont plus que sciure, air et poussière.  

mercredi 4 août 2021

Le bateau de Thésée



Qu’est-ce que l’identité ? En tant qu’être humain, nous évoluons au cours de notre vie. Nos cellules sanguines sont renouvelés tous les sept ans, nos neurones meurent et d’autres naissent... bref, beaucoup de choses changent. Sommes-nous toujours le même ? 

 

Dans son livre sur l’intelligence artificielle, l’auteur parle du bateau de Vasco de Gama dont on change régulièrement les planches de bois. Est-ce toujours le même bateau ? Et si à la fin le bateau a été petit à petit entièrement renouvelé, est-ce toujours le même ? Et si quelqu’un qui aurait conservé toutes les planches d’origine reconstruisait avec un nouveau bateau, serait-ce un nouveau bateau ou le bateau originel ? 

 

Cette réflexion philosophique est ancienne ; En voici son historique. 

 

Le bateau de Thésée est une expérience de pensée philosophique concernant la notion d'identité. Elle imagine un bateau dont toutes les parties sont remplacées progressivement. Au bout d'un certain temps, le bateau ne contient plus aucune de ses parties d'origine. La question est alors de savoir s'il s'agit du même bateau ou d'un bateau différent.

Le bateau de Thésée est une illustration d'un problème philosophique plus général : un objet dont tous les composants sont remplacés par d'autres reste-t-il le même objet ? D'autres illustrations en existent, comme celle du " couteau de saint Hubert"

 

La légende du bateau de Thésée est évoquée par Plutarque dans Vies des hommes illustres. Thésée serait parti d'Athènes combattre le Minotaure. À son retour, vainqueur, son bateau aurait été préservé par les Athéniens : ils retiraient les planches usées et les remplaçaient — de sorte que le bateau resplendissait encore des siècles plus tard — jusqu'au point où il ne restait plus aucune planche d'origine. Deux points de vue s'opposèrent alors : les uns disaient que ce bateau était le même, les autres que l'entretien en avait fait un tout autre bateau. 

 

« Le navire à trente rames sur lequel Thésée s’était embarqué avec les jeunes enfants, et qui le ramena heureusement à Athènes, fut conservé par les Athéniens jusqu’au temps de Démétrius de Phalère. Ils en ôtaient les pièces de bois, à mesure qu’elles vieillissaient, et ils les remplaçaient par des pièces neuves, solidement enchâssées. Aussi les philosophes, dans leurs disputes sur la nature des choses qui s’augmentent, citent-ils ce navire comme un exemple de doute, et soutiennent-ils, les uns qu’il reste le même, les autres qu’il ne reste pas le même. »

— Plutarque, Vies des hommes illustres

 

Le problème est de savoir si le changement de matière implique un changement d'identité, ou si l'identité serait conservée par la forme, ou encore d'une autre façon. Il y a une autre question, corollaire : si on avait gardé les planches du bateau et qu'avec, on en avait reconstruit un autre, lequel serait le vrai bateau ; cette hypothèse est formulée par Thomas Hobbes (De corpore). Le bateau de Thésée n'aurait pu rester identique à lui-même que s'il était resté à quai, constamment entretenu, et dans ce cas, même si aucune pièce ne subsistait du bateau d'origine, c'est bien ce bateau-là qui aurait été le témoin de l'aventure de Thésée.

 

Source : wikipedia

mardi 27 juillet 2021

La chemise du Tsar


Un tsar, se trouvant malade et grincheux, dit : "Je donnerai la moitié de mon royaume à celui qui me guérira !"

Alors, tous les sages se réunirent et se concertèrent pour guérir le tzar, mais ils ne trouvèrent aucun moyen.Un d’entre eux, cependant, déclara qu’on pouvait guérir le tsar.

— Si l’on trouve sur terre un homme heureux, dit-il, qu’on lui enlève sa chemise et que le tsar la mette, il sera guéri.

Le tsar fit rechercher dans le monde un homme heureux. Les envoyés du tzar se répandirent par tout le royaume, mais ne découvrirent pas celui qu’ils cherchaient. Il ne se trouva pas un homme qui fût content.

L’un était riche, mais malade ; l’autre était bien portant, mais pauvre ; un troisième, riche et bien portant, se plaignait de sa femme ; celui-ci, de ses enfants ; tous désiraient quelque chose.

Un soir, le fils du tsar, passant devant une pauvre chaumière, entendit quelqu’un s’écrier : 

— Grâce à Dieu, j’ai bien travaillé, j’ai bien mangé, je vais me coucher ; que me manque-t-il ?

Le fils du tsar fut rempli de joie ; il ordonne qu’on aille tout de suite enlever la chemise de cet homme, qu’on lui accorde en échange tout l’argent qu’il exigera, et qu’on envoie sa chemise au tsar.

Les envoyés se rendirent en hâte chez cet homme heureux et voulurent lui enlever sa chemise, mais l’homme était si pauvre qu’il n’avait pas de chemise.

Lorsque les envoyés, inquiets, et redoutant la colère du tsar, lui rapportèrent que la seule personne heureuse qu’ils avaient trouvée dans le royaume, ne possédait même pas une chemise, le tsar éclata de rire. 

Extrait des Contes de Leon Tolstoï (1828 – 1910) 

jeudi 22 juillet 2021

Retour à l'essentiel

 

La période des vacances est une occasion de revenir à l’essentiel. Voici un très beau texte trouvé dans le livre d’Alice Walker, la couleur pourpre, (Robert Laffont, 2016), Prix Pulitzer en 1983. Une partie de son histoire se passe en Afrique, dans une tribu fictive, les Olinka. 

 

 

Les habitants de ce village pensent qu'ils ont toujours vécu à l'endroit exact où se trouve aujourd'hui leur village. Et cet endroit a été bon pour eux. Ils y plantent du manioc, des arachides Ils plantent de l'igname, du coton et du millet. Toutes sortes de choses. 

 

Mais une fois, il y a longtemps, un homme du village voulait plus que sa part de terre à planter. Il voulait faire plus de récoltes afin d'utiliser son surplus pour le commerce avec les hommes blancs de la côte. Comme il était le chef à l'époque, il a progressivement pris de plus en plus de terres communes et a pris de plus en plus de femmes pour les travailler. Au fur et à mesure que sa cupidité augmentait, il commença également à cultiver la terre sur laquelle poussait la feuille qui servait à couvrir le toit des huttes. Même ses femmes étaient contrariées par cette situation et essayaient de se plaindre, mais personne ne leur prêtait attention. Personne ne se souvenait d'une époque où l'herbe à toiture n'existait pas en quantité surabondante. 

 

Finalement, le chef avide s'est emparé d'une si grande partie de ces terres que même les anciens ont été perturbés. Alors il les a simplement soudoyés - avec des haches, des tissus et des casseroles qu'il a obtenus des commerçants de la côte. 

 

Un jour, il y eut une grande tempête pendant la saison des pluies qui détruisit tous les toits de toutes les huttes du village, et les gens découvrirent avec consternation qu'il n'y avait plus de feuilles pour les toits. Là où les feuilles avaient fleuri depuis le début des temps, il y avait du manioc. Du millet. Des arachides. Pendant six mois, les cieux et les vents ont maltraité le peuple d'Olinka. La pluie tombait comme des lances, poignardant la boue de leurs murs. Le vent était si violent qu'il soufflait les pierres des murs et les envoyait dans les marmites des gens. Puis des pierres froides, en forme de boules de millet, tombèrent du ciel, frappant tout le monde, hommes, femmes et enfants, et leur donnant la fièvre. Les enfants furent les premiers à tomber malades, puis leurs parents. Bientôt, le village commença à mourir. 

 

À la fin de la saison des pluies, la moitié du village avait disparu. Les gens priaient leurs dieux et attendaient avec impatience que les saisons changent. Dès que la pluie s'arrêta, ils se précipitèrent vers les vieux lits de feuilles de toit et essayèrent de retrouver les vieilles racines. Mais des innombrables racines qui avaient toujours poussé là, il n'en restait que quelques dizaines. Il fallut attendre cinq ans avant que les feuilles ne redeviennent abondantes. 

 

Pendant ces cinq années, beaucoup d'autres personnes du village sont mortes. Beaucoup sont partis et ne sont jamais revenus. Beaucoup ont été mangés par des animaux. Beaucoup, beaucoup étaient malades. Le chef a été forcé de quitter le village pour toujours. Le jour où toutes les huttes eurent à nouveau un toit fait de la feuille de toit, les villageois firent la fête en chantant, en dansant et en racontant l'histoire de la feuille de toit. La feuille de toit est devenue la chose qu'ils vénèrent. 

 

Qu’est-ce qui est essentiel pour vous ? Qu’est-ce qui peut se passer si cela est déstabilisé ? Comment en prendre conscience ? Comment agir pour se recentrer ? Ici, nous parlons de climat, mais cela peut être votre vie privée, votre travail, vos relations... voire de transmission : qu’est-ce qui est important pour vous de transmettre ?





mercredi 14 juillet 2021

Qu’est-ce qu’une vie ?



Deux tailleurs juifs travaillaient sans relâche dans une petite échoppe d'un quartier pauvre de la banlieue de Londres, tout en parlant, de temps à autre, de choses et d'autres. Un jour, l'un d'eux demanda:

“Il y a longtemps que nous n'avons pas pris de congés. En prendras-tu cette année ?

- Non, répondit l'autre après un moment de réflexion.”

Retombant dans le silence, ils cousaient quand soudainement le second tailleur dit:

“J'ai été une fois en vacances, il y a bien longtemps.

- Tu as pris des vacances ? Questionna l'autre étonné.

- Oui, répondit le second.”

Le premier tailleur qui n'avait aucun souvenir d'un tel événement demanda:

“Et où es-tu allé ?

- En Inde.

- En Inde !

- Oui, chasser le tigre au Bengale.

- Toi ! Tu es allé chasser le tigre au Bengale ?”

Le premier tailleur s'était arrêté de travailler tant la nouvelle lui semblait inouïe. Très calme, le second tailleur reprit:

“J'avais fait la connaissance d'un Maharadjah qui me laissa monter un magnifique éléphant blanc. Équipé d'un fusil d'argent et accompagné d'une armée de rabatteurs, je m'aventurai dans la forêt. Soudain, un tigre énorme jaillit devant ma monture en rugissant. Jamais de mémoire d'éléphant, on avait vu bête pareille dans la région. Épouvanté, l'éléphant chancela et je tombai dans les broussailles. Avant que je ne puisse faire un geste ou appeler à l'aide, le tigre se précipita sur moi et me dévora.

- En entier ?

- Oui, il me dévora entièrement jusqu'au dernier pouce de chair.

- Que me chantes-tu là ! Aucun tigre ne t'a dévoré. Tu es bien là, toujours en vie.”

Le second tailleur reprit son ouvrage et, de fil en aiguille, se remit au travail sous le regard ahuri de son interlocuteur. Puis, esquissant un geste lourd de lassitude, il ajouta: “Tu appelles ça une vie.”

 

JC Carrère Le cercle des Menteurs, Plon

 

mercredi 7 juillet 2021

Savoir pour comprendre


Un vieil homme vouait ses jours et ses nuits à la lecture, éclairé par la lumière du soleil ou la lueur d'une chandelle. Un jour, un jeune homme lui dit:

“A quoi bon lire ainsi jour et nuit ?

- Pour découvrir le paradis, répondit le vieil homme.”


Bien des années plus tard, alors que le vieil homme était mort, le jeune homme d'âge mûr entreprit un voyage à la recherche de la vérité. Au cours de son périple, il surmonta mille épreuves tant son désir de vérité était intense. 


Parvenu au sommet de la montagne où aboutissent tous les chemins des êtres en quête de révélation, grande fut sa surprise de découvrir le vieil homme, toujours en train de lire, devant l'ouverture d'une grotte. Il approcha lentement et lui demanda d'une voix pleine de respect:

“Avez-vous trouvé le paradis ?

- Oui.

- Et vous continuez de lire ?

- Comme tu le vois.

- Rien n'a changé alors ?

- Oh que si !

- Quoi donc ?

- Auparavant je lisais pour comprendre. À présent, je comprends ce que je lis.”


Source :JC Carrère Le cercle des Menteurs, Plon