L’histoire se passe au Tibet. Deux frères élèvent des yaks.
L’ambition de l’un est d’en avoir toujours plus, aussi les accumule-t-il,
tandis que l’autre n’en possède qu’un qui lui suffit. Un jour, les deux frères
se rencontrent et celui qui a un grand troupeau dit à l’autre : «mon rêve
est d’avoir cent yaks ; je n’en ai que quatre-vingt-dix-neuf, peux-tu me
donner le tien ? » ; « Mais bien sûr, répond son frère,
prends-le ! »
Qui est le plus
heureux ? Qui est le plus malheureux ? Celui qui a maintenant cent yaks et qui en
voudra sûrement demain cent-un puis cent-deux… ou celui qui se contente de ce
qu’il a ? L’un est toujours dans la souffrance du manque quand l’autre est
dans la richesse du don.
Un villageois avait apporté au marché des poires dont
il espérait tirer un bon prix ; elles étaient, en effet, merveilleusement
sucrées et d'un parfum délicieux. Un prêtre taoïste aux habits déchirés, s'arrêta devant sa brouette et lui demanda
l'aumône ; le paysan lui répondit par des injures, mais le prêtre insista :"Je vois sur ta voiture plus de cent poires, moi,
pauvre prêtre mendiant, je te demande de me faire l'aumône d'une seule poire,
cela ne fera pas un grand vide dans ton étalage, pourquoi te mettre en colère ;
cherche avec soin, mon frère, tu en trouveras bien une véreuse ou gâtée,
donne-la-moi et je m'en irai."
Le paysan obstiné refusa ; mais le bruit de cette discussion fatiguait les
voisins et l'un d'eux, pour y mettre fin, sortit une piécette, acheta une poire
et la donna au prêtre. Celui-ci se confondit en remerciements puis, se tournant
vers la foule, dit : " Je tiens à vous montrer à tous que pour être prêtre
je ne suis ni ingrat, ni avare ; moi aussi j'ai de belles poires, et je vous
demande la permission de vous les faire voir. Vous voyez ce pépin, je vais le semer
et cette graine que je tiens en ma main ce sont des poires dont vous allez tous
pouvoir vous rassasier".
Tenant toujours son pépin avec soin, il creusa à
l'aide de la bêche qu'il portait sur l'épaule un trou profond de quelques
pouces, il y déposa la graine et le reboucha avec de la terre bien tassée, puis
il demanda si quelqu'un pouvait lui procurer de l'eau chaude ; un spectateur
courut en emprunter à une boutique voisine et remit la théière au prêtre qui
versa le liquide bouillant sur la terre tassée. Dix mille yeux étaient rivés
sur ce point du sol quand ils virent soudain émerger un petit germe crochu qui
se redressa, s'allongea et devint un arbre ; les branches s'étendirent
couvertes de feuilles, les fleurs apparurent pour se nouer aussitôt et en moins
de temps qu'il ne faut pour le dire, il y eût là un immense poirier craquant
sous le poids des fruits ; le prêtre, grimpant de branche en branche jusqu'à la
cime, offrit les poires à tous les assistants. Quand enfin le poirier fut
dépouillé, à grands coups de sa bêche il abattit l'arbre et mettant sur
l'épaule le tronc garni de ses feuilles, il partit à pas lents et disparut.
Notre villageois avait fait comme les autres : il
était resté à contempler les faits et gestes du prêtre ; mais quand ce dernier
fut parti, il retourna en hâte à son étalage. Plus de poires, et de plus un
brancard avait disparu ; en regardant de plus près, il vit qu'il avait été tout
fraîchement coupé ; plein de colère, il courut à la recherche de son voleur et
en tournant la rue il aperçut au pied d'un mur son brancard qui gisait sur le
sol ; il comprit alors que c'était le poirier du prêtre, mais où retrouver
celui-ci et comment se venger ; le pis est que tout le marché qui avait vu son
avarice au début, éclata de rire à ses dépens.
Deux
Sultans discutaient pour savoir lequel, de la politesse ou de lanoblesse était le plus important. Le premier, tenant
pour la politesse, insista finalement pour que le deuxième vienne le lendemain
chez lui pour lui faire la démonstration de la justesse de son point de vue.
Le
lendemain, le deuxième Sultan alla au rendez-vous, et le premier Sultan
l'accueillit avec un délicieux repas. A la fin du repas, l'hôte frappa dans ses
mains et un chat apparut, apportant les cafés sur un plateau qu'il tenait dans
ses pattes avant.
-
Alors, dit le premier Sultan, vois-tu comment la politesse est importante
puisque j'ai réussi à l'apprendre à ce chat et à transformer ainsi ses
capacités?
-
Bien, répondit le deuxième, mais laisse-moi un jour et refaisons l'expérience
demain.
Le
lendemain, le deuxième Sultan revint et à la fin du repas le chat réapparut
avec les cafés entre ses pattes. Le deuxième Sultan sortit alors une souris de
sa poche et la lança vers le chat. Celui-ci lâcha le plateau pour poursuivre la
souris, cassant les tasses et renversant les cafés par terre.
-
Sans la noblesse, dit le Sultan, la politesse n'est rien.
Ce conte n'est pas extrait de ce livre, mais il aurait pu l'être. Il y a dans ce livre une description d'une longue descente du fleuve Niger qui reflète bien cette ambiance.
Trois
hommes cheminaient à travers la brousse.
Ils se dirigeaient vers le fleuve qu’ils comptaient traverser avant la nuit.
Le premier portait un sabre, le
second un arc et des flèches. Le troisième n’était pas armé.
C’était un homme humble qui portait autour de la tête un long turban de couleur
blanche.
Arrivés au bord du fleuve, les trois hommes furent surpris par sa largeur.
- comment
allons-nous parvenir çà le franchir? Interrogea l’un d’eux.
- que chacun fasse de son mieux, déclara celui qui portait un sabre. Retrouvons-nous
sur l’autre rive.
Il
s’approcha alors de l’eau, leva ses bras musclés, et frappa le fleuve avec son
sabre.
Les eaux s’entrouvrirent et il traversa rapidement tandis que le passage se
refermait derrière lui.
Arrivé sur la rive opposée, il se retourna et interpella ses compagnons.
- faites comme moi, leur dit-il.
Le
deuxième homme prit son arc et visa un arbre au-delà du fleuve.
Il était très adroit et y planta une flèche du premier coup.
Puis il tira rapidement toutes celles que contenait son carquois. Les flèches
s’enfilèrent les unes dans les autres et finirent par constituer un pont
fragile au-dessus du fleuve.
Le deuxième homme l’emprunta et put ainsi traverser à son tour.
- fais comme nous, crièrent les deux premiers hommes à leur compagnon qui se
trouvait encore
de l’autre côté du fleuve.
Le
troisième homme déroule lentement son turban. Il fit un nœud coulant et lança
son turban qui alla s’accrocher à un arbre sur la rive opposée. Et il traversa,
lui aussi.
Les trois
hommes étaient à nouveau réunis; ils échangèrent alors un sourire sans rien
dire avant de se séparer.
La vie
n’est-elle pas un fleuve que chacun traverse à sa façon?…
Il était une fois un homme perdu. Depuis des années, il
vivait de razzias, de rapines, de massacres, de vols. Il était farouchement
cruel, sans pitié, malade d’une folle rage. C’était un homme perdu.
Un jour qu’il cherchait
il n’aurait su quoi dire, l’idée lui vint d’aller un ermite en haut d’un
grand terrier.
Le vieil homme l’écouta implorer un espoir, un pardon, puis
il lui sourit et lui montra un vieil arbre calciné par la foudre : «
tu vois, là, ce vieil arbre mort ? Eh bien, tu seras pardonné quand il
refleurira !
L’homme repartit sur
les chemins, s’usant et s’acharnant à semer le malheur.
Un soir qu’il avance vers une vieille ferme, il voit une
femme qui a rassemblée sa marmaille affamée autour d’un chaudron. La femme
chante une berceuse : « Dormez mes petits. Maman vous fait la soupe.
Dormez, dormez jusqu’à demain. »
Intrigué, il attend que la femme s’éloigne et ouvre le
couvercle du chaudron : il était plein de pierres.
L’homme hausse les épaules, renverse les pierres et y jette,
après l’avoir coupé en morceaux, la viande de mouton qu’il venait de
voler. Il prend soin de raviver le feu
sous le chaudron avant de s’éloigner, en pleurant sur une telle misère. C’est ce jour-là que le vieil arbre a
refleuri
Source : Marie Faucher,
Contes des sages qui guérissent, Seuil
Un tsara trois fils. Ils
partent un jour à la chasse, chacun de son côté. Le benjamin, Ivan-tsarévitch, découvre dans
une clairière une charogne de chevalqu'un grand nombre
d'animaux de toute sorte se dispute. Il procède à un partage équitableet obtient en récompense de pouvoir se changer à volonté en fauconet en fourmi. Sous la forme d'un faucon, il vole jusqu'au « trois fois dixième
royaume », qui se trouve « plus qu'à moitié pris dans une montagne de
cristal ».
Reprenant forme
humaine, il parvient à entrer au service du tsar de ce royaume, et ne tarde pas
à aller se promener avec sa fille sur la montagne de cristal. Mais, apercevant
soudain une chèvred'or, il se lance à sa poursuite, sans succès, et perd par la même
occasion la trace de la princesse. Il se déguise alors en petit vieux et se
fait engager par le tsar pour garder le bétail ; le tsar
l'avertit de la menace de dragonset lui recommande de leur abandonner si nécessaire quelques vaches.
Ivan rencontre en
effet successivement un dragon à trois têtes, puis un autre à six têtes, mais
il les massacre l'un comme l'autre. Puis il se change en fourmi et pénètre
ainsi à l'intérieur de la montagne de cristal, où il retrouve la princesse, qui
lui dit y être retenue par un dragon à douze têtes. Enfermés l'un dans l'autre
à l'intérieur du dragon, se trouvent successivement un coffre, un lièvre, une cane, un œuf et enfin une graine, qui doit permettre à Ivan de détruire la montagne et de délivrer la
princesse.
Le tsarévitch
ressort de la montagne en fourmi, puis reprend l'aspect d'un bergeret affronte le
dragon à douze têtes, qu'il met en pièces jusqu'à trouver la graine annoncée.
Il la fait flamber, ce qui fait fondrela montagne de cristal et libère la princesse, qu'il ramène à son père.
Dans sa joie, le tsar lui donne sa fille en mariage.
La sécheresse nous guette. Regardez ce qui se passe en Californie. trouverons-nous notre prince de la pluie ?
Il y a très longtemps, un homme et son fils
vivaient dans une cabane au fin fond des forêts éthiopiennes, là où personne ne
va presque jamais. Autrefois, l'homme avait été marié mais sa femme était morte
en donnant le jour à leur fils. Son chagrin avait été tellement grand qu'il
décida de ne plus vivre parmi les hommes. Il voulait vivre seulement avec son
chagrin et son fils Devi. Devi grandit en solitaire. Son père lui apprit
toutes les choses de la vie mais hélas, Devi ne rencontrait jamais personne.
Lorsque Devi eut atteint l'âge de dix-huit ans,
une sécheresse épouvantable s'abattit sur le royaume voisin d'Anga. La pluie
n'était plus tombée suffisamment depuis plus d'un an et chacun commençait à
s'inquiéter. Le roi était au désespoir. Il avait convoqué plusieurs sages afin
de le conseiller.
Aucune des solutions proposées par les conseillers
n’étaient bonnes
- Sire, il n'y a qu'une seule solution, dit
alors un conseiller âgé et sage. Cherchons un jeune homme pur et intact, un
jeune homme qui n'ait jamais fait de mal et qui n'a que de bonnes intentions.
Ramenons-le à Anga et il pleuvra.
Anga grouille de jeunes gens, mais aucun d'eux
n'est entièrement pur de corps et d'esprit.
- J'en connais bien un, dit un gentil conseiller.
C’était un homme qui était originaire du même village que le père de Devi. Il
la raconta au roi et aux autres conseillers.
Le roi réfléchit un instant.
- Je connais le moyen de faire venir ce jeune
garçon à Anga, dit-il en riant. Avez-vous donc oublié que j'ai une fille ? Elle
est la plus belle du pays et, en plus, elle est intelligente. Si je lui
explique l'affaire, je ne doute pas un instant qu'elle ne parvienne à persuader
ce jeune garçon de l'accompagner.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Le roi parla immédiatement
à sa fille qui trouva très amusante l'idée de séduire un gentil garçon avec
l'accord de son père.
La princesse commença immédiatement à préparer ses
valises pour ce long voyage. Le conseiller lui expliqua où et dans quelle
partie de la forêt elle devrait chercher le jeune homme.
- Essaie de n'attirer que son attention à lui,
car si son père le remarque, notre ruse échouera! lui dit le conseiller.
Après un long et pénible voyage, la princesse
arriva enfin à l'orée de la forêt où vivaient Devi et son père. La princesse se
faufila à travers la végétation touffue jusqu'au fin fond de la forêt. Soudain,
elle entendit des voix. Elle se dissimula rapidement derrière un gros arbre.
juste à temps, car le père de Devi était sur le point d'aller chercher des
fruits dans la forêt. Il adressa quelques mots à son fils.
- Je serai de retour avant le coucher du soleil,
lui entendit dire la princesse. Sur ces mots, il partit. La princesse patienta
quelques minutes pour plus de sûreté et se dirigea à pas feutrés vers la
cabane.
- Bonjour! dit la princesse doucement.
Un garçon aux cheveux bruns et bouclés passa la
tête par l'embrasure de la porte d'un air surpris et fixa sur elle ses yeux
étincelants. Comme il était beau! Elle n'avait jamais vu de jeune homme aussi
beau et aussi aimable. Devi aussi était troublé. Il n'avait jamais rencontré
d'autres personnes et ne connaissait que son père. Quelle était cette personne
bizarre sur le pas de la porte ?
- Qui êtes-vous ? demanda-t-il poliment, car son
père lui avait appris les bonnes manières.
- Mon nom est Eleni et je viens d'Anga, répondit
la princesse timidement. Et vous, qui êtes-vous ?
Devi se présenta à son tour. Il offrit à boire
et à manger à la princesse et ils parlèrent tout l'après-midi comme de vieilles
connaissances. Le soir arriva beaucoup trop vite à leur gré.
- Je dois partir, dit la princesse effrayée,
lorsque le soleil eut disparu derrière la cime des arbres.
Devi en était tout dérouté. Il aurait bien suivi
la princesse, mais ce n'était pas possible, car son père se serait fait du
mauvais sang. Mais d'un autre côté, sans la princesse, il se sentait terriblement
seul.
Lorsque le père de Devi entendit ce qui s'était
passé, il sut immédiatement que Devi avait reçu la visite d'une femme.
Quelques jours plus tard, le père de Devi dut à
nouveau aller dans la forêt constituer des réserves. Cela faisait plusieurs
jours que la princesse guettait derrière le grand arbre et elle put enfin se
montrer. Devi était fou de joie. il la serra dans ses bras et lui offrit toutes
sortes de friandises. Ils se remirent à jouer ensemble. Cet après-midi-là,
Eleni lui raconta aussi la terrible sécheresse qui s'était abattue sur son
pays. Elle raconta également à Devi qu'il était le seul à pouvoir amener la
pluie.
- Mais pour ça, il faut que tu m'accompagnes à
Anga, lui dit-elle doucement. Si tu restes ici, tu ne pourras rien faire pour
notre pays.
Mon père se fera du souci, si je ne suis pas là
à son retour, résista mollement Devi. Je dois attendre qu'il revienne pour lui
expliquer.
Mais Eleni ne voulait rien entendre.
- Si tu le veux, tu pourras m'épouser, dit-elle
pour l'amadouer. Je t'aime et je vois que tu m'aimes aussi. Tu deviendras riche
et célèbre. Dès qu'il pleuvra à Anga, nous reviendrons chercher ton père et tu
pourras t'occuper de lui autant que tu le voudras, bien mieux que tu ne pourras
jamais le faire dans cette cabane. S'il te plaît, partons. Maintenant !
Le coeur de Devi fondit lorsqu'il vit les yeux
suppliants de la princesse. Il rassembla ses maigres affaires et suivit la
princesse.
Dès que Devi posa le pied dans le royaume
d'Anga, une pluie torrentielle se mit à tomber. Tous les habitants du pays
asséché sortirent de leur maison et, à genoux, ils remercièrent le ciel de leur
envoyer cette eau claire. Les rivières coulèrent à flots et les plantes
relevèrent la tête, toutes revigorées. Le roi était fou de joie, car le malheur
était conjuré. Il voulut remercier Devi en lui offrant un grand sac rempli de
pièces d'or, mais lorsqu'il vit comment sa fille et le jeune garçon se regardaient,
il accorda à Devi la main de sa fille. Nulle part ailleurs, il ne trouverait
meilleur gendre.
Le roi envoya chercher le père de Devi et
lorsque celui-ci vit combien son fils était heureux avec la princesse, il
embrassa sa nouvelle belle-fille et souhaita aux jeunes mariés tout le bonheur
du monde. Devi emmena son père dans le château que le roi avait fait construire
pour le jeune couple.
Depuis ce jour-là, il n'y eut plus jamais de
sécheresse dans le royaume d'Anga qui devint le pays le plus fertile d'Afrique.