dimanche 13 juillet 2008

Les joyeuses colonies de vacances


"Les joyeuses colonies de vacances, merci Perrault, merci Blanche-Neige, tous les ans on voudrait que cela recommence…" Lorsque vous êtes interpellés matin, midi et soir par un groupe chantant cette chanson, avouez que cela devient lassant. Cela l'est encore plus quand la sérénade a l'air d'être chantée par une basse-cour.

Je suis venu me reposer dans un petit village perdu dans la campagne où je m'attendais à trouver le calme et le silence hormis les bruits du vent et des animaux classiques (le coq du matin…). Un matin, n'y tenant plus, je suivis la "musique". J'arrivais dans une clairière que je n'avais pas remarquée dans le bois avoisinant ma maison. Au milieu de celle-ci, une petite cabane en bois avec toutes sortes de personnages et d'animaux qui me semblent étrangement familiers.

"Bonjour" dis-je à un lutin qui me jette un mauvais regard. "Bonjour et bonsoir' me répond-t-il sans enthousiasme, tout en continuant à vaquer à ses occupations. Quel grincheux me dis-je. Son compagnon vient vers moi, avec un large sourire : "c'est quoi votre boite noire ?"
- Un appareil photo
- Ah bon ? Cela sert à quoi ?
- A prendre de photos
(il me paraît bien simplet celui-là).
Le laissant là avec les questions qu'il continuait à me poser, je continue à m'avancer au milieu de la petite troupe.
A l'entrée de la maison, une vache me fait un grand sourire et m'interpelle :
- Comment allez-vous ? Et vos enfants, où sont-ils ? Cela fait un moment que je ne les ai pas vu !
- Excusez-moi, qui êtes-vous ?
-Comment, qui suis-je ? dit-elle en riant. "Je suis la vache !" et devant mon air étonné, elle continue "La vache qui rit !"
-La vache qui rit est rouge d'habitude !
-"Oui, d'habitude, mais là je suis en vacances et j'en profite pour bronzer."
-"En..en…vacances ????"
-"Bien sûr, comme tout le monde. Vous n'êtes pas courant ? Notre syndicat et la SPA ont négocié avec nos employeurs le droit à une semaine de vacances par an. Cette semaine, c'est mon tour avec les quelques amis qui m'entourent."
Je regardais autour de moi et je voyais toute cette petite troupe s'affairer à préparer le repas.
- Qui est ce chien ?
- Ben, Rantanplan, le chien de Lucky Luke !
- Et l'écureuil ?
- Spip !

- Chpipe ?
- Non, Spip, l'écureuil de Spirou et Fantasio ! La semaine dernière, il y avait le marsupilami (je l'ai croisé en arrivant) et les trois petits cochons qui ont construit cette cabane.
- Ah, bon, ils auraient dû la faire en briques, si j'en crois l'histoire
- Pas la peine, le loup est venu il y a quinze jours
- Mais, que faites-vous de vos journées ?
- Rien de particulier, nous nous reposons, nous nous promenons, nous lisons et regardons la télévision. Cela nous change d'être de l'autre côté du miroir.
-Que lisez-vous ?
- Biba et Cosmopolitan pour ma part. Les nains lisent Playboy et des revues de culturiste. Spip préfère lire le magazine de Picard Surgelés : il trouve de nouvelles recettes pour préparer les noisettes.
-Et à la télévision ?
- Nous revoyons les épisodes de "Star Ac". Les pauvres chanteurs, ce sont les comiques des adolescents d'aujourd'hui. Je préfère être à ma place qu'à la leur. Bon maintenant, il faut que je vous laisse, je suis de corvée de cuisine ce midi. Je prépare un couscous au beurre avec des noisettes et un grand verre de lait caillé. J'ai appris cette recette lors d'une tournée de l'autre
côté de la Méditerranée.
- Je vous remercie de votre accueil. Puis-je venir vous revoir ?
- Ce sera avec plaisir l'année prochaine, parce que nous repartons dans l'après-midi. Maintenant, il y a d'autres de nos confrères qui arrivent ce soir : Schrek et Fiona, Bambi, Assurancetourix et la Castafiore. Venez les voir. Il envisagent tous deux de faire des concerts.


Cette nouvelle me cloua sur place. L'après-midi, je fis mes bagages et rentrais vite retrouver le relatif calme de la ville.

samedi 5 juillet 2008

Vingt mille lieues sous les têtes (de poisson)


Vous m'avez vu il y a quelques temps dans mes habits de rêve (http://dalettres.blogspot.com/2008/04/jai-toujours-rve-dtre-une-capitaine-au.html)
, me voici maintenant dans ma tenue de travail professionnelle : un scaphandre qui me permet de plonger dans les grands fonds de vos idées et de votre esprit. Attention, je ne suis pas psy-quelque chose. Je suis coach et j'accompagne les personnes dans leurs projets. Je précise que je suis coach AT et certifiée CTA. Pour les quelques personnes qui ne maîtriseraient pas ces signes, A.T signifie "Aromes tunisiennes" et CTA = "Couscous Torchis Arissa".

Qu'est-ce qu'un travail de coaching ? Cela suppose d'abord recueillir les idées du "coaché", de n'en garder que les traits principaux (cela s'appelle les "filets" : attention à la quantité pour que le projet puisse nourrir différentes personnes). Prendre en compte aussi ce qui leur donne de la saveur (un peu comme le persil pour les aliments) et ce que le coaché appelle ses oignons, à savoir son intérêt propre à ce sujet.

Une fois ce mélange obtenu, vous aidez le coaché à donner du sens à tout cela. Pour cela, vous le faites réfléchir sur les gains qu'il en obtiendra (gains matériels, moraux, spirituels…).
Si cela lui permet de gagner son pain, c'est tout bénéfice. En effet, celui-ci est un excellent lien avec les filets, le "persil" et les "oignons").

Attirez son attention qu'un projet est évolutif et prend du temps. Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Deux œufs dans le projet suffiront. Amalgamez le tout, épicez l'ensemble pour que son odorat lui donne envie d'aller plus loin. Découpez l'ensemble sous forme de petites idées autonomes qui s'enchaînent. Voilà pour une première séance.

Lors de la deuxième séance de coaching, il faut que ses idées mijotent et s'enrichissent. Un peu comme l'huile de friture permettent aux ingrédients de prendre corps. Ensuite donnez-lui comme travail intersession de les enrichir tout en les gardant au chaud. Donnez une touche de couleur à l'ensemble : la cannelle et la tomate sont excellentes pour stimuler la créativité.

A la troisième séance, il faut confronter ses idées aux opinions des autres. Choisissez une bonne grosse tête bien faite pleine avec un œil curieux et favorisez un échange : ce qu'il en reste permet d'enrichir son horizon. Ce qui lui semblait banal comme des pois chiches prend soudain de l'ampleur, surtout si vous lui faites mettre tout en couleur. Rappelez-lui qu'un projet intègre aussi bien des aspects financiers (les "radis"), des éléments constituants (les "pommes de terre"), que des éléments de détails de la taille d'un pois chiche et de la couleur (le carotène est utile).

La quatrième séance porte sur la mise en œuvre. Il faut qu'il mette ses mains dans la semoule et prépare le support de l'ensemble, ce qui va créer la base constituante et garnir l'action. Il y a des méthodes rapides, mais pour ma part, je préfère, si nous avons le temps, l'ancienne méthode qui consiste à tourner et à retourner les idées. Le fait de rouler en permanence ses éléments leur donne de la consistance. Séparez bien les graines d'idées.

La dernière séance permet de vérifier l'ensemble et de tout associer. Votre coaché va pouvoir alors présenter à ses actionnaires et clients son projet avec les petites idées autonomes qui en font partie, les mettre en valeur les éléments fonctionnels qui les soutiennent (radis et patates par exemple), le tout sur un lit de données agrégées qui, comme la semoule, assurent l'assise.

Vous pouvez vous demander si les projets réussissent toujours ? Ce serait prétentieux et illusoire dire oui, mais en tout cas, vous vous serez au moins régalé d'un bon couscous au poisson. C'est un bon départ, qu'en pensez-vous ?

PS : je suis tenu par la charte déontologique RMF (rapport mère-fille) de ne pas vous donner tous les détails. En effet, l'usage de méthodes savamment élaborées par des mains non initiées pouvant être préjudiciable pour la santé.

mercredi 2 juillet 2008

Suivez le guide

Voici une maison avenante située entre campagne et mer. Vous y parvenez en prenant une autoroute, puis une autre. Vous filez tout droit jusqu'à ce que cette autoroute se lasse de vous et vous abandonne. La grande route prend le relais. Plus loin, profitez que celle-ci oblique sur la droite pour prendre à votre tour la tangente…tout droit. Quand vous en aurez assez, vous tournez à gauche, puis quelques temps plus tard à droite sans prévenir et vous y êtes. Vous la voyez trônée au beau milieu d'une belle pelouse. Trois portes ! Ne vous trompez pas, la plus pratique (en ce qui nous concerne) est celle du milieu.

Dès l'entrée, vous vous trouvez dans une grande pièce qui tient à la fois de salle à manger et de salon. Une femme, tout de rouge vêtue, vous y accueille en vous proposant des pommes (une coutume locale). Elle vous y invite à y goûter en en croquant elle-même une d'entre elles. La pièce est vaste avec de grands fauteuils qui vous tendent les bras. Des livres et des CD invitent à la flânerie. Au nord de la pièce, une grande table de bois entourée de bancs barre la baie vitrée, au travers de laquelle vous voyez la mer, la plage et les badauds.

Plein d'objets et de photos. On sent le poids des ans, des objets ajoutés les uns aux autres au fil du temps. Ce n'est pas un modèle pour une revue de décoration, mais en même l'accumulation des souvenirs dans le temps s'est faite d'une manière artistique. On n'ose bouger un objet de peur de rompre une harmonie bâtie au fil du temps. C'est ce qui donne l'impression quand vous entrez dans cette maison qu'il y a une atmosphère de vie permanente. Rien à voir avec les maisons musées froides des revues à papier glacé.

Votre hôtesse vous invite alors à entrer dans la cuisine, C'est un mélange de la modernité (avec ses machines à café symboles du nec plus ultra) et de vie traditionnelle (la table en bois, les ustensiles divers). Sur la table, vous voyez qu'il y a de l'activité de bon matin dans celle-ci. .Vous trouvez disposer quelques fruits et légumes : des prunes, des artichauts, un citron… Quel plat magique se prépare-t-elle à vous faire ? Peut-être un poulet rôti. Le poulailler n'est en effet pas loin : coq et poules sont visibles par la fenêtre.

Il n'est pas encore l'heure de déjeuner. Revenez sur vos pas, retraversez le salon et entrez dans un deuxième salon. La pièce est petite, confortable, avec de grands fauteuils. Toutefois, la large baie vitrée donne une impression d'espace : vous voyez au loin une série de maisons alignées et les falaises au loin à marée basse. Les livres changent de nature : de la littérature, mais aussi des bédés. Au-delà, la pièce suivante est une chambre un peu sombre avec ses volets fermés. A nouveau un salon avec un grand sofa et une cheminée. Sur une console de magnifiques fleurs (du jardin) vous sourient. Chaque pièce a son atmosphère. Selon l'humeur du jour et du temps, choisissez votre lieu.

Montons à l'étage. L'escalier est entouré de verdures. Dans une première chambre, à gauche, une petite fille en robe verte vous attend et vous chante une chanson sur un flamand rose. Elle vous montre la vue sur les falaises. Celles-ci brillent au soleil. Passez doucement devant la pièce suivante. Un coup d'œil par la porte entrebâillée vous observerez un homme un peu triste qui regarde par la fenêtre. Que regarde-t-il ? La mer ? L'horizon ? Peut-être digère-t-il tranquillement son repas. Il a une assiette de fruit devant lui (il aime les bananes à priori) et une bouteille de vin bien entamée.

Les autres pièces vous offrent des perspectives inattendues. Ainsi, dans l'une d'entre elles, un reflet dans un miroir… et vous avez la sensation de vous trouver à Venise sur un des canaux, dans l'attente d'une gondole. Dans une dernière pièce, vous avez l'impression d'être sur la plage au dos des belles cabines colorées. Un dernier regard sur la plage où des jeunes filles laissent traîner leurs pas sur le sable mouillé. Il est alors temps de redescendre et de prendre congé de vos hôtes.

Retour à la réalité du monde moderne par le chemin, la route et les autoroutes. Le lendemain, vous vous demanderez peut-être si vous avez vu tout cela ou si vous avez rêvé. Les deux peut-être.

vendredi 27 juin 2008

Un jour, j'irai sur la butte


Là-bas au loin une basilique est juchée sur la butte. Tous les jours, de la fenêtre de mon travail, je vois cette butte, sa verdure et sa ceinture de petits immeubles qui font fonction à la fois de barrage et de protection. J'ai à la fois envie et peur d'aller sur cette butte.

J'ai envie d'y aller pour enfin découvrir la vue sur la ville et ses environs. J'ai envie d'y arriver pour pouvoir me dire : 'j'ai trouvé le chemin". Si de mon 7ème étage, je la vois distinctement, une fois dans la rue, je sais que je ne la verrai plus. Ma promenade sera hésitante, à moins de me munir d'une carte, voire d'une boussole. J'ai donc envie de trouver ce chemin et de voir mon bâtiment, celui de là où je la regarde.

En même temps, j'en ai peur. Si cette butte a connu toutes sortes de temples et d'église, celle-ci est chargée, dit-on, d'une lourde histoire. Celle-ci est belle ou triste, selon le côté dont la regarde. En ce temps-là, il y eut une terrible émeute populaire qui fut écrasée dans un bain de sang. Cette basilique fut construite pour commémorer ce souvenir et remercier le Très Haut d'avoir permis la fin de l'insurrection.

A la réflexion, ce n'est pas la basilique qui m'attire. C'est la butte, le chemin pour y aller, les ruelles pentues, la nostalgie de l'époque des grands peintres qui firent la renommée artistique de la ville. Maintenant c'est fini, il y a des peintres, mais les talents sont ailleurs. Seuls les musées et les boutiques de souvenirs rappellent cette grande époque.

Ce sont les sommets qui m'attirent. Ils marquent un but, une étape ou un fin. Ils indiquent aussi un début, un nouveau chemin, un projet parce que de là vous pouvez choisir votre direction, vous fixer une nouvelle étape. La vie est ainsi faite. Elle n'est pas seulement plate ou sinueuse. Il y a aussi des montées et des descentes. On ne perçoit pas toujours quand on monte ou on descend. C'est seulement souvent un temps plus tard que nous en prenons conscience. Un peu comme cette butte. On avance vers elle, mais on ne sait pas tout de suite si cela monte. Parfois même, on peut la longer et la rater. Qu'importe, c'est le chemin qui vaut le coup, pas le but.

Alors, c'est dit : j'irai vers la butte. Quand ? Ce soir, demain ou un autre jour, mais j'irai, maintenant je le sais.

jeudi 26 juin 2008

Haiku 11


Passant jouez dans le dédale
Vous serez au frais
L'été, le minotaure est sage

vendredi 20 juin 2008

Pas de baleines (bleues) en Ukraine


Je suis T.C., poète ukrainien. Il suffit de ces initiales pour que des millions de personnes citent mon nom en entier et récitent mes vers. Bien sûr, ce sont principalement des ukrainiens, mes compatriotes. Je suis pour eux une idole, le plus grand des poètes disent mes admirateurs. Pourtant, chassé de mon pays envahi par des troupes étrangères, je suis venu en France comme nombre de mes compatriotes durant le XIXème siècle (un siècle que les moins de 100 ans ne peuvent pas connaître). Paris nous a accueilli à bras ouverts. Vivotant grâce à de nombreux métiers, nous avions plaisir à nous retrouver dans ce petit square au centre de Paris à l'ombre de la cathédrale gréco-catholique ukrainienne. Un jardin ombragé, discret, malgré sa situation le long d'un grand boulevard parisien. Plus tard, bien plus tard, mes compatriotes et la ville de Paris ont tenu à me rendre hommage en donnant mon nom à ce square. Un buste y fut érigé. Je suis fier de cette reconnaissance et j'en étais heureux. Je dis bien que j'en étais heureux. Juché sur une haute colonne, je me voyais regarder défiler les badauds (et notamment les jolies parisiennes), les oiseaux et la circulation.

Mais voilà, mon sculpteur m'a fait le regard plongeant. Alors, je regarde à quatre à cinq mètres devant moi. J'entends la vie passée, j'écoute les oiseaux chanter, je perçois les rires des parisiennes et je vois….une baleine bleue. Cette baleine, bien sûr, est un toboggan. Alors, mes seuls badauds sont des mouflets et parfois leurs mères. Je le dis tout fort : il n'y a pas de baleine en Ukraine ! Et encore moins des bleues ! Encore si le bleu était joli ou bien si le toboggan était aux couleurs du drapeau ukrainien (bleu et jaune), mais celui-là est fort criard et me fait mal aux yeux.

Monsieur le sculpteur (ou madame, je ne sais), mettez-vous dans la peau de votre personnage. Regardez où portera le regard. Etre condamné à vie à regarder le ciel ou ses pieds quand la vie grouille autour de soi, c'est frustrant.

Messieurs ou mesdames les gestionnaires des squares parisiens, permettez-moi de vous dédier ces quelques vers

Gare aux baleines bleues
Même sous forme de toboggan
Elles ternissent les squares


Tarass Chevtchenko (1814-1861) est considéré comme le père de la littérature ukrainienne.
Son plus célèbre poème (Testament)

Quand je mourrai, enterrez-moi
En dressant ma tombe
Au cœur des steppes infinies
De ma chère Ukraine.
Pour que je voie les champs immenses,
Le
Dniepr et ses falaises
Et pour que je puisse entendre
Son grondement puissant.
Quand de l'Ukraine il portera
Jusqu'à la mer bleue
Le sang ennemi, alors
J'abandonnerai
Montagnes et prairies et m'envolerai
Vers Dieu pour prier.
Mais jusque là,
Dieu m'est inconnu.
Enterrez-moi. Mais vous — Debout !
Brisez vos chaînes
Et abreuvez la Liberté
Avec le sang des ennemis.
Puis, dans la grande famille,
La famille libre et nouvelle,
N'oubliez pas de m'évoquer
À voix basse, tendrement.

dimanche 15 juin 2008

Vivi la Légion d'honneur


Je reviens d'une cérémonie où mon ami Vivi a reçu la Légion d'honneur. C'était très émouvant et très intime. Cela se passait au milieu d'un terrain de golf. Nous nous faisions discrets, faisant attention à la trajectoire des balles. Nous nous sommes vite reconnus, nous les invités, parce que nous n'avions ni club, ni sac de golf, ni chaussures adéquates (on a les signes de ralliement que l'on peut). J'ai découvert que Vivi avait une très grande famille avec de très nombreux frères et sœurs. Malheureusement l'exiguïté du lieu hors d'atteinte des balles faisait sûrement que ces derniers étaient sans leurs enfants.

La cérémonie a commencé par un discours d'un monsieur du même âge qui a raconté quelques uns de leurs souvenirs d'enfance. Mon ami Vivi est quelqu'un qui depuis tout petit n'a jamais supporté l'intolérance et le racisme sous toutes formes. Vers l'âge de 10-12 ans il a été envoyé dans une colonie à Bergen Belsen où les animateurs étaient en dessous de tout (c'était vers 1942-1945) et au dessus de tout aussi (en termes de respect des lois). Il y a gagné toutefois quelques amitiés solides qui ont tenu jusqu'à présent.

Après je n'ai pas tout compris parce que les discours qui se sont succédés étaient tellement empreints d'émotion (et nous aussi) que j'avais du mal à suivre. Qu'est-ce que j'en ai retenu ? Après la guerre, Vivi a passé un bac peinture (ils étaient en avance à l'époque). Et pendant que nombre de ses amis se lançaient dans la création artistique en concevant des vêtements, lui a préféré faire du commerce et vendre de la peinture. Dommage, je l'aurais bien vu dans les arts.

J'y ai appris que la légion d'honneur était un club très fermé. On ne la demande pas, on vous la propose. Il faut que ce soit quelqu'un qui l'ait qui vous parraine (Je suis sûr que Vivi va recevoir de nombreuses lettres à ce sujet). Il y a un plafond de 125.000 titulaires de la Légion d'honneur. Les femmes y sont particulièrement bien honorées : elles représentent 15% du total (c'est à l'image de la nation : il y a la même proportion de femmes députés à l'Assemblée Nationale). Une bonne nouvelle : avec Vivi, il y a maintenant 115.000 porteurs de la médaille. Il y a donc 10.000 places de disponibles. Attention, toutefois, avec la loi sur la parité, le Président de la République a décidé qu'il y aurait le même nombre d'hommes et de femmes qui serait nominé. Mesdames, vous êtes avantagées.

J'ai aussi appris des petits détails sur la vie intime de Vivi : il aime la compote maison et la salade fraîche. Profitant de l'émotion ambiante, ses enfants lui ont avoué que c'était de la compote de chez Franprix. Il n'a pas (trop) tiqué : à mon avis ce magasin mérite une médaille pour la qualité de ses compotes.

Puis, nous nous sommes tous retrouvés autour d'un beau buffet sympathique (malheureusement sans salade ni compote). Recevoir une médaille a un coût au final : non seulement vous offrez un beau buffet, mais en plus il faut changer ses costumes. La boutonnière (ou le ruban) rouge ne va pas sur tous les tissus, et encore moins quand vous avez déjà un ruban bleu. Bien plus, ses petits-enfants sont montés au créneau en lui rappelant qu'ils l'aimaient beaucoup, surtout quand il leur donne un billet de 10 euros. Quelle famille !

Tout s'est terminé un verre à la main. Nous étions tous fiers et émus pour lui. A quand la médaille à ruban blanc pour être assorti à la bleue et à la rouge ? Si vous regrettez de n'avoir pu être là, une bonne nouvelle : Vivi montera en grade dans huit ans !