vendredi 20 mars 2026

En temps de crise, que nous apprend la famille Sabas ?

 


Chez DALETT, nous aimons partager nos valeurs en présentant des livres. À travers ces pages, c’est tout un univers de sens, d’inspiration et de passion qui se transmet, pour nourrir la curiosité et faire rayonner ce en quoi nous croyons et que nous souhaitons partager avec vous.

Dans La mère de tous les cochons, Malu Halasa nous plonge dans un week‑end « ordinaire » d’une famille chrétienne jordanienne, les Sabas, prise dans les turbulences du Moyen‑Orient : guerres, réfugiés, économie de contrebande, conservatismes religieux. Ce roman, écrit bien avant les dernières crises, ressemble aujourd’hui à un manuel romanesque du management en environnement incertain.

Petite minorité chrétienne dans une ville majoritairement musulmane, les Sabas doivent préserver leur identité sans affronter de face la majorité : comme des managers qui défendent une culture d’équipe (éthique, diversité, coopération) dans des environnements hostiles.

L’« Emporium » d’Abu Za’atar vit des restes de guerres : la crise n’est pas un épisode, mais une toile de fond qui conditionne emploi, prix, opportunités. En France, nous ressentons un même type d’incertitude avec la guerre en Iran : tensions à Ormuz, hausse du pétrole et du gaz, risques d’approvisionnement, inflation sous pression. Comme les Sabas, nos entreprises découvrent la fragilité de leurs flux.

Les Sabas améliorent leur niveau de vie grâce à l’élevage clandestin de porc et à la contrebande, au prix d’une réputation fragile. De même, sous tension sur les marges, la tentation est grande de « bricoler » avec les règles. Le manager doit clarifier les lignes rouges pour préserver confiance et réputation.

Leaders invisibles et réseaux informels
La résilience de la famille repose sur les femmes et les réseaux invisibles plus que sur le patriarche. Dans nos organisations confrontées aux secousses géopolitiques, les véritables amortisseurs sont souvent les femmes, les minorités, la diaspora et les experts métiers.

En rapprochant la Jordanie de la famille Sabas et la France d’aujourd’hui, le roman pose une question clé : comment bâtir des organisations qui tiennent debout quand le contexte ne se stabilise plus ?


vendredi 13 mars 2026

e La Maison vide à la transmission d'équipe : retisser le fil

                                                


Dans La Maison vide de Laurent Mauvignier (Minuit, 2025, Prix Goncourt), la transmission familiale n’est pas un héritage fluide, mais une chaîne de silences, blessures et objets hantés – maison vide, piano muet, photos mutilées. Le narrateur enquête pour nommer les non-dits et transformer la fatalité en compréhension.

Les équipes vivent la même mécanique : savoirs implicites qui s’évaporent, process obsolètes qui pèsent, échecs tus qui se répètent. Comment passer d’une "maison vide" organisationnelle à un système vivant ?

Un exemple : Chaque équipe cartographie d’abord ses essentiels lors d’un atelier de 2h Elle active ensuite des vecteurs vivants avec des passations ritualisées, des récits, des Wiki dynamique mis à jour trimestriellement garde les process actuels. Sans bureaucratiser, un "gardien des pratiques» tournant actualise le tout. 

Comme le narrateur de Mauvignier, une équipe qui transmit transforme ses vides en richesse. Commencez par un rituel. Le temps retisse le reste.

Quel silence pèse sur votre équipe ? 


samedi 7 mars 2026

De l'Espace à l'IA : Simulations pour Survivre aux Crises Numériques




Chez DALETT, nous aimons partager nos valeurs en présentant des livres. À travers ces pages, c’est tout un univers de sens, d’inspiration et de passion qui se transmet, pour nourrir la curiosité et faire rayonner ce en quoi nous croyons et que nous souhaitons partager avec vous.

Dans Une opération... spatiale, Testé et Buffenoir dépeignent une guerre au Sahara où le brouillage satellite coupe net les communications des troupes françaises. Que faire quand toute votre stratégie repose sur des outils sophistiqués soudain rendus inopérants ? Ce scénario catastrophe s'applique à notre vie quotidienne – imaginez votre mobile à l'arrêt – comme à l'échelle collective, avec une panne informatique massive.

Transposons-le dans un opérateur télécom : une IA de gestion réseau, sabotée par une cyberattaque d'État voyou (à l'image de Starlink en Ukraine, 2022), paralyse les data centers critiques. Ou dans l'aéronautique, un blackout GPS-IA cloue au sol des flottes de drones. Ce livre, structuré en trois volets équilibrés – histoire immersive, faits chocs, solutions pragmatiques –, nous y sensibilise avec brio. 

Et vous, dans votre organisation technique (télécoms, aéronautique, software...), y êtes-vous prêts collectivement ? Avez-vous, individuellement, forgé des réflexes pour anticiper l'impensable ?

Des outils concrets existent, comme les serious games et business war games (HUMIND, Cesim) : ils modélisent processus et testent crises – blackouts supply chain, disruptions software – pour une préparation immersive.

Mais l'enjeu clé reste le changement de paradigme : déplacer la fenêtre d'Overton pour rendre l'IA "populaire", actualiser compétences en tandem humain-IA, et animer débats éthiques qui boostent l'agilité épigénétique des équipes. 

Serons-nous humainement à la hauteur de cette révolution, comme l'espace nous le rappelle ? Ces simulations, par la collaboration métiers-R&D, forgent la maîtrise proactive des approches émergentes. 

Une réflexion à prolonger en atelier.



vendredi 27 février 2026

L’humour cairote, miroir rabelaisien de nos absurdités d’entreprise


Chez DALETT, nous aimons partager nos valeurs en présentant des livres. À travers ces pages, c’est tout un univers de sens, d’inspiration et de passion qui se transmet, pour nourrir la curiosité et faire rayonner ce en quoi nous croyons et que nous souhaitons partager avec vous.

Taxi dépeint avec finesse la galerie des chauffeurs cairotes – jeunes/vieux, incultes/cultivés – révélant la vie crue du Caire : précarité économique, corruption, oppression politique, mais aussi résilience et bonne humeur fataliste face aux embouteillages existentiels.

L’humour y joue un rôle pivot : au premier degré, il libère par l’argot grivois et l’auto-dérision rabelaisienne (« profite du jour ») ; au second, il satirise indirectement le pouvoir, masquant la révolte sous des bons mots populaires.

Transposé en entreprise, ce double registre transforme nos frustrations bureaucratiques (réunions interminables, KPI oppressants) en soupape collective : rire cru pour humaniser les équipes multiculturelles, ironie subtile pour challenger hiérarchies sans conflit, boostant résilience et intelligence partagée – un Ecclésiaste moderne du management.



vendredi 20 février 2026

De "Pour toujours" à la fenêtre d'Overton : transmettre le savoir par le voyage des cœurs

 


Dans « Pour toujours, l’enfant, la taupe, le renard, le cheval et la tempête », Charlie Mackesy fait voyager quatre compagnons improbables à travers la nature : un enfant en quête de repères, une taupe gourmande et spontanée, un renard rendu méfiant par les épreuves, et un cheval sage et bienveillant. Ils avancent ensemble, traversent des tempêtes extérieures et intérieures, se perdent puis se retrouvent, aidés parfois par une belette ou un ours polaire, dans un parcours fait de douceur, de vulnérabilité et d’espoir. Au fil des pages, leurs dialogues poétiques parlent d’amitié, de peur, de courage et d’amour de soi, comme autant de petits enseignements qui « pansent » les cœurs des enfants comme des adultes.

La fenêtre d’Overton, elle, est une métaphore qui décrit le champ des idées jugées acceptables à un moment donné par un groupe, une société… ou une organisation. Ce cadre distingue ce qui est impensable, radical, acceptable, raisonnable, populaire, puis finalement établi : les idées se déplacent dans cette « fenêtre de discours » au fil des débats, des récits et des expériences partagées. En entreprise, cela revient à reconnaître qu’un nouveau savoir ou une nouvelle pratique ne peut pas être adopté d’emblée par tous, mais doit passer par des étapes successives d’acceptation, que le management peut accompagner et faciliter.

Si l’on croise le livre et la fenêtre d’Overton, chacun des personnages devient une figure de la transmission du savoir. L’Enfant incarne la curiosité mêlée d’inquiétude, ce moment où un savoir nouveau semble encore « impensable » ou trop éloigné des habitudes. La Taupe représente les premiers convaincus, ceux qui, par enthousiasme, testent et adoptent plus vite, faisant passer l’idée dans la zone de l’« acceptable ». Le Renard, blessé et réservé, symbolise les collaborateurs marqués par des expériences passées : ils n’adhèrent qu’une fois rassurés par des preuves, des attentions, un climat de sécurité, faisant évoluer le savoir vers le « raisonnable ». Quant au Cheval, stable et soutenant, il incarne l’étape où ce savoir devient « établi » : intégré dans les réflexes, les rituels et la culture de l’équipe.

Dans une démarche de transmission de savoir en entreprise, on peut alors lire « Pour toujours » comme un guide discret. Introduire un nouveau savoir (par exemple, des pratiques collaboratives interculturelles) revient à inviter un groupe à traverser sa propre tempête. On commence par autoriser les questions, les peurs, les résistances (la tempête intérieure), puis par s’appuyer sur quelques « Taupes » volontaires, mettre en récit leurs réussites, rassurer les « Renards » par des expériences concrètes, jusqu’à ce que, progressivement, le nouveau savoir soit porté par des « Chevaux » : des personnes ressources qui le transmettent à leur tour. La fenêtre d’Overton nous rappelle que ce passage de l’impensable à l’évident se fait par petits déplacements successifs, tandis que le livre de Mackesy nous montre que ces déplacements ne sont possibles qu’à travers la confiance, la parole partagée et une bienveillance active entre compagnons de route.


vendredi 13 février 2026

Comment les petits riens deviennent des savoirs partagés

 


Chez DALETT, nous aimons partager nos valeurs en présentant des livres. À travers ces pages, c’est tout un univers de sens, d’inspiration et de passion qui se transmet, pour nourrir la curiosité et faire rayonner ce en quoi nous croyons et que nous souhaitons partager avec vous.

Notre savoir-faire ? Transmission du savoir notamment en milieu multiculturel

Ce ne sont pas toujours les grandes ruptures qui nous transforment. Souvent, ce sont les petits riens.

Ces gestes quotidiens, ces échanges informels, ces silences choisis. Dans Le Dieu des petits riens, Arundhati Roy raconte comment une famille se désagrège non pas à cause d’un événement spectaculaire, mais à travers une succession de minuscules écarts, de choix à peine visibles. Chaque détail devient un point de bascule.

Cette lecture m’a rappelé combien, dans nos environnements professionnels aussi, la transmission du savoir s’effectue rarement par de grands discours. Elle se joue dans la manière d’accueillir un nouveau collègue, d’expliquer une procédure, d’écouter pendant une réunion, ou de reconnaître un geste juste.

Ce sont ces « petits riens » qui nourrissent la culture d’une organisation. Ils transmettent bien plus que des compétences : une manière d’agir, de coopérer, d’incarner des valeurs.

À l’inverse, l’oubli ou la négligence de ces gestes peut, peu à peu, diluer un savoir collectif, affaiblir une cohérence, rompre une chaîne d’apprentissage.

Prêter attention à ces micro-moments, c’est reconnaître la transmission comme un acte vivant, ancré dans le quotidien.

Et vous, quels sont ces « petits riens » qui, dans votre équipe ou votre organisation, font la différence dans la transmission du savoir ?

vendredi 6 février 2026

Reconstruction et renaissance

 


Il est des livres qui nous parviennent sans qu’on les ait choisis, et qui pourtant nous accompagnent bien audelà de leur lecture. Oùles étoiles tombent, de Cédric SapinDefour, fait partie de ceuxlà. Le récit souvre sur un drame intime: laccident de parapente de la compagne du narrateur, puis lattente anxieuse, la peur de la perdre, avant la lente et douloureuse reconstruction. Mais audelà du fait divers, lauteur cherche moins à raconter une tragédie qu’à explorer ce qui naît après  quand la vie d’avant s’éteint et qu’il faut inventer la suivante.

Ce roman, profondément ancré dans les paysages de Savoie, évoque avec pudeur le vertige du deuil — non pas la mort d’un être, mais celle d’un équilibre, d’une trajectoire commune. SapinDefour décrit les étapes de la perte comme autant de passages: le choc, le déni, la colère, puis, peu à peu, cette réconciliation fragile avec le réel. L’écriture, précise et contenue, restitue à la fois la violence des émotions et la beauté nue de l’acceptation.

Ce qui touche, audelà du récit luimême, c’est la philosophie de l’abandon qui s’en dégage. Accepter de laisser mourir ce que l’on était pour laisser naître ce que l’on peut encore devenir. L’auteur ne célèbre pas la résilience héroïque, mais une forme de lente humanité: celle qui apprend à vivre autrement, à deux, quand plus rien ne ressemble à hier.

Dans cette traversée, les autres — amis, soignants, inconnus bienveillants — apparaissent comme des appuis essentiels. Par leur présence discrète, ils rendent possible le passage d’un monde à l’autre. Où les étoiles tombent rappelle ainsi que la reconstruction n’est jamais solitaire: elle est tissée d’écoute, de gestes simples, d’une solidarité ordinaire qui redonne confiance à la vie.

On peut reprocher à l’auteur quelques élans trop appuyés, ou une atmosphère parfois confinée, presque étanche au reste du monde. Mais l’ensemble demeure juste dans sa manière d’aborder la fragilité. C’est un roman sur le renoncement et la transformation, sur ce moment où l’on cesse de se battre pour retrouver ce qui a été, afin de s’ouvrir à ce qui peut encore advenir.

Un livre à lire non pour sa tristesse, mais pour sa lumière. Celle qui apparaît, peutêtre, là où tombent les étoiles.