Dans « Pour toujours, l’enfant, la taupe,
le renard, le cheval et la tempête », Charlie Mackesy fait voyager quatre
compagnons improbables à travers la nature : un enfant en quête de repères, une
taupe gourmande et spontanée, un renard rendu méfiant par les épreuves, et un
cheval sage et bienveillant. Ils avancent ensemble, traversent des tempêtes
extérieures et intérieures, se perdent puis se retrouvent, aidés parfois par
une belette ou un ours polaire, dans un parcours fait de douceur, de
vulnérabilité et d’espoir. Au fil des pages, leurs dialogues poétiques parlent
d’amitié, de peur, de courage et d’amour de soi, comme autant de petits
enseignements qui « pansent » les cœurs des enfants comme des adultes.
La fenêtre d’Overton, elle, est une métaphore qui décrit le champ des idées jugées acceptables à un moment donné par un groupe, une société… ou une organisation. Ce cadre distingue ce qui est impensable, radical, acceptable, raisonnable, populaire, puis finalement établi : les idées se déplacent dans cette « fenêtre de discours » au fil des débats, des récits et des expériences partagées. En entreprise, cela revient à reconnaître qu’un nouveau savoir ou une nouvelle pratique ne peut pas être adopté d’emblée par tous, mais doit passer par des étapes successives d’acceptation, que le management peut accompagner et faciliter.
Si l’on croise le livre et la fenêtre
d’Overton, chacun des personnages devient une figure de la transmission du
savoir. L’Enfant incarne la curiosité mêlée d’inquiétude, ce moment où un
savoir nouveau semble encore « impensable » ou trop éloigné des habitudes. La
Taupe représente les premiers convaincus, ceux qui, par enthousiasme, testent
et adoptent plus vite, faisant passer l’idée dans la zone de l’« acceptable ».
Le Renard, blessé et réservé, symbolise les collaborateurs marqués par des
expériences passées : ils n’adhèrent qu’une fois rassurés par des preuves, des
attentions, un climat de sécurité, faisant évoluer le savoir vers le «
raisonnable ». Quant au Cheval, stable et soutenant, il incarne l’étape où ce
savoir devient « établi » : intégré dans les réflexes, les rituels et la
culture de l’équipe.
Dans une démarche de transmission de savoir en
entreprise, on peut alors lire « Pour toujours » comme un guide
discret. Introduire un nouveau savoir (par exemple, des pratiques
collaboratives interculturelles) revient à inviter un groupe à traverser sa
propre tempête. On commence par autoriser les questions, les peurs, les
résistances (la tempête intérieure), puis par s’appuyer sur quelques « Taupes »
volontaires, mettre en récit leurs réussites, rassurer les « Renards » par des
expériences concrètes, jusqu’à ce que, progressivement, le nouveau savoir soit
porté par des « Chevaux » : des personnes ressources qui le transmettent à leur
tour. La fenêtre d’Overton nous rappelle que ce passage de l’impensable à
l’évident se fait par petits déplacements successifs, tandis que le livre de
Mackesy nous montre que ces déplacements ne sont possibles qu’à travers la
confiance, la parole partagée et une bienveillance active entre compagnons de
route.




