Il est des livres qui nous parviennent sans qu’on les ait choisis, et qui pourtant nous accompagnent bien au‑delà de leur lecture. Oùles étoiles tombent, de Cédric Sapin‑Defour, fait partie de ceux‑là. Le récit s’ouvre sur un drame intime : l’accident de parapente de la compagne du narrateur, puis l’attente anxieuse, la peur de la perdre, avant la lente et douloureuse reconstruction. Mais au‑delà du fait divers, l’auteur cherche moins à raconter une tragédie qu’à explorer ce qui naît après — quand la vie d’avant s’éteint et qu’il faut inventer la suivante.
Ce roman, profondément ancré dans les paysages de Savoie, évoque avec pudeur le vertige du deuil — non pas la mort d’un être, mais celle d’un équilibre, d’une trajectoire commune. Sapin‑Defour décrit les étapes de la perte comme autant de passages : le choc, le déni, la colère, puis, peu à peu, cette réconciliation fragile avec le réel. L’écriture, précise et contenue, restitue à la fois la violence des émotions et la beauté nue de l’acceptation.
Ce qui touche, au‑delà du récit lui‑même, c’est la philosophie de l’abandon qui s’en dégage. Accepter de laisser mourir ce que l’on était pour laisser naître ce que l’on peut encore devenir. L’auteur ne célèbre pas la résilience héroïque, mais une forme de lente humanité : celle qui apprend à vivre autrement, à deux, quand plus rien ne ressemble à hier.
Dans cette traversée, les autres — amis, soignants, inconnus bienveillants — apparaissent comme des appuis essentiels. Par leur présence discrète, ils rendent possible le passage d’un monde à l’autre. Où les étoiles tombent rappelle ainsi que la reconstruction n’est jamais solitaire : elle est tissée d’écoute, de gestes simples, d’une solidarité ordinaire qui redonne confiance à la vie.
On peut reprocher à l’auteur quelques élans trop appuyés, ou une atmosphère parfois confinée, presque étanche au reste du monde. Mais l’ensemble demeure juste dans sa manière d’aborder la fragilité. C’est un roman sur le renoncement et la transformation, sur ce moment où l’on cesse de se battre pour retrouver ce qui a été, afin de s’ouvrir à ce qui peut encore advenir.
Un livre à lire non pour sa tristesse, mais pour sa lumière. Celle qui apparaît, peut‑être, là où tombent les étoiles.

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