Ce livre m’a surtout frappé par
ce qu’il dit du retour. Retour dans un pays, bien sûr, mais aussi retour dans
un univers connu qui ne l’est plus tout à fait. On peut aisément transposer
cette expérience à la vie des organisations : revenir dix ans plus tard au
siège, après une mission à l’étranger ou en province, c’est retrouver le même
bureau, les mêmes murs parfois, mais un monde déjà déplacé. Le lieu est intact
en apparence, pourtant les repères ont changé.
Le retour n’est jamais une
simple reprise. Celui qui revient n’est plus celui qui est parti ; il a été
façonné par d’autres contextes, d’autres pratiques, d’autres manières de penser
et d’agir. De son côté, l’organisation a continué sa route, avec ses ajustements,
ses nouveaux équilibres, ses non-dits renouvelés. Entre les deux, il y a
souvent un léger décalage, parfois imperceptible au premier regard, mais
décisif dans les relations quotidiennes.
Ce qui me semble juste dans
cette lecture, c’est qu’elle montre combien la familiarité peut être trompeuse.
On croit retrouver un cadre identique, alors qu’il a déjà changé de nature. Le
retour devient alors un exercice d’attention, d’humilité et d’adaptation. Il
oblige à relire les situations, à réapprendre les codes, à accepter que
l’évidence d’hier ne soit plus celle d’aujourd’hui.
C’est en cela que ce livre
dépasse le seul récit personnel. Il éclaire, avec une grande finesse,
l’expérience de tous ceux qui reviennent dans une organisation après un long
éloignement : ce moment particulier où l’on retrouve les lieux, mais plus
exactement les mêmes liens ; où l’on reconnaît les personnes, mais plus tout à
fait les mêmes appartenances.

