vendredi 2 juin 2017

Ce qui m'a servi... m'asservit

Un jardinier vivait en Chine il y a très très longtemps. Il avait un des plus beaux jardins qui se puissent imaginer, avec une foultitude de fleurs odorantes, multicolores, et un ensemble d’arbres de toutes tailles, de toutes essences, au milieu desquels coulait une ravissante rivière. Les gens venaient parfois de très loin pour admirer l’œuvre de ce jardinier, lequel en tirait une légitime fierté.

Un jour, l’empereur de Chine en visite dans la région entendit parler de ce jardinier exceptionnel et de son si beau jardin. Il décida de lui rendre visite. Après avoir visité le fameux jardin, tout encore ébloui par tant de formes, couleurs, odeurs… il décida de faire un cadeau à un aussi méritant sujet. Une invention qu’on lui avait offerte peu de temps avant, mais dont il n’avait aucun usage dans sa fonction d’empereur. C’est ainsi que notre jardinier fut extrêmement honoré de recevoir… une binette !

Au début, ce fut réellement miraculeux. Il plantait encore plus vite, encore mieux, creusait des rigoles qui devinrent bientôt des systèmes d’irrigation astucieux, ce qui lui évitait de nombreux trajets éprouvants pour transporter de l’eau. Il arrachait toutes les mauvaises herbes en un rien de temps, et sans se pencher ! Son mal au dos se fit de plus en plus ténu, puis disparut complètement. C'est bien simple : au bout d’un certain temps, notre jardinier ne pouvait simplement plus se séparer de sa binette.

Mais au bout d'un certain temps, il la trouvait si incroyablement pratique qu’il finit par l’utiliser en toutes sortes de circonstances… y compris les moins appropriées comme dormir, manger, ou écrire son courrier…

Cette histoire nous vient de la nuit des temps….Elle est transmise de bouche à oreille par des générations de conteurs, qui en achèvent toujours le récit par une question :
« Est-ce que chacun d’entre nous n’aurait pas - au moins - une binette, cachée quelque part ? »


vendredi 26 mai 2017

l'origine de la sculpture

Dans le cadre de la magnifique exposition de l’artiste Prune Nourry au sein du musée Guimet* à Paris, François Ansermet, psychanalyste suisse, a rédigé le catalogue de l’exposition. Ci-dessous un texte sur la création de la peinture, selon Pline** :

En utilisant la terre, le potier Butadès de Sicyone découvre à Corinthe l’art de modeler les portraits en argile. Il doit son invention à sa fille, amoureuse d’un jeune homme ; celui-ci partant pour l’étranger, elle marqua les contours de l’ombre de son visage projeté sur le mur par la lumière d’une lanterne.

Son père appliqua de l’argile sur l’esquisse, en fit un relief qu’il mit à durcir au feu avec le reste de ses poteries, après l’avoir fait sécher.

Ce récit montre le pouvoir de l’argile et de la poterie. Parfois, c’est le tracé de l’ombre sur la muraille qui permet de maintenir la présence de celui qui va partir. Quoi qu’il en soit, il s’agit bien de l’origine de la sculpture tout autant que de la peinture, de tous les arts qui composent avec la trace laissée par l’absence, par la séparation, donc aussi par la coupure.

Une expo à ne pas rater !

* Plus d’infos sur l’expo en cours : https://goo.gl/nwVlma

** Pline l’Ancien, Histoire naturelle, livre XXXV

vendredi 19 mai 2017

Aimez-vous le risque ?


La croissance est l’un des besoins les plus urgents.

L’arbre perce la terre, la larve se transforme en papillon, l’enfant devient adolescent. On se doit de grandir et de répondre à ses besoins changeants si l’on veut se sentir pleinement vivant.
Les gens les plus heureux sont ceux qui ont le courage de croitre et de prendre des risques pour vivre en fonction de leurs valeurs.

Et même si...
·        Rire, c'est risquer d’être ridicule...
·        Pleurer, c'est risquer d’avoir l’air sentimental...
·        Tendre la main vers l’autre, c'est risquer de s'impliquer...
·        Montrer ses sentiments, c'est risquer de dévoiler son Moi authentique.
·        Exprimer ses sentiments, c'est risquer de révéler sa véritable nature...
·        Exposer ses rêves et ses idéaux, c'est risquer de les perdre...
·        Aimer, c'est risquer de ne pas être aimé en retour...
·        Vivre, c'est risquer la mort...
·        Espérer, c'est prendre le risque du désespoir.
·        Essayer, c'est risquer l'échec...
...On doit risquer. Car le plus grand danger est de ne prendre aucun risque.
La personne qui ne risque rien ne fait rien, n’a rien et n’est rien. Elle
évite peut-être la souffrance et le chagrin, mais elle ne peut rien apprendre, rien ressentir, elle ne peut ni vivre, ni croître. Enchainée dans ses certitudes, elle en est esclave et a perdu sa liberté́.
Seule la personne qui prend des risques est libre.


Texte de Rudyard Kipling trouvé sur http://www.lamailloux.com/pdf/Le_risque.pdf