jeudi 13 février 2020

Quel est votre mode de pensée ?

Nous avons deux sortes de pensées : l’une est intuitive et automatique, l’autre réflective et rationnelle.

Le système automatique est apparemment non contrôlé, sans effort, rapide et inconscient. Il est associé à notre cerveau reptilien. 
Celui réflectif demande des efforts, est déductif, lent, conscient et applique des règles. 

On pourrait considérer le système automatique comme relevant de la réaction instinctive et assimiler le système réflectif à la pensée consciente. 

Les intuitions sont parfois très justes, mais trop se fier à son système automatique pousse souvent à commettre des erreurs. 

Pour voir comment fonctionne la pensée intuitive, soumettez-vous au petit test suivant. Pour chacune des trois questions suivantes, commencez par écrire la première réponse qui vous vient à l’esprit. Puis prenez le temps de réfléchir. 

1.     Une raquette et une balle coûtent au total 1,10 euro. La raquette coûte 1 euro de plus que la balle. Combien coûte la balle ? 
2.     Si 5 machines fabriquent 5 articles en 5 minutes, combien de temps faudrait-il à 100 machines pour en fabriquer 100 ? 
3.     Un lac est garni de nénuphars dont l’étendue double tous les jours. S’ils mettent 48 jours à couvrir toute la surface du lac, en combien de jours en couvriraient-ils la moitié ? 

Qu’avez-vous commencé par répondre ? La plupart des gens disent 10 centimes, 100 minutes et 24 jours, mais toutes ces réponses sont fausses. 

Il est possible d’affiner le système automatique, mais cet entraînement, fondé sur de nombreuses répétitions, demande beaucoup de temps et d’efforts.  

Les réponses sont 5 centimes, 5 minutes et 47 jours. 


Source : Richard Thaler, Cass Sunstein, Nudge ou comment inspirer la bonne décision, Pocket

vendredi 7 février 2020

Le cadeau du rabbin

En préface de son livre « The different drum »,  Scott Peck (1936-2005), psychanalyste américain, développe son approche de la vie en communauté. 
C’est une très vieille histoire, un mythe et comme tous les mythes – il y a plusieurs versions et ce n’est pas toujours facile d’en trouver la source. La seule chose que je sache est qu’il s’appelle le cadeau du Rabbin.
C’est l’histoire d’un monastère qui traverse des temps très difficiles. Pourtant il fut un temps où c’était un grand ordre, mais depuis de nombreuses années déjà ce monastère perd petit à petit de sa grandeur. Au moment de l’histoire, l’unique bâtiment qui reste et qui est presque en ruines, n’abrite plus que 5 moines. L’abbé et les quatre autres qui ont tous plus de 70 ans. Vraiment un ordre entrain de mourir.
Dans la forêt qui entoure le monastère il y a une petite hutte qu’un rabbin d’une ville voisine utilise parfois comme ermitage. L’Abbé décide un jour d’aller rendre visite au Rabbin espérant qu’il pourra lui donner de bons conseils.
Le rabbin accueille chaleureusement l’abbé dans sa hutte. Mais quand l’abbé lui explique le but de sa visite, le rabbin ne peut que s’apitoyer avec lui “je sais” – “la foi quitte les gens, dans ma ville c’est la même chose, de moins en moins de gens viennent à la synagogue”. Les deux hommes partagent calmement des pensées profondes et puis vint le temps des adieux. “Je suis vraiment enchanté de vous avoir rencontré après toutes ces années, dit l’abbé au Rabbin, mais je n’ai quand même pas vraiment atteint l’objectif de ma visite, vous n’auriez pas au moins un tout petit conseil à nous donner pour sauver notre monastère ?  Non je suis vraiment désolé dit le Rabbin, je n’ai aucun conseil à vous donner, la seule chose que je puisse vous dire est que le Messie est l’un de vous. »
Quand l’abbé rentre dans son monastère les moines s’assemblent autour de lui “alors qu’est-ce que le rabbin a dit ? T’a-t-il donné un conseil ? –  Non – nous avons tout simplement lu la Torah ensemble, la seule chose qu’il m’a dite en partant, d’ailleurs c’était vraiment bizarre – il m’a dit que le Messie était l’un d’entre nous et je ne sais vraiment pas ce qu’il voulait dire”
Pendant les jours, les semaines, les mois qui suivent, les moines essayent tous de comprendre la signification de ce qu’avait dit le Rabbin. Le Messie est l’un de nous. Nous qui ? Est-ce que cela voudrait dire l’un de nous – l’un des moines du monastère ? Dans ce cas là il voulait sûrement dire l’Abbé. Il a été notre leader pendant plus d’une génération. Ou alors cela pourrait être le Frère Thomas, c’est certainement un saint homme. Oui cela pourrait être Frère Thomas aussi – mais certainement pas Frère Jean – car il est souvent casse pieds, toutefois il faut avouer, que bien qu’il nous agace pas mal, il a pratiquement toujours raison. Dans tous les cas sûrement pas frère Paul – il est tellement passif, complètement inexistant, mais en même temps il a ce don de sentir quand quelqu’un a besoin de lui et comme par magie il apparaît à son côté. Peut être que Paul pourrait être le Messie. Bien sûr le Rabbin ne pouvait pas penser que cela pouvait être moi – ça c’est tout à fait impossible. Je suis un homme tout à fait ordinaire. Mais supposons que ce soit moi. Petit à petit les moines commencent à se traiter mutuellement avec un très grand respect au cas où l’un entre eux serait le Messie. Et chacun se traite avec un grand respect au cas où il serait lui même le Messie.
Comme le Monastère se trouve au cœur d’une forêt – la chapelle, bien qu’en ruines, est souvent visitée par des gens qui viennent dans la forêt pour pique-niquer. Les visiteurs commencent à être très sensibles à l’aura qui se dégage des 5 moines. Et comme ils trouvent cette atmosphère très apaisante et agréable, ils reviennent de plus en plus souvent, emmenant des amis dans la forêt pour pique-niquer, jouer, se promener et prier.
Au fil des mois et des années des jeunes hommes rejoignirent le monastère qui devint à nouveau et grâce au cadeau du rabbin un ordre vibrant de spiritualité.

jeudi 30 janvier 2020

Les règles du jeu du Monopoly



S’il fallait jouer au Monopoly sans règles, vous devinez aisément ce qui arriverait. Il suffit de faire le test avec des enfants. Sans règles du jeu, c’est le chaos. Tôt ou tard on se jette les pions à la tête, on piétine les billets, on sort en claquant la porte. Je vous demande d’imaginer ce qui se passerait si l’on remplaçait les six ou huit pages qui expliquent traditionnellement les règles de ce jeu par une centaine de volumes de grand format comptant chacun mille ou deux mille pages en très petits caractères. Qui pourrait encore jouer ? Pour ma part, je dirais : le banquier, ses amis et quelques tricheurs. 

Il m’arrive de penser que c’est cette version du Monopoly qui s’impose aujourd’hui. 

Il m’arrive aussi de croire qu’un peu de simplicité et de bon sens nous aiderait davantage que de continuer à essayer de comprendre ces milliers de pages en en rédigeant de nouvelles qui rendent les choses encore plus absurdes. 

Il suffirait peut-être de s’arrêter un moment et de se demander quel est le but du jeu, le vrai but du jeu. 

Francis Dannemark
Du train où vont les choses à la fin d’un long hiver
Robert Laffont 

mercredi 22 janvier 2020

La culture

La culture aujourd’hui, c’est un peu ça : des activités que l’on vend ou que l’on offre aux gens pour les distraire, culture chic pour les gens aisés, culture trash pour les pauvres et les chômeurs... 
Mais la culture tout de même, ce ne sont pas seulement les beaux-arts – en version sophistiquée ou dégradée -, c’est littéralement tout ce que les humains inventent pour assurer leur survie et celle de l’espèce. 

C’est le feu, l’aspirine, le microscope et la poésie, la règle de trois, le peigne à poux, l’amour et l’arbalète, le piano les courses d’aviron... ça n’a rien d’un luxe, ça n’a rien à voir avec les loisirs. C’est ce qui fait que nous sommes là au lieu d’avoir disparu comme... le mammouth laineux et le tigre à dents de sabre. 

Je n’aime pas que l’on confonde culture et beaux-arts parce que cela donne de la culture une image faussement noble mais très réductrice, très futile au fond, et que cela permet aux responsables politiques de faire l’impasse sur les questions essentielles, les vrais besoins des gens, par exemple. 

Francis Dannemark
Du train où vont les choses à la fin de l’hiver
Robert Laffont

vendredi 17 janvier 2020

Conte : une petite soeur tombée du ciel

Il était une fois deux paysans : ils avaient eu une petite fille, elle s’appelait Clara. Le père s’appelait Franck, la mère Sabine.

Les parents coupaient du bois. Clara était tellement légère que Franck pouvait s’amuser avec elle. Il faisait très froid au pôle Nord. Les nuages étaient en glace, une fois un hélicoptère était resté planté sur un nuage. La ville où habitait la famille Dubois était de plus en plus pauvre. Ils n’avaient plus que du pain et de l’eau. 

Un jour, le père et la petite jouaient à se balancer. Clara avait très peur et pour lui dire que ça ne fait pas peur le père la balança extrêmement haut. La petite atterrit sur un nuage et y resta plantée. 

Depuis deux mois, ils essayent de trouver une solution pour la faire descendre. La petite était glacée et ça faisait plus de quatre mois qu’elle était coincée. 

Un jour, il faisait très beau et les nuages ont commencé à fondre et la petite fille est tombée du ciel. Tout le monde regardait fixement et criait en même temps : « une petite tombe du ciel ». 

Les parents étaient tellement heureux qu’ils s’embrassèrent et le père décida de ne plus la balancer. 

Camille (10 ans)
Extrait de la revue littéraire coopérative « Vents du Perche »

jeudi 9 janvier 2020

Quand le mensonge peut devenir réalité

Extrait du journal de Mihail Sébastian 


Vendredi 5 février 1943

Un titre possible pour un essai : « De la réalité physique du mensonge ». Démontrer que le mensonge aussi arbitraire qu’il soit, croît, se ramifie, s’organise, devient un système, gagne des contours et des points d’appui et, à partir d’un certain degré, se substitue aux faits, se transforme lui-même en fait, exerçant dès lors une pression irrésistible sur tout le monde, y compris sur son auteur.

Mihail Sabastian (1907-1945)
Journal 1935-1944
Stock (1998) 

dimanche 5 janvier 2020

2020, l’année de votre plénitude ?



Hokusaï (1760-1849) était un peintre, dessinateur et graveur. Son œuvre a marqué non seulement les artistes japonais, mais aussi ceux d’occident.

Dans le texte ci-dessous, il partage avec nous son regard sur le temps, l’apprentissage, le temps de l’apprentissage et l’apprentissage du temps :

« Depuis l’âge de six ans, j’avais la manie de dessiner la forme des objets, Vers l’âge de cinquante ans, j’avais publié une infinité de dessins, mais tout ce que j’ai produit avant l’âge de soixante-dix ans ne vaut pas la peine d’être compté. C’est à l’âge de soixante-treize ans que j’ai compris à peu près la structure de la nature vraie, des animaux, des herbes, des arbres, des oiseaux, des poissons et insectes. Par conséquence, à l’âge de quatre-vingts ans, j’aurai encore fait plus de progrès. À quatre-vingt-dix ans, je pénétrerai le mystère des choses ; à cent ans je serai décidément parvenu à un degré de merveille, et quand j’aurai cent dix ans, chez moi, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant. Je demande à ceux qui vivront autant que moi de voir si je tiens ma parole.»

Ce texte parut en préface d’une de ses œuvres les plus abouties, les Cent vues du mont Fuji. 

Nous vous souhaitons d’atteindre cette année -et avant vos 73 ans- la plénitude de la pratique de votre savoir. Après, ce sera du plaisir.

Source : Jean-Paul Andrieux, Le rêve d’hokusai, L’Oeil ébloui (2019)