mercredi 20 janvier 2021

la boule de cristal


Il était une fois une magicienne dont les trois fils s’aimaient fraternellement ; mais elle n’avait pas confiance en eux et croyait qu’ils voulaient lui ravir son pouvoir. Elle changea l’aîné en aigle, il habitait sur un pic rocheux et on le voyait parfois monter et descendre dans le ciel en décrivant de grands cercles. Le deuxième fut changé en baleine, il vivait dans les profondeurs de la mer et l’on ne voyait de lui que le jet d’eau puissant qu’il lançait parfois en l’air. 

 

Craignant d’être changé lui aussi en bête féroce, en ours ou en loup, le troisième fils prit secrètement la fuite. Or, il avait entendu dire qu’au château du soleil d’or il y avait une princesse enchantée qui attendait sa délivrance : mais chacun devait pour cela risquer sa vie, vingt-trois jeunes gens avaient déjà péri d’une mort lamentable, et il ne restait plus qu’un essai à faire, après quoi personne n’aurait plus le droit de se présenter. Et comme son cœur était sans crainte, il résolut de se rendre au château du Soleil d’or. Il avait longtemps déjà erré à l’aventure sans pouvoir le trouver quand il s’engagea dans une grande forêt dont il ne parvint pas à découvrir l’issue. Soudain, il aperçut au loin deux géants qui lui faisaient signe de la main et lui dirent quand il les eut rejoints :
- Nous nous querellons à propos d’un chapeau, pour savoir à qui il doit appartenir, et comme nous sommes aussi forts l’un que l’autre, aucun de nous ne peut l’emporter ; les petits hommes étant plus malins que nous, nous te demandons de trancher la querelle.
- Pourquoi vous quereller au sujet d’un vieux chapeau ? demanda le jeune homme.
- Tu ne sais pas quelles vertus il a : c’est un chapeau magique, celui qui le met peut faire le souhait d’être transporté où il veut, et à l’instant il y est.
- Donnez-moi le chapeau, dit le jeune homme, je vais m’éloigner un peu et quand je vous appellerai, faites une course, celui qui m’aura rejoint le premier aura le chapeau. »
Il se coiffa du chapeau et s’en alla, mais comme il pensait à la princesse, il oublia les géants et continua son chemin. 

 

Tout à coup, il s’écria en soupirant du fond du cœur : « Ah, que ne suis-je au château du soleil d’or ! » Et à peine les mots furent-ils sortis de ses lèvres qu’il se trouva sur une haute montagne, devant la porte du château.
Il entra et traversant toutes les pièces, il trouva la princesse dans la dernière chambre. Mais quelle ne fut pas sa frayeur en la voyant : elle avait un visage de couleur cendre et tout ridé, des yeux troubles et des cheveux rouges.
- Êtes-vous la princesse dont tout le monde vante la beauté ? demanda-t-il.
- Ah, répondit-elle, ce n’est point-là ma vraie figure, les yeux des hommes ne peuvent me voir que sous cet aspect hideux, mais afin que tu saches quelle est mon apparence, regarde dans ce miroir, il ne se laisse pas tromper, il te montrera mon image telle qu’elle est en réalité. »

Elle lui tendit le miroir et il contempla l’image de la plus belle fille du monde, et il vit des larmes de tristesse lui rouler sur les joues. Alors, il dit :
- Comment peut-on te délivrer ?  
- Il te faut te faut te procurer la boule de cristal et la tenir devant le magicien pour briser son pouvoir, alors je reprendrai ma vraie forme. Ah, ajouta-t-elle, plus d’un a déjà trouvé la mort à cause de cela, et toi tendron, tu me fais pitié de t’exposer à de si grands dangers.
- Rien ne me retiendra, dit-il, mais dis-moi ce que je dois faire.
- Tu sauras tout, dit la princesse ; en descendant la montagne sur laquelle se trouve le château, tu verras en bas, près d’une source, un auroch sauvage auquel tu devras livrer combat. Et si tu réussis à le tuer, il sortira de son corps un oiseau de feu qui porte dans son ventre un œuf incandescent, lequel contient une boule de cristal en guise de jaune. Mais il ne laissera pas tomber l’œuf qu’il n’y soit forcé, et s’il tombe par terre, il s’enflammera et brûlera tout alentour, et l’œuf lui-même fondra et avec lui la boule de cristal, et toute ta peine aura été en vain. »

Le jeune homme descendit à la source, où il trouva l’auroch haletant qui l’accueillit par des beuglements. Après une longue lutte, il lui enfonça l’épée dans le corps et il s’affaissa. 

 

Aussitôt il en sortit un oiseau de feu qui voulut s’envoler, mais l’aigle, le frère du jeune homme qui s’en venait en fendant les nuages, fondit sur lui, le chassa vers la mer et le perça de son bec de telle sorte que dans sa détresse, il laissa tomber l’œuf. Or il ne tomba pas à la mer, mais sur une cabane de pêcheur qui se trouvait sur la rive et qui se mit tout de suite à fumer, comme si elle allait être la proie des flammes. 

 

Alors des vagues hautes comme des maisons se soulevèrent, inondèrent la cabane et vinrent à bout du feu. C’était l’autre frère, la baleine, qui était venu à la nage et avait fait jaillir l’eau. Quand l’incendie fut éteint, le jeune homme chercha l’œuf et par bonheur il le trouva : il n’avait pas encore fondu, mais la coquille avait été fendillée par suite du brusque refroidissement, de sorte qu’il put sortir la boule de cristal sans l’endommager.


Quand le jeune homme alla trouver le sorcier pour lui présenter la boule, celui-ci lui dit : «Mon pouvoir est brisé, et à partir de maintenant, tu es le roi du château du soleil d’or. Grâce à cela, tu peux aussi rendre à tes frères leur forme humaine. » Alors le jeune homme courut retrouver la princesse et quand il entra dans sa chambre, elle y était dans toute la splendeur de sa beauté, et pleins de joie ils  échangèrent leurs alliances.

 

Les frères Grimm

mercredi 13 janvier 2021

Votre boite de Pandore



C’est reparti pour une nouvelle année de course contre le temps. Avant de repartir dans cette course à l’urgence, prenez quelques instants pour méditer sur cette version actualisée du conte mythologique de la boite de Pandore. 

 

 Pour se venger de Prométhée qui avait donné le feu aux hommes,  Zeus ordonna à Vulcain de créer une femme avec de nombreux dons : beauté, flatterie, amabilité, adresse, grâce, intelligence, mais aussi l’art de la tromperie et de la séduction. Il lui donna le nom de Pandore, qui en grec signifie "doté de tous les dons". Elle fut ensuite envoyée chez Prométhée. Épiméthée, le frère de celui-ci, se laissa séduire et finit par l’épouser. Le jour de leur mariage, on remit à Pandore un objet bizarre dans lequel étaient intégrés des messages dont de nombreux maux : urgence, non–écoute,  stress, intolérance, …. On lui interdit de l’ouvrir en dehors de deux moments dans la journée. Par curiosité, elle ne respecta pas la condition et tous les maux s’évadèrent pour se répandre. Seul un  message sur la zen attitude resta dans la boite, ne permettant même pas aux hommes de supporter les malheurs qui s’abattaient sur eux. C’est à partir de ce mythe qu’est née l’expression "boîte de Pandore", qui symbolise la cause d’une catastrophe.



Que contenait la boite funeste ?  Un smartphone ! Vous pouvez toujours imputer aux autres tous les malheurs du monde, mais nous sommes souvent les premiers responsables de nos soucis. Alors je vous invite, à faire preuve de plus de courage que Pandore. Sachez résister à la tentation d’ouvrir votre boite de pandore, je veux dire votre smartphone,  en permanence. Vous prendrez ainsi plus de recul et votre année 2021 sera plus paisible ! 



mardi 29 décembre 2020

En 2021, chaussons-nous de compassion

 


Il était une fois un village au Tibet où tout le monde marchait pieds nus. Le relief alentour était rude et rocailleux.. Les pieds des villageois étaient couverts de contusions. Un jour, las de souffrir, ils se rassemblèrent pour discuter du problème. 

« Nous avons des yaks, fit remarquer quelqu’un. Et si nous étalions ces peaux sur les sentiers de la montagne ? Nous pourrions ainsi marcher plus facilement. ». Ils commencèrent à recouvrir les chemins avec le cuir, pour découvrir rapidement que tout le cuir du Tibet ne suffirait pas à tapisser tous les sentiers. Quelques-uns proposèrent : « Allons voir le Grand Maître et demandons-lui ce que nous devrions faire. » Tout le monde grimpa donc la montagne jusqu’au monastère. 

 

« Cher Lama, nous avons un grave problème. Nous voulons recouvrir nos sentiers de cuir, mais nous n’en avons pas assez. Que devons-nous faire ? »

« Laissez-moi réfléchir dit le Grand Maître et je vous donnerai la réponse. Asseyez-vous tous, je vous prie, et nous allons méditer pendant cinq minutes. »

Après cinq minutes, le Maître sourit et donna sa réponse : « Ce n’est pas le chemin qui est le problème. C’est vous. Peut-être devriez-vous recouvrir vos pieds de cuir de yak plutôt que de recouvrir les sentiers du pays ? Vous découvrirez que, si vous mettez du cuir sous vos pieds, ils seront protégés où que vous alliez. 

 

Mais n’oubliez pas que mettre fin à la souffrance causée par des pieds en sang ne suffit pas. Comme les routes accidentées, il y a dans le monde des gens frustes et hérissés de ronces. Quand nous rencontrons ces gens que nous trouvons agaçants et énervants, nous devons apprendre à recouvrir notre esprit avec de la compassion et de la patience, et alors nous serons délivrés du problème. N’oubliez pas que , de même que vous mettez des chaussures de cuir pour protéger vos pieds, il vous faut mettre des chaussures de compassion et de patience pour protéger votre esprit. On ne peut contrôler le monde, mais on peut contrôler sa réponse négative au monde. »

 

Les villageois redescendirent de la montagne et se fabriquèrent des chaussures en cuir de yak, qu’ils portèrent chaque jour ; et chaque fois qu’ils se sentaient énervés ou agacés, ils se rappelaient mutuellement :« Où sont tes chaussures de patience et de compassion ? »

 

Source : Mathieu Ricard, 10 contes tibétains pour cultiver la compassion, Hachette 2018

mardi 22 décembre 2020

Les trois poissons

 


On raconte qu’un étang renfermait trois poissons : l’un était sage, le second intelligent ; le troisième était un crétin.

Cet étang se trouvait dans un lieu éloigné, et rares étaient les gens qui le visitaient. Il était relié à un ruisseau proche par un canal.
Il advint que deux pêcheurs suivaient le cours du ruisseau et virent l’étang. Ils convinrent d’y revenir ensemble, munis de leurs filets, afin de pêcher les poissons. 
Ceux-ci entendirent leurs propos.


Le plus sensé se méfia et prit peur ; alors, sans perdre de temps, au débouché du petit courant qui descendait du ruisseau, il s’y engagea et remonta jusqu’au ruisseau.


Cependant, le poisson intelligent était resté sur place. Les pêcheurs vinrent ; à leur vue il comprit leur dessein ; il voulut s’éloigner et gagna le débouché du petit courant. Or les pêcheurs avaient déjà bouché cette issue. Dépité, il se dit :
- « J’ai trop tardé et voici la sanction de mon inertie. Par quelle ruse vais-je me tirer de là ? Mais si l’on recourt à la ruse avec précipitation ou avec abattement, elle échoue. Le poisson sensé, au contraire, se donne le temps de la réflexion, il ne désespère pas de trouver une idée utile, ne prend pas son sort au tragique, il reste lucide, et prêt à l’effort. » Alors il fit le mort. Se tenant près de la surface de l’eau, il se laissait flotter, tantôt le ventre en l’air, tantôt le dos en l’air. Les pêcheurs le prirent et le posèrent sur le sol, entre l’étang et l’eau courante. Alors il fit un grand bond, atteignit le ruisseau, et fut sauvé.


Quant au troisième poisson, il tenta par des allées et des venues de se dégager, mais fut pris par les pêcheurs.

 

Source : http://www.contes.biz/

mardi 15 décembre 2020

Le chêne et le noisetier



Un vieux chêne laissa tomber un gland sous les rainures d’un noisetier.

Le noisetier dit au chêne :

« N’as-tu pas assez de place sous tes branches ? Tu pourrais jeter tes glands ailleurs ; j’ai à peine assez de place pour mes pousses. Moi, je ne jette pas mes noisettes à terre, je les donne aux hommes.

— Je vis deux cents ans, répondit le chêne, et le petit chêne qui sortira de ce gland, vivra ce même temps. »

Alors, le noisetier se fâcha et dit :

« Eh bien, j’étoufferai ton petit chêne, et il ne vivra pas même trois jours. »

Le chêne ne répondit rien et ordonna à son fils de sortir du gland.

Le gland s’humecta, éclata : un côté de sa pousse s’enfonça dans la terre, l’autre se dressa dans l’air.

Le noisetier l’étouffait et ne lui donnait pas de soleil, mais le petit chêne grandissait, et, à l’ombre du noisetier, il devint encore plus vigoureux.

Cent ans se sont écoulés. Le noisetier est desséché depuis longtemps, et le chêne sorti du gland s’est élevé jusqu’au ciel, et étend ses branches de tous les côtés.

 

Léon Tolstoï.

 

Source : http://litteratureprimaire.eklablog.com/le-chene-et-le-noisetier-tolstoi-a43180936

jeudi 3 décembre 2020

le mouvement perpétuel


Un moujik se fit meunier, et construisit des moulins. Puis, l’idée lui vint d’en construire un qui ne marcherait ni avec de l’eau, ni avec des chevaux. Il voulait qu’une lourde pierre, en montant et redescendant, fit mouvoir, par son poids, la roue continuellement, de façon que le moulin marchât seul.

 

Le moujik alla chez le barine et lui dit : « J’ai inventé un moulin au mouvement perpétuel, qui peut marcher sans eau et sans chevaux, et qui ne s’arrêtera que lorsqu’on le voudra; seulement, j’ai besoin d’argent pour acheter de la fonte et du bois; prête-moi, barine, trois cents roubles, et je te donnerai le premier moulin que je construirai. »

 

Le barine demanda au moujik s’il savait lire; le moujik répondit négativement.

 

Alors le barine lui dit : «  Voilà, si tu savais lire, je te donnerais un livre qui traite de la mécanique, et tu verrais qu’on ne peut construire un pareil moulin; que beaucoup sont devenus fous en recherchant ce moulin qui marche seul. »

 

Le moujik n’ajouta pas foi aux paroles du barine, et lui répondit : « On écrit bien des mauvaises choses dans vos livres; je connais un mécanicien qui a construit un moulin pour un marchand, mais il l’a manqué; eh bien, moi, quoique je ne sois qu’un ignorant, d’un simple coup d’œil j’ai reconnu le défaut, je l’ai arrangé, et il a marché. »

 

Le barine dit :  « Et comment lèveras-tu la pierre lorsqu’elle sera descendue ?
— Elle remontera toute seule avec la roue, répondit le moujik.
— Oui, elle remontera, mais pas assez haut, et la seconde fois moins haut encore; puis elle s’arrêtera, malgré toutes les roues que tu monteras : c’est comme si tu t’élançais sur un traîneau, d’une haute montagne sur une plus petite, tu ne pourrais de cette petite t’élancer sur la grande. »

 

Le moujik persistait dans son idée; il se rendit chez un marchand, et lui promit de lui construire un moulin sans eau ni chevaux. Le marchand lui avança l’argent, le moujik construisit, construisit; les trois cents roubles y passèrent, mais le moulin ne marcha pas.

Le moujik consacra tout son bien à cette entreprise, et tout fut perdu sans succès.

 

Alors le marchand lui dit : « Livre-moi le moulin, et surtout qu’il marche sans eau et sans chevaux, sinon rends-moi mon argent. »

 

Le moujik alla de nouveau trouver le barine et lui fit part de son embarras. Le barine lui donna de l’argent et lui dit : « Maintenant, reste à travailler chez moi, construis-moi de simples moulins, — pour cela tu t’y connais, — mais à l’avenir, ne t’engage pas à faire des choses auxquelles des gens plus intelligents que toi ont dû renoncer. »

 

Léon Tolstoï (1828-1910)

jeudi 26 novembre 2020

Qu’avait trouvé Archimède ?


Mathématicien, inventeur, ingénieur, le vrai nom du savant était Archimède de Syracuse, et eurêka, ça signifie « J’ai trouvé » en grec ancien. Mais qu’avait-il donc trouvé? 

Selon la légende, le roi de Syracuse avait commandé à un orfèvre une couronne et lui avait donné l’or nécessaire à sa fabrication. La couronne réalisée était superbe et sa masse était identique à celle de l’or donné, mais le roi avait un doute : elle ne semblait pas faite d’or pur… Il demanda à son ami Archimède de s’en assurer sans détruire l’ouvrage. La notion de volume et surtout sa mesure sous ses formes complexes étaient alors inconnues à l’époque! 

En pleine réflexion, et en se plongeant dans une baignoire un peu trop pleine, il constata alors que celle-ci débordait et… Eurêka! Il avait trouvé comment mesurer et comparer le volume de la couronne à celui de l’or donné par déplacement d’eau. Il confirma ainsi que l’or de la couronne n’était pas pur. L’orfèvre fût condamné pour duperie, et la notion de masse volumique entra dans l’histoire. 

Même si cette anecdote est douteuse, on a donné le nom du célèbre savant à la fameuse « poussée d’Archimède», devenue loi ou théorème seulement au XVIe siècle.

La vie d’Archimède se termine aussi de façon légendaire : lors de la prise de Syracuse en -212 av. J.C., un soldat croise le savant traçant des cercles sur le sol. Troublé dans sa concentration, Archimède lui lance : « Ne dérange pas mes cercles ». Vexé, le soldat tue alors le vieillard de 75 ans. 

Source : https://www.quebecscience.qc.ca/14-17-ans/encyclo/eureka/