vendredi 29 août 2014

Conte japonais : la princesse Kaguya

Le Conte de la princesse Kaguya est un classique de la tradition orale nippone. Tous les enfants japonais et leurs parents connaissent l'histoire de cette minuscule petite fille.
Cette année, les studios Ghibli en ont sorti un film (réalisé par Isao Takahata, le réalisateur de « Le temps des lucioles »)  encore sur les écrans.  



Un jour un vieux coupeur de bambou sans descendants, Taketori-no-Okina, trouve une mystérieuse canne de bambou reluisante. La coupant, il trouve à l'intérieur un bébé de la taille de son pouce. Heureux de trouver une si belle petite fille, lui et sa femme l'élèvent comme si elle était leur propre enfant, l'appelant Kaguya-hime (=« princesse lumineuse »). Kaguya-hime grandit d'un bébé minuscule à une femme de taille normale et de beauté resplendissante. Au début Taketori-no-Okina essaie de la cacher des autres, mais avec le temps les nouvelles de sa beauté se répandent.

Finalement, cinq princes viennent chez Taketori no Okina pour demander Kaguya-hime en mariage. Ces princes convainquent Taketori-no-Okina de demander à la réticente Kaguya-hime de choisir parmi eux. Pour ce faire, Kaguya-hime donne des tâches impossibles aux princes. Elle épousera celui qui peut lui apporter un objet précis. La même nuit, Taketori-no-Okina dit à chacun des cinq princes ce qu'ils doivent rapporter. Le premier doit rapporter le bol en pierre utilisé par le Bouddha pendant qu'il mendiait ; le second, une branche à joyaux de l'île de Hôrai ; le troisième, la robe légendaire du rat qui habite une montagne de Chine ; le quatrième, un joyau coloré du cou d'un dragon ; et le cinquième, le coquillage cauri d'une hirondelle.

Se rendant compte que la tâche était impossible, le premier prince revient avec un bol très cher, mais Kaguya-hime se rend compte de sa supercherie quand elle voit que le bol ne luit pas d'une lueur sainte. Deux autres princes essaient également de la tromper avec des faux et échouent. Le quatrième renonce pendant un orage, et le cinquième meurt en essayant de prendre l'objet.

Ensuite, l'empereur du Japon vient voir l'étrangement belle Kaguya-hime et en tombe amoureux ; il propose de l'épouser. Bien qu'il ne soit pas soumis aux tâches impossibles des princes, Kaguya-hime refuse sa demande en mariage, lui disant qu'elle n'est pas de ce pays et ne peut donc pas se rendre au palais avec lui. Elle reste en contact avec l'empereur mais continue à refuser ses demandes de mariage.

Cet été-là, elle pleure à chaque fois qu'elle voit la pleine lune. Elle n'est pas capable de dire à ses parents adoptifs ce qui ne va pas, malgré tout leur amour pour elle. Son comportement devient de plus en plus erratique jusqu'à ce qu'elle révèle qu'elle n'est pas de ce monde et qu'elle doit retourner parmi les siens sur la Lune.

Le jour de son retour approchant, l'empereur envoie des gardes patrouiller autour de chez elle pour la protéger du peuple de la Lune, mais quand une ambassade d'« êtres célestes » arrive à la porte de la maison de Taketori-no-Okino, les gardes sont aveuglés par une étrange lumière. Kaguya-hime annonce que, bien qu'elle aime ses amis sur Terre, elle doit retourner sur la Lune avec les siens. Elle écrit des mots tristes pleins de regrets à ses parents et à l'empereur, puis donne à ses parents sa robe en souvenir. Elle prépare un peu d'élixir d'immortalité, l'attache à sa lettre à l'empereur, et le donne à un garde. Son entourage céleste ramène Kaguya-hime à Tsuki-no-Miyako contre son gré, laissant ses parents adoptifs en pleurs.

Ses parents adoptifs deviennent très tristes et tombent bientôt malades. Le garde retourne chez l'empereur avec les objets que Kaguya-hime lui a laissés et raconte ce qui s'est passé. L'empereur lit sa lettre et en est ému. Il demande à ses domestiques quel est le mont le plus près du Ciel ; l'un d'eux répond le Grand Mont de la province de Suruga. L'empereur ordonne à ses hommes d'apporter la lettre au sommet du mont et l'y incinérer, avec l'espoir que son message parviendrait à la princesse lointaine. Les hommes sont aussi commandés de brûler le pot d'élixir d'immortalité parce qu'il ne désire pas vivre éternellement sans pouvoir la voir. La légende dit que le mot pour « immortalité », fushi ou fuji , devint le nom de la montagne, le mont Fuji. Il est dit que la fumée de l'incinération des objets continue aujourd'hui (bien que le mont Fuji ne soit plus aussi actif de nos jours).

Source du résumé : http://fr.wikipedia.org/wiki/Kaguya-hime

vendredi 22 août 2014

Conte zen : l'instant présent


A vous tous qui revenez de vacances (ou y êtes encore) ou qui avez eu un mois d’août cool, nous vous souhaitons de garder votre calme et sérénité de cette période de repos.
Un conte pour vous y aider (et retarder le plus possible votre course agitée)

On demanda un jour à un homme comment il faisait pour être si recueilli, si à l’écoute, si « zen » avec chacun, en dépit de toutes ses occupations.
Il répondit :
Quand je me lève, je me lève.
Quand je suis assis, je suis assis.
Quand je marche, je marche.
Quand je mange, je mange.
Quand je parle, je parle.

Les gens l’interrompirent en lui disant : « Nous faisons de même ! Que fais-tu de plus ? »
Il répondit :
Quand je me lève, je me lève.
Quand je suis assis, je suis assis.
Quand je marche, je marche.
Quand je mange, je mange.
Quand je parle, je parle.

Les gens lui dirent une nouvelle fois : « c’est ce que nous faisons aussi ! ».
« Non » leur répondit-il.
Quand vous êtes assis, vous vous levez déjà ;
Quand vous vous levez, vous courrez déjà.
Quand vous courrez, vous êtes déjà au but…
Présentement !

Bonne reprise


Source : http://www.philosophie-spiritualite.com/contes/contes12.htm

vendredi 15 août 2014

Conte soufi : comment sont les gens ailleurs?


Vous êtes peut-être en vacances (ou vous en revenez ou vous allez partir), voilà une bonne occasion de vous plonger dans un nouvel environnement. Comment trouvez-vous les gens là où vous êtes (ou avez été) ?

Voici un conte à ce sujet :

Il était une fois un vieil homme assis à l’entrée d’une ville. Un jeune homme s’approcha de lui et lui dit : «  Je ne suis jamais venu ici. Comment sont les gens dans cette ville ? ».  Le vieil homme lui répondit par une question : « Comment étaient les gens dans la ville d’où tu viens ? ».  Egoïstes et méchants, c’est la raison pour laquelle j’étais bien content de partir, dit le jeune homme. Le vieillard répondit : tu trouveras les mêmes gens ici. 
Un peu plus tard, un autre homme lui posa la même question : « Je viens d’arriver dans la région. Comment sont les gens qui vivent dans cette ville ? Le vieil homme répondit de même : « dis-moi mon garçon, comment étaient les gens dans la ville d’où tu viens ? »  Ils étaient et accueillants. J’avais de bons amis et j’ai eu du mal à les quitter, répondit le jeune homme. Tu trouveras ici les mêmes, répondit le vieil homme.
Un homme assis tout près de là et qui avait tout entendu s’étonna auprès du vieil homme de ses réponses différentes. Ce dernier répondit : «Celui qui ouvre son cœur change aussi son regard sur les autres. Chacun porte son univers dans son cœur. »

Nous profitons de la saison d’été pour vous proposer des contes à réflexion. Retrouvez-en toute l’année sur notre site http://dalettres.blogspot.fr/

vendredi 8 août 2014

Le sentier de la vie


Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent. Pour parfaire son apprentissage de la Vie, il l'envoya auprès d'un Vieux Sage.

"Eclaire-moi sur le Sentier de la Vie", demanda le Prince.

"Mes paroles s'évanouiront comme les traces de tes pas dans le sable, répondit le Sage. Cependant je veux bien te donner quelques indications. Sur ta route, tu trouveras 3 portes. Lis les préceptes indiqués sur chacune d'entre elles. Un besoin irrésistible te poussera à les suivre. Ne cherche pas à t'en détourner, car tu serais condamné à revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t'en dire plus. Tu dois éprouver tout cela dans ton cœur et dans ta chair. Va, maintenant. Suis cette route, droit devant toi."

Le Vieux Sage disparut et le Prince s'engagea sur le sentier de la Vie.

Il se trouva bientôt face à une grande porte sur laquelle on pouvait lire :

"CHANGE LE MONDE".
"C'était bien là mon intention, pensa le Prince, car si certaines choses me plaisent dans ce monde, d'autres ne me conviennent pas."
Et il entama son premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur le poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre, à conquérir, à modeler la réalité selon son désir. Il y trouva le plaisir et l'ivresse du conquérant, mais pas l'apaisement du cœur. Il réussit à changer certaines choses mais beaucoup d'autres lui résistèrent.

Bien des années passèrent.

Un jour il rencontra le Vieux Sage qui lui demande : "Qu'as-tu appris sur le chemin ?"
"J'ai appris, répondit le Prince, à discerner ce qui est en mon  pouvoir et ce qui m'échappe, ce qui dépend de moi et ce qui n'en dépend pas". "C'est bien, dit le Vieil Homme. Utilise tes forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à ton emprise." Et il disparut.

Peu après, le Prince se trouva face à une seconde porte. On pouvait y lire :

"CHANGE LES AUTRES".

"C'était bien là mon intention, pensa-t-il. Les autres sont source de plaisir, de joie et de satisfaction mais aussi de douleur, d'amertume et de frustration."
Et il s'insurgea contre tout ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire chez ses semblables. Il chercha à infléchir leur caractère et à extirper leurs défauts. Ce fut là son deuxième combat. Bien des années passèrent.

Un jour, alors qu'il méditait sur l'utilité de ses tentatives de changer les autres, il croisa le Vieux Sage qui lui demanda : "Qu'as-tu appris sur le chemin ?"
"J'ai appris, répondit le Prince,  que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes joies et de mes peines, de mes satisfactions et de mes déboires. Ils n'en sont que le révélateur ou l'occasion. C'est en moi que prennent racine toutes ces choses."
"Tu as raison, dit le Sage. Par ce qu'ils réveillent en toi, les autres te révèlent à toi-même. Soit  reconnaissant envers ceux qui font vibrer en toi joie et plaisir. Mais sois-le aussi envers ceux qui font naître en toi souffrance ou frustration, car à travers eux la Vie t'enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore parcourir." Et le Vieil Homme disparut.

Peu après, le Prince arriva devant une porte où figuraient ces mots :

"CHANGE-TOI TOI-MEME".

"Si je suis moi-même la cause de mes problèmes, c'est bien ce qui me reste à faire," se dit-il.
Et il entama son 3ème combat. Il chercha à infléchir son caractère, à combattre ses imperfections, à supprimer ses défauts, à changer tout ce qui ne lui plaisait pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas à son idéal.

Après bien des années de ce combat où il connut quelque succès mais aussi des échecs et des résistances, le Prince rencontra le Sage qui lui demanda : Qu'as-tu appris sur le chemin ?"
"J'ai appris, répondit le Prince, qu'il y a en nous des choses qu'on peut améliorer, d'autres qui nous résistent et qu'on n'arrive pas à briser."
"C'est bien," dit le Sage.
"Oui, poursuivit le Prince, mais je commence à être las de ma battre contre tout, contre tous, contre moi-même. Cela ne finira-t-il jamais ?
Quand trouverai-je le repos ? J'ai envie de cesser le combat, de renoncer, de tout abandonner, de lâcher prise."
"C'est justement ton prochain apprentissage, dit le Vieux Sage. Mais avant d'aller plus loin, retourne-toi et contemple le chemin parcouru." Et il disparut.

Regardant en arrière, le Prince vit dans le lointain la 3ème porte et s'aperçut qu'elle portait sur sa face arrière une inscription qui disait :

"ACCEPTE-TOI TOI-MEME."

Le Prince s'étonna de ne point avoir vu cette inscription lorsqu'il avait franchi la porte la première fois, dans l'autre sens. "Quand on combat on devient aveugle, se dit-il." Il vit aussi, gisant sur le sol, éparpillé autour de lui, tout ce qu'il avait rejeté et combattu en lui : ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux démons. Il apprit alors à les reconnaître, à les accepter, à les aimer. Il apprit à s'aimer lui-même sans plus se comparer, se juger, se blâmer.

Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda : "Qu'as-tu appris sur le chemin
"J'ai appris, répondit le Prince, que détester ou refuser une partie de moi, c'est me condamner à ne jamais être en accord avec moi-même. J'ai appris à m'accepter moi-même, totalement, inconditionnellement."
"C'est bien, dit le Vieil Homme, c'est la première Sagesse. Maintenant tu peux repasser la 3ème  porte."

A peine arrivé de l'autre côté, le Prince aperçut au loin la face arrière de la seconde porte et y lut :

"ACCEPTE LES AUTRES."

Tout autour de lui il reconnut les personnes qu'il avait côtoyées dans sa vie ; celles qu'il avait aimées comme celles qu'il avait détestées. Celles qu'il avait soutenues et celles qu'il avait combattues. Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de voir leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autrefois l'avait tellement gêné et contre quoi il s'était battu.

Il rencontra à nouveau le Vieux Sage. "Qu'as-tu appris sur le chemin ?" demanda ce dernier.
J'ai appris, répondit le Prince, qu'en étant en accord avec moi-même, je n'avais plus rien à reprocher aux autres, plus rien à craindre d'eux. J'ai appris à accepter et à aimer les autres totalement, inconditionnellement."
"C'est bien," dit le Vieux Sage. C'est la seconde Sagesse. Tu peux franchir à nouveau la deuxième porte.

Arrivé de l'autre côté, le Prince aperçut la face arrière de la première porte et y lut :

"ACCEPTE LE MONDE."

Curieux, se dit-il, que je n'aie pas vu cette inscription la première fois. Il regarda autour de lui et reconnut ce monde qu'il avait cherché à conquérir, à transformer, à changer. Il fut frappé par l'éclat et la beauté de toute chose. Par leur perfection. C'était pourtant le même monde qu'autrefois. Etait-ce le monde qui avait changé ou son regard ?

Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda. "Qu'as-tu appris sur le chemin ?"
"J'ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon âme. Que mon âme ne voit  pas le monde, elle se voit dans le monde. Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai. Quand elle est accablée, le monde lui semble triste. Le monde, lui, n'est ni triste ni gai. Il est là ; il existe ; c'est tout. Ce n'était pas le monde qui me troublait, mais l'idée que je m'en faisais. J'ai appris à accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement."
C'est la 3ème Sagesse, dit le Vieil Homme. Te voilà à présent en accord avec toi-même, avec les autres et avec le Monde." Un profond sentiment de paix, de sérénité, de plénitude envahit le Prince. Le Silence l'habita. "Tu es prêt, maintenant, à franchir le dernier Seuil, dit le Vieux Sage, celui du passage du silence de la plénitude à la Plénitude du Silence."


Et le Vieil Homme disparut.

jeudi 31 juillet 2014

Conte de Polynésie ; des fleurs pour la toux


Lorsqu’elle vint voir le guérisseur Tiurai, la mère de de Tevane était inquiète : son fils de 16 ans toussait. Cela l’épuisait et il ne sortait plus de la maison.

Tiurai demanda à le voir. Tevane vint le jour suivant. Le guérisseur le fit attendre tout le jour tout en l’observant. A la fin de la journée, Tiurai lui donna une prescription, à savoir aller cueillir certaines fleurs dans la montagne. Tevane les connaissait car il parcourait la montagne depuis tout petit avec son père qui récoltait des bananes sauvages. Il avait l’habitude de porter de lourdes charges (pour son âge) jusqu’à ce que la maladie l’empêche. Aujourd’hui, il voyait, avec tristesse, ses amis être capable de porter de plus lourdes charges encore et cela le minait. Tiurai le renvoya chez lui en lui demandant de suivre son traitement de fleurs pendant douze jours. Le principe en était simple : aller cueillir une des fleurs, la humer, puis se reposer deux jours et recommencer avec une autre fleur.    

Le treizième jour, il revint. Tiurai lui donna une nouvelle prescription : aller cueillir des fleurs de bananiers sauvages et s’en faire des décoctions tièdes en alternant à nouveau des plages de traitement et des plages de repos.

Au bout de trois semaines, Tevane revint voir le guérisseur qui le félicita pour avoir respecté le traitement.  Tiurai lui donna l’ordre d’aller chercher des régimes de bananes sauvages dans la montagne,  en commençant par en prendre deux, puis progressivement augmenter la charge, à raison d’un régime de plus par semaine.     

Arrivé à six régimes (la charge qu’il portait autrefois), le jeune homme revint voir le guérisseur et constata qu’il ne toussait plus. Le guérisseur lui donna une dernière recommandation : «durant six semaines, continue à porter les six régimes de banane, puis augmente la charge suivant tes forces et non suivant tes orgueil. Ne rentre plus en compétition avec tes amis et tu seras guéri. »
Quelques mois plus tard, la mère de Tevane vint  remercier le guérisseur : son fils portait maintenant dix régimes et ne toussait plus.

Tiurai est-il un médecin, un charlatan ou un sorcier ?
En fait, il avait compris que le jeune homme avait besoin de reprendre confiance en ses capacités. Pour cela,  il l’envoya chercher des fleurs à des altitudes croissantes. Il l’obligea à alterner exercices et repos. Tuvane reprit ainsi progressivement ses forces et écouta plus son corps, ce qui lui permit de se muscler et de porter des charges de plus en plus lourdes.
Tiurai estimait que la rivalité faisait naître la compétition entre les hommes. Toutefois, chacun doit être attentif à ce qu’il est pour ne pas se laisser emporter par les paroles des autres.   


Et vous, vous écoutez-vous ?  

dimanche 27 juillet 2014

Conte du Tibet : méditation sans espoir


Un vieux nomade était veuf depuis peu.  Il avait marié ses enfants, il était fatigué de suivre la transhumance des troupeaux, il n’attendait plus rien de ce monde et désirait ardemment préparer sa vie future.
La nouvelle lui parvint qu’un grand lama (= un Maître, un gourou) traversait des hauts plateaux désertiques à proximité, donnant des bénédictions et des enseignements. Le vieux décida aussitôt de se rendre au bivouac du saint homme. Après avoir fait la queue et les prosternations d’usage, offert du beurre et une turquoise, le nomade put faire sa demande.
_ Maître Vénérable, je voudrais consacrer le reste de ma vie au Dharma (= Vérité, enseignements de Bouddha)  dans l’espoir d’atteindre l’Éveil et  d’aider les êtres dans ma prochaine incarnation. Pourriez-vous m’initier à la pratique de la sainte doctrine ?  
Percevant une sincère motivation, le lama lui donna ses instructions. Il lui dit de se retirer dans une grotte pour visualiser son yidam (= sa divinité tutélaire de méditation), et lui enseigna le mantra correspondant. Il ajouta que, s’il pratiquait avec foi, il atteindrait peut-être dans cette vie la libération et ne tarderait pas à soulager les souffrances de ses semblables.
Après dix ans de méditation assidue dans sa solitude rocailleuse, le vieux nomade n’était pas parvenu à l’illumination. L’un de ses fils, qui le ravitaillait de temps en temps, lui apprit que le célèbre lama était à nouveau de passage dans la province et campait non loin de là. L’ermite quitta sa caverne pour aller demander conseil à son maître.
 _ Inestimable gourou, j’ai médité dix ans suivant vos instructions mais je n’ai pas encore atteint l’Éveil. Peut-être ai-je commis des erreurs dans ma pratique ? …
Le lama lui demanda quelle initiation il lui avait donnée. Quand le vieux disciple lui eut rappelé les indications, le moine se gratta le front et déclara :
 _ J’ai peut-être commis une erreur. Ce n’était sans doute pas une bonne pratique pour vous. Je ne vois pas quoi vous proposez à la place. De toute façon, vu votre âge, il est trop tard pour commencer un autre type de méditation. Vous avez toutefois acquis quelques mérites pour votre vie future même si dans celle-ci, vous n'atteindrez pas l'illumination.
Et le lama, pour le congédier, lui donna sa bénédiction.
Le vieux nomade retourna la mort dans l’âme à son ermitage. Il s’assit sur son siège de méditation, laissa errer ses yeux désabusés sur les parois de la caverne, sa paillasse, son cruchon, sa lampe à beurre avec lesquels il avait passé dix années de sa misérable existence sans pouvoir atteindre son but. Abasourdi  par l’inanité de tant d’efforts, il secoua la tête et, sans plus rien n’attendre de la pratique spirituelle, il ferma les yeux. C’est alors qu’il connut l’illumination.
Percevant clairement la réalité des trois mondes, le cœur débordant de compassion, il quitta son ermitage et revint vivre parmi ses semblables. Il consacra ses dernières années au service de tous les êtres sensibles. Par ses conseils et ses prières, il soulagea pour beaucoup les souffrances des corps et des cœurs. Il en guida quelques-uns sur les sentiers du Dharma. Et dans ses enseignements, il n’hésita pas à recourir à des moyens habiles comme son maître l’avait fait pour lui afin que l’esprit du disciple se libère de tout désir de réalisation spirituelle.
" Souveraine est la vision transcendant la dualité,
   Souveraine est la méditation libre de distraction,
   Souveraine l’action du non agir.
   Quand il n’est plus ni peur ni espoir, le fruit est réalisé. "

Tilopa (988 – 1069), maître indien de la tradition bouddhiste  

vendredi 18 juillet 2014

Conte tchèque : Katia, le diable et... le berger.


Il était une fois dans un village une jeune fille appelée Katia. Elle vivait dans une chaumière, possédait un petit jardin et quelques pièces d’or. Mais si elle était tout cousue d’or, même le valet le plus pauvre ne l’épouserait pas, tant elle était forte en gueule. Cependant elle aurait bien aimé que les garçons du village lui parlent de temps en temps et l’invitent à danser le dimanche ; or ils ne le faisaient pas.
Un dimanche, Katia était assise à l’auberge comme d’habitude et regardait, pleine d’envie, qui dansait, et avec qui ; dans sa colère elle pensa : « Dieu m’est témoin, qu’aujourd’hui je danserais même avec le diable ! »
La porte s’ouvrit et un étranger en tenue de chasse pénétra dans la salle. Il s’assit non loin de Katia et se fit servir à boire. Lorsque l’aubergiste lui apporta une bière, le seigneur prit le verre et le tendit à Katia.
Elle se sentait très honorée mais fit cependant quelques manières avant d’accepter le verre.  Elle but, puis reposa le verre sur la table ; le seigneur sortit alors un ducat de sa poche, le jeta aux musiciens et leur dit : «  Allez, jeunes gens, jouez pour moi »  et il entraîna Katia dans la danse.
« qui peut-il être ? » se demandaient les vieux en hochant la tête. Les jeunes garçons souriaient d’un air méprisant et les jeunes filles se cachaient le visage dans leur tablier afin que Katia ne vit pas qu’elles se moquaient d’elle. Mais Katia ne voyait rien, elle était heureuse, elle dansait et le monde entier pouvait bien se moquer d’elle.
L’étranger dansa avec Katia tout l’après-midi et toute la soirée ; il lui acheta des bonbons et des gâteaux. Quand ce fut l’heure de rentrer à la maison, il la raccompagna jusque chez elle ; et lorsqu’il lui dit adieu, elle s’écria : « Ah ! si je pouvais danser avec vous, comme aujourd’hui, jusqu’à ma mort ! Que je serais heureuse !
-    C’est facile, tu n’as qu’à venir avec moi.
-    Mais où habitez-vous ?
-    Mets tes bas autour de mon cou et je te le dirai. »
Katia prit le chasseur par le cou et celui-ci se transforma aussitôt en diable. Il s’envola avec elle jusqu’en enfer.

Arrivé à la porte de l’enfer, le diable frappa et ses camarades le firent entrer. Lorsqu’ils virent la lourde charge qu’il portait, ils voulurent détacher la jeune fille de son cou mais elle se tenait si bien autour du cou du diable, qu’aucune force terrestre n’aurait pu l’en détacher ; le diable dut donc se présenter au Roi de l’Enfer avec Katia accrochée à son cou.
-  Qui amènes-tu là ? demanda le Roi de l’Enfer.
Le diable raconta comment Katia, sur la terre, lui avait demandée de toujours danser avec elle et comment il l’avait directement amenée en enfer, et maintenant elle ne voulait plus me lâcher et il ne savait pas comment s’en débarrasser.
-  Tu n’es qu’un idiot, et tu as mal suivi mes conseils, répondit le Roi, avant de t’engager envers quelqu’un tu dois savoir qui il est. Katia est certes bavarde mais sinon, c’est une honnête fille et l’Enfer n’est pas fait pour elle. Sors d’ici et vois toi-même comment tu pourras te défaire de ton fardeau.
Le diable retourna donc sur la terre avec Katia.
Il lui promit monts et merveilles, il se fâcha, jura, mais en vain, Katia ne le lâchait pas. Malheureux et triste, il arriva un jour avec son fardeau dans une prairie où un jeune berger, habillé d’une vieille peau, gardait ses moutons. Le diable prit une forme humaine si bien que le berger ne le reconnut pas.
- Qui trainez-vous à votre cou ? demanda le berger
-  Je me promenais tranquillement lorsque cette Katia, que je ne connais point, m’a sauté au cou et maintenant, elle ne veut plus me lâcher.
-  Bon, je vais vous aider, répondit le berger, mais pendant ce temps, vous devrez garder mes moutons.
-   Bien volontiers, répondit le diable.
Le berger s’adressa alors à Katia : « Viens, Katia, accroche-toi à mon cou ».
Lorsqu’elle entendit cela, elle se détacha du diable et s’accrocha au cou du berger. Le berger porta Katia jusqu’à un étang proche, dégagea son bras gauche puis son bras droit, défit un bouton puis un autre et Katia partit sur l’eau avec la peau de mouton.
En un clin d’œil le berger était déjà de retour.
-  Je te remercie, berger, dit le diable très content, tu m’as rendu un grand service ; sans ton aide, j’aurais été obligé de porter cette Katia jusqu’à la fin des temps. Un jour, je te récompenserai et ferai de toi un homme riche. Mais sache à qui tu as rendu service, apprends que je suis le diable.
Et sur ces mots, il disparut.
Le berger secoua la tête et se dit : « si tous les diables sont aussi bêtes que lui, alors nous n’avons rien à craindre ! »

Le pays où habitait le berger appartenait à un jeune prince. Celui-ci était riche et menait une vie fort dissipée. Chaque  nuit, de l’extérieur du château, on pouvait entendre les cris joyeux des buveurs. Le pays était administré par deux intendants qui ne valaient pas mieux que leur maître ; ce que leur maître ne dépensait pas, les deux intendants le gardaient pour eux, et le pauvre peuple ne savait plus comment payer les plaisirs de leurs maîtres.

Un jour le prince, qui se demandait comment il allait occuper sa journée, fit appeler un homme qui savait lire dans les étoiles et lui ordonna de lui prédire son destin et celui de ses deux intendants ; l’astrologue obéit et chercha longtemps comment chacun des seigneurs trouverait la mort. Lorsqu’il eut tout appris des étoiles, il se rendit chez le prince.
-  Pardonnez-moi, Seigneur, dit alors l’astrologue, mais je n’ose point parler car vous êtes menacés par un très grand danger.
-  Dis sans peur ce que tu sais, tu ne crains rien maintenant. Mais si ce que tu nous prédis ne se réalise point, je te ferais couper la tête.
-  J’exécuterai volontiers ton ordre, puisqu’il est juste, répondit l’astrologue. Voici donc votre destin à tous trois : avant la fin de ce mois, le diable viendra chercher tes intendants et avant la fin du mois prochain, le diable viendra te chercher et te mènera en enfer.
Le prince se mit tant en colère qu’il fit jeter l’astrologue en prison mais lui et ses intendants avaient perdu leur joie de vivre. Pour la première fois, ils se mirent à réfléchir et à avoir des remords. A moitié morts de peur, les deux intendants retournèrent dans leur château. Le prince commença à mener une vie toute différente. Il menait une vie calme et simple et administrait lui-même son pays ; il espérait ainsi pouvoir échapper à un si funeste destin.

A cette époque, le diable rendit visite au berger et lui dit :
-  Je suis venu pour te récompenser du service que tu m’as rendu en me débarrassant de Katia. Avant la fin du mois, je dois emporter en enfer les deux intendants du pays parce qu’ils ont volé les pauvres et mal conseillé le prince. Mais comme ils ont le désir de devenir meilleurs, je les laisserai sur la terre pour le moment. Au jour et à l’heure dite, tu te rendras au premier château. Lorsque je viendrais chercher l’intendant, tu t’avanceras vers moi et me diras : « Diable, disparais, sinon il t’arrivera malheur. » je t’obéirai et laisserai l’intendant. Tu te feras donner en récompense deux sacs remplis de pièces d’or. Tu feras la même chose chez le deuxième intendant. Mais lorsqu’à la fin du mois prochain, je viendrais cherche le prince, je te défends d’intervenir auprès de moi. Sinon prends garde à ta vie.
Sur ces mots, il disparut.
Le berger retint chacune des paroles du diable et lorsque le jour fut venu, il se dirigea vers le château du premier intendant. Il arriva à l’heure dite ; une foule de gens qui voulaient voir le diable emporter l’intendant s’étaient rassemblés dans la cour du château. Soudain, ils entendirent un cri perçant, une porte s’ouvrit et le diable sortit en tirant le pâle intendant derrière lui. Mais le berger s’avança vers le diable et lui dit : « Diable, disparais, sinon il t’arrivera malheur. »
Et le diable disparut. L’intendant, transporté de joie, donna au berger deux sacs remplis de pièces d’or. Celui-ci fort heureux de son sort, se dirigea alors vers le second château et tout se passa comme précédemment.
Lorsque le prince apprit que le berger avait sauvé les deux intendants, il le fit aussitôt amener dans son carrosse d’or et le pria de le délivrer lui aussi du diable.
- Mon prince, répondit le berger, je ne  peux pas vous le promettre car vous êtes un grand pêcheur. Mais si vous désirez vraiment être raisonnable, juste, bon et sage envers votre peuple, ainsi que doit être un prince, j’essaierai, même si je dois aller en enfer à votre place.
Le prince promit de devenir meilleur et le berger s’en alla pour imaginer une ruse.
Lorsque le jour où le diable devait venir chercher le prince arriva, la cour du château était remplie de monde. Soudain, une porte s’ouvrit et le diable sortit en tirant derrière lui le prince, livide.
Alors le berger se fraya un chemin à travers la foule et se dirigea vers le diable.
-  As-tu donc oublié ce que je t’avais dit ? lui murmura le diable en colère.
- Mais voyons, imbécile, il ne s’agit pas du prince mais de toi ! répondit le berger à voix basse. Katia est ici et veut s’accrocher à ton cou !
Lorsque le diable entendit ces mots, il lâcha le prince et s’enfuit le plus vite qu’il put.
Le prince fut si heureux qu’il prit le berger comme premier conseiller; ce fut une bonne chose car le berger était intelligent et juste. Peu de temps après, le pays tout entier devint prospère et satisfait de son seigneur.


Conte d’Oldrich Sirovatka, trouvé sur le site : http://les-arabesques-de-triste-fee.e-monsite.com/