Relire certaines figures du passé, comme Theresia dans le roman de Manon Tallien, pose une question très actuelle en organisation : comment fabrique-t-on nos « figures illustres » ?
Car une histoire n’est jamais neutre. Elle est toujours reconstruite.
Dans le cas de Theresia, le récit porté par une descendante met en avant des qualités fortes — bonté, résilience, intensité de vie — mais laisse aussi entrevoir un processus plus universel : celui de la sélection et de la mise en récit.
C’est exactement ce que font les organisations.
- Elles sélectionnent certains traits et en oublient d’autres
- Elles transforment des choix contextuels en qualités intrinsèques
- Elles reconstruisent des parcours souvent chaotiques en trajectoires cohérentes
Résultat : des figures inspirantes… mais parfois simplifiées.
Or, c’est là que se joue un enjeu clé.
Une histoire trop lisse inspire peu.
Une histoire complexe, située, ambivalente — inspire et fait réfléchir.
Relire ces trajectoires, ce n’est donc pas seulement célébrer des « héros ».
C’est comprendre :
- ce que le contexte a rendu possible
- ce que le récit a choisi de retenir
- et ce que l’on veut transmettre aujourd’hui
En ce sens, la vraie question n’est pas seulement « qui étaient-ils ? »
Mais : « quel récit sommes-nous en train de construire, et pourquoi ? »


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