vendredi 6 novembre 2026

Entendre une issue là où l’on ne voit qu’un mur

 


Dans Solénoïde, de Mircea Cărtărescu, un homme condamné à perpétuité est convaincu qu’il mourra dans sa cellule. Une nuit, il entend des coups réguliers dans le mur. Il croit d’abord à une hallucination, mais les signaux reviennent. Il les mémorise, les transcrit et finit, après des années, par comprendre leur langage. Un mystérieux interlocuteur lui transmet alors un plan d’évasion aussi audacieux que simple. Il le suit et retrouve la liberté.

Des années plus tard, il retourne dans sa prison pour retrouver son sauveur. Il découvre alors que le mur de sa cellule donnait sur l’extérieur : derrière lui, il n’y avait que le ciel et la mer. Personne ne pouvait se trouver là où il imaginait son interlocuteur.

Cette histoire éclaire le sentiment d’enfermement professionnel. Non pour prétendre que les obstacles sont imaginaires, mais pour interroger notre capacité à chercher une issue lorsque nous n’en voyons plus. Cinq enseignements peuvent en être tirés.

Les coups ne livrent pas immédiatement une solution. Ils introduisent d’abord une rupture dans la répétition des journées. Dans une organisation, une question inattendue, une rencontre ou une activité qui redonne de l’élan peuvent jouer ce rôle. Ne leur demandons pas d’apporter d’emblée une réponse complète : un signal peut mériter notre attention avant que nous sachions quoi en faire.

Le prisonnier observe et cherche des correspondances. De même, « je suis coincé » exprime une expérience sans identifier précisément l’obstacle : le poste, la charge, une relation hiérarchique, une dépendance financière ou la peur de perdre une identité professionnelle. Distinguer ces contraintes ne les supprime pas, mais permet de mieux cerner les possibilités.

L’interlocuteur indique un chemin ; il ne vient pas ouvrir la cellule. Le prisonnier prépare lui-même son évasion. La question devient alors : « Avec quels appuis puis-je engager un mouvement qui m’appartienne ? » Celui-ci peut prendre plusieurs formes : changer de fonction, rejoindre un autre collectif, poser une limite ou préparer un départ.

Une issue inattendue n’exige pas nécessairement une décision précipitée. Imaginer largement les possibilités n’empêche pas d’examiner les ressources, les alliances et les conséquences nécessaires à leur réalisation. Quelle option écartons-nous avant même de l’avoir explorée ?

Le dénouement laisse ouverte l’origine du secours. Sans résoudre ce mystère, il invite à examiner notre attente d’une autorisation : faut-il qu’un supérieur comprenne enfin notre situation pour commencer à envisager un autre chemin ? De qui attendons-nous une permission, et est-elle nécessaire à chaque étape ?

Cette lecture ne doit jamais devenir une accusation envers ceux qui restent : les contraintes sont réelles, et chacun ne dispose pas des mêmes marges de manœuvre. Sa force est plus modeste : nous inviter à chercher sans exiger de voir déjà toute la sortie.

Quels signaux avons-nous cessé d’écouter parce que nous sommes convaincus qu’ils ne peuvent mener nulle part ?


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