Dans une organisation multiculturelle, on ne construit pas durablement le nouveau en exigeant l’oubli de l’ancien.
Cette réflexion m’est venue en lisant « Le Café des au revoir » de Toshikazu Kawaguchi.
Les personnages y sont confrontés à des paroles non prononcées, à des relations inachevées et à des regrets qu’ils continuent de porter. Ils ne peuvent pas modifier le passé, mais ils peuvent le comprendre autrement et trouver une manière d’avancer.
Les organisations connaissent elles aussi ces situations. Une restructuration, une fusion, un changement de direction ou un nouveau mode de travail ne font pas seulement évoluer les processus. Ils peuvent aussi entraîner :
- la perte d’un rôle ;
- la disparition d’une équipe ;
- l’abandon d’un projet ;
- la remise en cause d’une expertise ;
- la rupture d’une relation de confiance ;
- la fin d’une identité professionnelle.
Pourtant, on demande souvent aux collaborateurs de « tourner la page » immédiatement.
Mais une page ne se tourne pas toujours sur commande.
Ce qui n’a pas été reconnu ou compris continue de produire des effets : résistance, retrait, scepticisme, perte de confiance ou difficulté à coopérer.
Dans une équipe multiculturelle, le sujet est encore plus sensible.
Tout le monde ne dit pas son désaccord de la même manière. Certains expriment directement leurs inquiétudes. D’autres se taisent par prudence, respect de la hiérarchie, souci de préserver l’harmonie ou difficulté à s’exprimer dans une autre langue.
Le silence ne signifie donc pas nécessairement l’adhésion.
Accompagner le changement, ce n’est pas seulement expliquer la nouvelle organisation. C’est aussi créer un espace pour :
- reconnaître ce qui se termine ;
- écouter les différentes perceptions ;
- identifier les non-dits ;
- comprendre les pertes vécues ;
- définir ensemble de nouvelles règles de coopération.
Faire une place au passé ne signifie pas y rester enfermé.
C’est parfois la condition pour pouvoir construire une nouvelle identité collective.
Dans une organisation multiculturelle, on avance lorsque chacun peut comprendre, dire au revoir et contribuer à la définition du futur commun.
Et dans vos organisations, quelles transformations n’ont jamais vraiment été « clôturées » ?


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