vendredi 11 novembre 2016

Conte perse : savoir ouvrir les yeux


Mulla Nasrudin avait l’habitude de traverser chaque jour la frontière qui séparait la Perse et la Turquie avec sa mule. 

Comme il était notoirement connu que Nasrudin faisait de la contrebande, les douaniers prêtaient une attention particulière à ces allées et venues. Le manège se prolongeant, ils commencèrent à fouiller méthodiquement notre homme. A chaque passage, ils vérifiaient ses vêtements, vidaient sur le sol la paille que l’âne transportait dans des paniers, la mouillait ou l’enflammait. Sans résultat. Malgré l’acharnement des douaniers, aucun objet de contrebande ne fût jamais découvert ni sur le voyageur, ni dans la paille transportée. Et pourtant, de jour en jour, Nasrudin s’enrichissait….

Bien des années plus tard, alors que Nasrudin était devenu un personnage important de son village, il croisa l’un des anciens douaniers. Celui-ci s’approcha et lui dit : « Mulla, tu ne crains plus rien maintenant. Tu es riche et je suis à la retraite. Mais j’ai une chose à te demander, une question qui me tracasse depuis des années. Nous savons tous que tu t’es enrichi grâce à la contrebande mais nous n’avons jamais réussi à te prendre sur le fait. Tu peux me le dire maintenant : que trafiquais-tu ? »


Mulla Nasrudin le regarda longuement, sourit et répondit : « Des ânes… »

Source : http://retrouverlajoie.fr/

jeudi 3 novembre 2016

La rivière et les nuages



Dans cette histoire hautement symbolique, nous sommes la rivière, les nuages symbolisent quant à eux, tous les objets extérieurs, les autres êtres humains, les êtres vivants, les objets, l’argent, le pouvoir, le bonheur….

Au début, ce n’était qu’un petit ruisseau provenant d’une source de montagne. Il était très jeune et impétueux et voulait atteindre la mer aussi vite que possible. Il ne savait pas demeurer en paix dans le moment présent.
Il était pressé parce qu’il était jeune. Il se mit à dévaler la montagne pour atteindre la plaine et se transforma en rivière. Une fois devenu rivière, il dut aller moins vite, ce qui l’énervait parce qu’il craignait de ne jamais arriver à la mer.
Bas du formulaire
Mais comme il était obligé d’aller plus doucement, ses eaux sont devenues plus tranquilles. Sa surface s’est mise à refléter les nuages dans le ciel, des nuages roses, blancs, argentés. Il y a tant de formes merveilleuses. Toute la journée, il suivait les nuages. Il commença à s’attacher à eux et à souffrir, parce que les nuages étaient impermanents. Ils se laissaient porter par le vent, abandonnant la rivière à son cours. Elle était très triste que les nuages ne restent pas avec elle alors qu’elle voulait tellement s’y accrocher.
Un jour, un vent d’orage balaya tous les nuages. La voûte céleste était d’un bleu très clair, totalement vide. La rivière était désespérée. Elle n’avait plus de nuage à suivre.
Cette vaste étendue bleue mit le cœur de la rivière au désespoir. « A quoi bon vivre sans nuages ? A quoi bon vivre sans mes bien-aimés ? ».

Toute la nuit, elle pleura. Quand elle revint à elle et entendit ses pleurs, elle comprit quelque chose de merveilleux. Elle réalisa que sa nature était aussi la nature du nuage. Elle était le nuage. Les nuages étaient présents dans les tréfonds de son être. Tout comme la rivière, le nuage avait son essence dans l’eau. Le nuage était fait d’eau.
Alors, se dit la rivière, à quoi bon courir après le nuage ? Cela n’a de sens que si je ne suis pas le nuage. Grâce à cette nuit de solitude et de désespoir absolus, la rivière a pu se réveiller et voir qu’elle était aussi le nuage.
Ce matin là, le bleu du ciel qui lui avait procuré un tel sentiment de solitude lui apparu désormais comme quelque chose de nouveau et de merveilleux, de clair et de rayonnant. Maintenant le ciel était toujours là pour la rivière, jour et nuit. Elle n’était plus jamais seule et se sentait calme et détendue. Elle n’avait jamais ressenti une telle paix.
Cette après midi-là, quand les nuages sont revenus, la rivière n’était plus attachée à un nuage en particulier. Elle ne considérait plus un nuage comme étant son nuage à elle. Elle souriait à tous les nuages qui passaient. Elle éprouvait la joie de l’équanimité. Elle n’aimait pas un nuage plus qu’un autre et n’avait d’aversion pour aucun. Elle pouvait apprécier la présence de chaque nuage dans le ciel et le refléter dans ses eaux. Quand un nuage la quittait, la rivière disait « au revoir, à bientôt » et elle se sentait très légère dans son coeur. Elle savait que le nuage allait lui revenir une fois transformer en pluie ou en neige.
Quand nous courons après un objet et que nous essayons de le saisir, nous souffrons. Et quand il n’y a rien après quoi courir, nous souffrons aussi. Si vous avez été une rivière, si vous avez couru après les nuages, si vous avez pleuré et si vous avez souffert de la solitude, sachez que ce que vous avez cherché à toujours été là : C’est vous, vous-même !


Extrait du livre de  Thich Nhat Hanh, « Il n’y a ni mort ni peur »,  Pocket (2005)
Thich Nhat Hanh est un maître bouddhiste vietnamien. Réfugié politique en France depuis 1972, il vit en Dordogne au " Village des Pruniers ", la communauté qu'il a fondée en 1982

jeudi 27 octobre 2016

La flèche et le trésor


Une nuit, un homme pauvre rêva que le secret d'un trésor caché était écrit sur un parchemin vendu dans une boutique de la ville. A son réveil, il s'y précipita et il constata qu'en effet un parchemin y était en vente. Il l'acheta aussitôt et commença à le déchiffrer. Il apprit alors que pour découvrir le trésor, il devait se rendre en un certain endroit devant un certain bâtiment, puis se tourner vers l'est et mettre une flèche sur son arc. Il trouverait le trésor à l'endroit où tomberait la flèche. 

Il s'y rendit donc, se tourna vers l'est, banda son arc et tira une flèche. Il creusa à l'endroit où elle était tombée, mais ne trouva aucun trésor. Il recommença chaque jour suivant, tirant bien des flèches et creusant des trous partout sans succès. La rumeur de ces efforts parvint jusqu'au roi qui exigea qu'on lui remit le parchemin afin de découvrir ce trésor pour lui même. De nombreux archers furent envoyés qui tirèrent des milliers de flèches dans toutes directions et creusèrent d'innombrables trous sans aucun résultat. 

Dépité, le roi rendit à l'homme son parchemin en disant que si un tel trésor existait, il serait désormais le sien puisque lui même n'avait pu le découvrir. Le pauvre homme retrouva quelque espoir, et la nuit suivante, il rêva d'un mystérieux personnage qui lui reprocha d'avoir été présomptueux et ne ne pas avoir suivi les instructions du parchemin dont le message disait simplement de placer une flèche sur l'arc en se tournant vers l'est. Il ne disait pas de tendre l'arc et de tirer la flèche. 

C'est donc par vanité et pour marque sa volonté que l'homme avait trouvé logique de bander l'arc et de tirer la flèche, alors qu'il suffisait de la laisser tomber à ses pieds. Place la flèche sur l'arc et laisse la tomber. Où tombera la flèche, creuse la terre, là sera le trésor. Ainsi chacun juge de tout en fonction de la place où il se trouve, mais pourtant la vraie connaissance est plus proche de l'homme que la veine jugulaire de son cou.


Source : http://jacques.prevost.free.fr/cahiers/cahier_48.htm

vendredi 21 octobre 2016

Conte chinois : Wang ou l'invention de l'acupuncture


Wang, un chasseur chinois de l’époque préhistorique, souffre depuis plusieurs années de terribles migraines. Un beau jour, alors qu’il piste le gibier pour nourrir sa famille, il est victime d’un accident de chasse et atteint par une flèche qui se loge dans sa cheville, tout près du talon. On le ramène d’urgence au camp. Chou, le guérisseur, est aussitôt appelé pour extraire la flèche. Heureusement, la blessure est mineure et la guérison se passe sans problème. Une semaine plus tard, Wang est remis sur pied et il retourne voir Chou pour le remercier de son aide. Chou s’informe en même temps de l’état de santé général du chasseur. Ce dernier réalise alors avec stupéfaction qu’il n’a eu aucune crise de migraine depuis son accident. Intrigué, le guérisseur réfléchit longuement, puis a soudain une idée de génie. Le lendemain, il rend visite à Yu, la femme du chef, qui elle aussi souffre souvent de maux de tête auxquels aucun remède n’a apporté de solution jusqu’ici. À l’aide d’un couteau de pierre pointu, il perce la peau de Yu sur la cheville à l’endroit exact où Wang avait été blessé. Dans les minutes qui suivent, la femme du chef se sent soulagée de sa douleur à la tête pour la première fois depuis des mois. Chou est richement récompensé et, fort de son expérience, il se met à rechercher d’autres points du corps dont la perforation peut traiter des problèmes de santé. Sans le savoir, il vient d’inventer l’acupuncture.

Cette parabole est destinée à nous rappeler que l’acupuncture n’est pas quelque chose de magique, mais une technique pratique issue de l’empirisme tiré des erreurs et d’essais successifs.

Pendant des milliers d’années l’acupuncture a été le secret le mieux gardé du peuple chinois. Des vestiges archéologiques ont permis de découvrir des poinçons de pierre qui auraient été utilisés avant l’invention des aiguilles de métal.

On raconte que la révélation de la médecine chinoise a été apportée a trois empereurs, Hugandi , Shennong et Fuxi, respectivement a l’origine de l’acupuncture , de l’emploi des remèdes a base de plantes et des concepts de bases de la médecine chinoise. Progressivement, chacun de ces courants se développa pour former plusieurs courants distincts comme la phytothérapie, la pharmacopée (médecine par les plantes), la diététique (aliments a surveiller pour s’assurer une bonne santé) le massage chinois (Tui Na) ou l’acupuncture.

L’acupuncture aide au rééquilibrage des énergies. Allez voir l’exposition de Prune Nourry à la galerie Magda Danysz.

 Galerie Magda Danysz  78 rue Amelot 75011 http://magdagallery.com/fr/expositions/communique/54/imbalance

jeudi 13 octobre 2016

Conte albanais : l'histoire du pêcheur de feuilles


Le métier de pêcheur n'est pas toujours facile et, sans un peu de chance, il arrive que ces travailleurs de la mer ne soient guère payés de leur peine. Ainsi, un brave père de famille de la côte Adriatique, proche de la pointe de Samana, avait-il bien du mal à nourrir ses cinq enfants. Jamais la pêche n'était vraiment abondante, et il arriva même un moment où il resta dix jours sans prendre le moindre poisson.

"Tout cela est très injuste, disaient les gens de son village, car il est le plus travailleur et il connaît son métier mieux que personne."
On le plaignait beaucoup, mais, comme tout le monde était pauvre, personne ne se trouvait en mesure de lui venir en aide. Ses enfants avaient faim, et sa femme qui n'était pas très solide ne pouvait que laver un peu de linge pour gagner de quoi acheter du pain.
Le brave homme eût bien fait un autre métier, mais il ne trouvait pas d'embauche. Et puis, parce qu'il aimait la mer, il espérait toujours qu'elle finirait par se montrer généreuse avec lui.


Un jour que le Roi passait par là, il entendit les enfants qui criaient famine. Il se renseigna, on lui dit combien ce pêcheur fort méritant jouait de malchance, et ce roi riche et bon décida de l'aider.
"Je veux faire quelque chose pour toi, lui dit-il, mais je tiens absolument à ce que tu restes pêcheur. Tu vas continuer ton métier et, chaque fois que tu apporteras quelque chose dans ton filet, tu viendras l'apporter sur le plateau de ma balance. Dans l'autre plateau, je mettrai le même poids en sequins d'or, et cet or sera pour toi."
De nouveau plein de courage et d'espérance, le pêcheur reprit la mer. Trois jours passèrent, trois jours et trois nuits sans une minute de repos. Trois jours et trois nuits à ramer, à lancer son filet, à le ramener sans qu'il vît l'ombre d'un poisson.
"Je suis maudit ! se lamentait-il. Nous mourrons tous de faim."


Le pêcheur épuisé rentra au port, mais avant d'amarrer sa barque, il lança son filet une dernière fois. Lorsqu'il le retira, il n'y trouva qu'une feuille de chêne déjà bien abîmée par l'eau salée. Il allait la jeter lorsqu'un camarade lui dit :
"Que risques-tu à la porter au Roi ? il n'a pas parlé de poisson, il t'a dit de lui porter tout ce que te ramènera ton filet.
- Il va croire que je me moque de lui, et peut-être même me fera-t-il jeter en prison ?
- Non, il ne le fera pas. C'est un bon roi. Et je suis tout disposé à témoigner que tu as bien pêché cette feuille."
Le pêcheur était tellement désespéré qu'il mit la feuille dans sa poche et prit le chemin du palais royal.


Lorsque le roi le vit arriver avec sa prise, il se mit à rire.
"Mon pauvre ami, fit-il, cette feuille est si légère qu'elle ne fera même pas bouger d'un cheveu le fléau de ma balance. Mais enfin, puisque tu es venu jusque-là, tentons tout de même l'expérience."
Le pêcheur posa sa feuille sur le plateau qui tomba comme si on l'eût chargé de plomb. Et le trésorier du roi commença de poser des sequins sur l'autre plateau. A haute voix, un secrétaire comptait.
"Un sequin, deux sequins, trois sequins..."
La balance ne bougeait toujours pas. Et il fallut soixante sequins pour faire monter enfin le plateau où se trouvait la feuille.


Le pêcheur s'en alla avec les pièces et le roi, qui n'en revenait pas, garda la feuille. Tous les savants du royaume furent invités au palais où ils demeurèrent longtemps à examiner cette feuille de chêne si étrange. Ils se livrèrent à toutes les analyses que la science pouvait permettre et, en fin de compte, ils furent bien obligés de reconnaître que cette feuille n'avait d'autre particularité que son poids.
Bien entendu, le pêcheur que l'on soupçonnait de magie fut interrogé, mais les enquêteurs, qui étaient des juges honnêtes, déclarèrent qu'il était beaucoup trop naïf pour être magicien.
Lui-même ne savait rien. Il ne pouvait rien savoir, car il n'avait pas assez de mémoire pour se souvenir des moindres détails de sa vie d'enfant.


C'était pourtant dans sa plus tendre enfance que dormait le secret de cette feuille. Car le pêcheur n'avait guère que trois ou quatre ans lorsqu'un laboureur, voisin de son père, avait déraciné et jeté sur le chemin un jeune chêne né en bordure de son champ. L'enfant l'avait ramassé ce tout petit arbre et l'avait planté en un endroit où personne ne cultivait le sol. Reconnaissant, le chêne, qui avait grandi en toute liberté, avait saisi cette occasion de remercier celui à qui il devait la vie.
Et sans doute parce qu'il détenait le pouvoir de conjurer le mauvais sort, il s'arrangea pour que le pêcheur ne retire plus jamais de l'eau un filet vide.



D'après les Légendes de la mer de B. Clavel, Ed. Hachette 
Image :  Ecole Marie Curie, Sennecé-lès-Mâcon

vendredi 7 octobre 2016

Il n'y a pas de petites querelles



Un Conte africain d’après Amadou Hampâté Bâ

Il y a bien longtemps, au temps où les hommes et les animaux parlaient la même langue, un chef de famille vivait avec sa veille maman, son chien, son bœuf, son bouc, son cheval et son coq.

Un jour, on vient lui annoncer la mort de son collègue du village voisin. Il décide de se rendre aux funérailles pour lui rendre un dernier hommage. Il recommande à son chien : « veille sur ma mère, ne quitte pas le seuil de sa porte, et si tu as besoin d’aide, appelle les autres animaux ». Et il part.

Quelques jours se passent sans incident. Un matin, le chien entend un drôle de bruit dans la case : ce sont deux lézards qui au plafond, se disputent le cadavre d’une mouche. Le chien voudrait intervenir mais il ne peut quitter sa place. Il appelle à la rescousse, le coq, qui fait fi de sa demande. De même pour le bouc, le cheval et le bœuf. Tous estiment la chose de peu d’importance et indigne de leur faire perdre leur temps. Le chien leur dit pourtant : « il n’y a pas de petite querelle, comme il n’y a pas de petit incendie ».

Pendant se temps, les lézards continuent à se battre, tant et si bien que l’un des deux tombe sur la lampe à huile, qui met le feu au lit de la veille maman. Un terrible incendie se déclare. Les voisins sauvent de justesse la dame, mais elle est toute brûlée.

On envoie un gamin sur le dos du cheval pour prévenir son fils au village voisin. Il court, galope toute la journée, sans laisser le cheval reprendre son souffle ! Prévenu, le fils enfourche la monture et revient vite à la maison, et le cheval est fourbu. Il meurt d‘épuisement. « Ah, dit-il au chien, j’aurais du t’écouter et séparer les deux lézards ! »  « Je te l’avais dit, dit le chien, il n’y a pas de petite querelle, comme il n’y a pas de petit incendie ».

Pour guérir la vielle dame, le Marabout recommande de l’enduire de sang de coq et de boire le bouillon fait avec sa chair. On sacrifie le coq ! Avant de mourir, le coq dit au chien : « tu avais raison, j’aurais du intervenir tant qu’il était temps ! » « Je te l’avais dit, dit le chien, il n’y a pas de petite querelle, comme il n’y a pas de petit incendie ».

La vielle dame ne survit pas à ses brûlures. A ses funérailles, comme le veut la coutume, on sacrifie le bouc. Le bouc, en passant près du chien lui dit : « comme je regrette de ne pas avoir fait le nécessaire ! » « Je te l’avais dit, dit le chien, il n’y a pas de petite querelle, comme il n’y a pas de petit incendie ».

Quarante jours après l’enterrement, une cérémonie rassemble tout le village et les habitants des villages voisins, c’est la tradition. Pour nourrir tout ce monde, le fils tue le bœuf et les femmes préparent un grand festin. Avant de mourir, le bœuf dit au chien : « si j’avais su…j’aurais séparé les lézards… » « Je te l’avais dit, dit le chien, il n’y a pas de petite querelle, comme il n’y a pas de petit incendie ». Le chien reçoit sa part du festin.


La morale de cette histoire, c’est qu’il ne faut pas négliger les petits conflits, sinon ils deviennent des guerres et tout le monde en souffre. A petite cause, grands effets.

vendredi 30 septembre 2016

La charette


Il était une fois, il y a bien des années un promeneur …désœuvré qui parcourait la région de part en part sans trouver le repos. 
Il se sentait de plus en plus lassé tandis qu’il parcourait ainsi tant de pays sans jamais vouloir s’arrêter. Seul l'exercice physique lui faisait du bien et le maintenait en bonne santé. 

Un jour, alors qu'il était assis sur une butte et que son regard qui parcourait les champs jaunes et verts et bruns, son regard aperçut en contrebas, sur la route ordinairement facile, un attelage qui avançait cahin-caha. Il remarqua l'allure irrégulière des deux chevaux, l’un noir et l’autre blanc qui tiraient une charrette légère, libre de tout chargement. Le cocher, tant bien que mal, poussait l'attelage à progresser mais les deux chevaux ne parvenaient pas à .se …synchroniser, à… marcher ensemble. Le cocher utilisait le fouet et vociférait et ses paroles dures peut-être parvenaient aux oreilles du promeneur intrigué. Le cocher avait beau se démener mais rien n'y faisait. Il se sentait impuissant. En effet quelques minutes plus tard, l'attelage s'arrêta.
Le cheval noir était épuisé et il ne pouvait pas… continuer la route. Tandis que le promeneur sur sa butte observait la scène, le ciel commençait à s’assombrir. L’orage semblait tout proche. Alors, sans y penser, naturellement, simplement, il vint vers la charrette et rejoignit le cocher qui avait perdu l'espoir de continuer son chemin pour …rentrer à la maison. Les nuages s’amoncelaient.   Et chacun sentait que la journée commençait à décliner. Il fallait rentrer au plus tôt.
Le promeneur et le cocher ont alors échangé des paroles encourageantes et apaisantes. Ces paroles ont calmé leurs esprits et leur ont donné de l'espoir d’arriver à une situation acceptable, ils ont cherché ensemble plusieurs possibilités et leurs avis conjugués ont trouvé la plus acceptable et ils pensèrent que cela pourrait changer la situation. Le cheval noir était bien malade. Ils étaient dans la nécessité de s'en séparer. A deux, la tâche était plus légère, et tout en parlant avec douceur au cheval, ils se mirent à desserrer ses liens, à le débarrasser de son harnais et celui-ci fut dételé et …libéré. Leurs yeux découvrirent un abri de berger de l'autre côté de la route, et un peu plus loin, un champ d’herbe verte et fraîche, et c'était… rassurant. Ils commençaient à …respirer. Ils respiraient profondément soulagés. Quelqu'un pourrait veiller le cheval. Et c’est alors que le promeneur proposa de l'emmener, près de ce refuge. Le promeneur et le cheval cheminèrent ensemble, doucement, et leurs regards témoignaient de leur tendresse et la main du promeneur apaisait le cheval qui semblait comprendre et accepter la situation   tandis que le cocher sur la route s’affairait à mettre de l’ordre dans l’attelage. Et tout en travaillant à équilibrer le nouvel attelage avec le cheval blanc le cocher reconnut là-bas des toits de tuiles rouges protégés par une ceinture d’arbres. Le clocher dépassait le hameau et se voyait des alentours et les voyageurs pouvaient ainsi se repérer. Le temps avait passé. Le promeneur s'était acquitté de sa tâche. Il avait remis le cheval aux bons soins du berger.
Quand il revint vers la charrette, le cocher avait pu remettre en place l'attelage. Le cheval blanc, bien attelé, était capable demener à bon port les deux voyageurs. Le promeneur prit quelques touffes d’herbes fraîches pour lui donner de la force et continuer la route.
Entre le cocher et le promeneur, il s'était établi une complicité et une grande confiance. Il y avait un lien qui pourrait au fil des jours devenir une belle amitié. La charrette avançait tranquillement vers le village tandis que les nuages lourds se dispersaient, poussés par le vent, et le ciel se dégageait peu à peu. Les premières maisons apparaissaient, et ce qu’ils avaient pris pour un hameau était en réalité un village pittoresque. 
Le village les accueillit avec simplicité et gentillesse, naturellement, sans poser de questions. Les paysans étaient toujours heureux d’offrir l’hospitalité aux voyageurs. Sur la place fleurie, autour de la fontaine d’où jaillissait une eau claire et pure, jouaient des enfants, pleins de vie. Ils entourèrent aussitôt l’attelage et flattèrent le cheval blanc. L’un d’eux apporta un seau d’eau fraîche pour étancher sa soif. Et le promeneur et le cocher, tout en les remerciant, s’approchèrent de la fontaine. Leurs mains se tendirent vers son eau limpide et ils se mirent à boire avec délices. Le promeneur et le cocher ensemble se tournèrent vers le cheval blanc et lui adressèrent des regards et des paroles de tendresse tandis qu’un jeune homme apportait une botte de foin   Là, des femmes achevaient de dresser une grande table dans la cour ombragée de chênes centenaires. Les parfums, les senteurs du dîner parvenaient jusque-là. 
Des ouvriers agricoles arrivaient par petits groupes, bavardant et riant. Ils avaient terminé leur journée bien remplie. Aussitôt, les deux amis furent invités pour partager le repas et la gaieté des paysans. Ils tentèrent bien de refuser cette invitation. Mais ils ne trouvèrent aucune raison pour rester à l’écart.  Les gens étaient heureux et simples et leur proposèrent un abri pour la nuit. Et c’est ainsi que le promeneur et le cocher offrirent tout naturellement de mettre la main à la pâte et de partager les tâches naturelles de la vie. Tout le monde s’était attablé : les enfants au bout de la table avaient faim et mangeaient avidement. Entre deux bouchées, ils jetaient des regards vers nos deux amis et leur faisaient des signes de complicité. Ils étaient heureux de leurs présences. Les convives appréciaient les plats préparés par les femmes qui recevaient les compliments en plaisantant. Les conversations s’étaient engagées sur les promesses de la moisson et de la vendange de cette année. Dans ce coin de campagne, la nature était généreuse et les paysans étaient pleins de vigueur et de vie. La journée se finissait dans la bonne humeur et l’amitié. La maîtresse de maison leur donna un lieu pour se reposer et la nuit protectrice apporta le réconfort aux esprits et aux corps.