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samedi 27 mars 2010

Envier la vie à la retraite ? Non merci

La vie à la retraite, c’est le farniente et le loisir assuré. Vous avez maintenant le temps de faire tout ce que vous n’aviez jamais pu faire par manque de temps. Le rêve. Vous pouvez voyager, prendre votre temps et ne pas rentrer automatiquement le dimanche soir. Le paradis. Vous pouvez abandonner un travail en cours (jardinage, bricolage, photo…) et le reprendre quelques heures, quelques jours ou quelques années plus tard. L’Eden. Bref, tout ce dont vous avez rêvé pendant 40 ans est maintenant à portée de mains, surtout que vous avez la santé. Aujourd’hui à 60 ans, vos êtes dans la condition physique des gens de 50 ans il y a 20 ans. Les vrais ennuis commenceront à partir de 70 ans. Alors, profitez-en !

Oui mais votre revenu a baissé de 50 à 60% depuis que vous êtes à la retraite si vous être cadre dans le privé. Bien sûr, vous avez mis des économies de côté, mais votre côté fourmi se développe avec l’âge, alors vous prenez garde.

Oui mais vos enfants sont adultes et il y a de fortes chances qu’ils commencent leur vie familiale avec à la clé de charmants bambins qui sollicitent votre présence, que ce soit à titre de filiation (les grands parents c’est important pour les enfants) ou de roue de secours (remplacer en urgence les nounous malades).

Oui mais il y a aussi de fortes probabilités que vos parents (ou beaux-parents) soient alors malades ou invalides ou nécessitent des soins, en bref, du temps et / ou de l’argent.

Oui mais les activités de loisirs coûtent chers. Prenez les voyages. Avant, les « actifs » voyageaient à certaines périodes et il y avait des vacances à prix cassés dans les périodes creuses. Aujourd’hui, entre les RTT et les vacances scolaires, les Actifs voyagent à tout moment et les périodes creuses se confondent avec période épouvantable (la Normandie en janvier, par exemple ou l’Asie à la saison des pluies).

Oui mais si vivre à la campagne ou à la mer, loin de tout, a l’avantage de vous offrir le dépaysement, un coût de l’immobilier moins élevé (si vous êtes loin de tout), c’est souvent un coût de vie plus élevé (pas de véritable concurrence commerciale) et des coûts de transport conséquents. Surtout que la maison à la campagne (ou la mer), c’est le passage assuré des vrais (et faux) amis l’été et le désert en hiver.

Oui mais si vous êtes restés à vivre près de vos proches, vous devez taillables et corvéables à merci : « maintenant que tu as le temps…. »



Alors, si vous êtes actifs avec de jeunes enfants (ou du moins sans enfant), profitez de votre vraie vie : votre revenu est là, vos parents sont vaillants et peuvent vous aider (« ils ont le temps »), vos enfants sont autonomes et ne vous prennent guère de temps (du moins c’est contrôlable) et vous avez du choix autour de vous.

Un de mes amis a observé la situation de la retraite en France et en a conclu qu’il fallait donner la retraite à tout le monde à 40 ans. Cela aurait été une grande avancée sociale. Et après ? Tout le monde se serait remis à travailler puisqu’il n’y aurait pas eu assez de sous pour les payer. Personne n’aurait plus parlé des retraites.

vendredi 19 mars 2010

La création du droit de la propriété (entre autres) vient du ponton 11

Le droit de la propriété est né en ce lieu magique au bord du lac. Il y avait jusqu’alors des pontons qui appartenait à certains en particulier (chacun savait quoi était à qui) et à tous en général. C’était simple et convivial. Tout le monde était à égalité et cela se passait bien.

Cela aurait pu durer longtemps si le nombre croissant de pontons n’avait commencé à créer une certaine tension. En effet, comment se rappeler de générations en générations quoi était à qui quand la fille du ponton 12 (il avait un nom, mais tout le monde préférait s’appeler par le numéro de son ponton) épousa le garçon du ponton 14, que le ponton 6 n’avait pas de descendant quand de son côté, le ponton 18 avait cinq enfants qui tous revendiquait le droit à ce ponton ainsi sur ceux ils étaient associés en tant que cousin ou époux ou…

Bref, cela devenait compliqué, mais avec un peu de bonne volonté de part et d’autre cela aurait encore pu fonctionner des années (voire des générations) si un petit noyau de pontonniers n’avaient souhaité faire appel un manager issu d’une grande ville situé au centre du pays (enfin, elle n’est pas au centre réellement, mais ses habitants en sont tellement persuadés qu’ils ont organisé les transports en fonction de cela).

Ce manager n’était pas un réel étranger. Il était le seul, unique et lointain descendant du ponton 11. Il vint un beau jour prendre possession de son héritage. Comme il n’avait jamais vécu ici, il ignorait tout des usages locaux. Il découvrit son ponton et s’empressa de faire quelques aménagements : une rampe en prévision de ses vieux jours, un paillasson (aussitôt posé, aussitôt disparu) et une porte agrémentée d’un très joli panneau d’interdiction.

Ce fut pendant quelques jours la grande attraction du lieu. Au début, les gens ne comprenaient pas le sens du panneau. Ils prenaient plaisir à utiliser la rampe, à pousser la porte et à la refermer. Le nouveau possédant du ponton 11 en prit ombrage. Il fit intervenir un huissier, appela la maréchaussée et menaça le maire d’installer une guérite avec un garde assermenté si son droit n’était pas respecté.

Les habitants se dirent que c’était peut-être une nouvelle mode de la capitale et progressivement, ils installèrent tous des barrières, mirent des panneaux d’interdiction et l’élurent président du syndicat de défense des pontonniers.

Notre manager était depuis longtemps réparti pour la capitale. A distance néanmoins, il continua à veiller sur son héritage. D’ailleurs le management à distance, il connaissait. Il suffisait de donner des consignes contradictoires à deux personnes pour qu’elles se surveillent mutuellement.

Plus la division régna, plus il prit de pouvoir. Il ne revint plus sur le ponton, continuant à entretenir le mystère de son pouvoir à distance. Il lui suffisait de faire cirer sa rampe et balayer son ponton pour que le symbole de son pouvoir reste intact.

Vous ne me croyez pas ? Allez (re)voir le Magicien d’Oz ! Nous adorons tous les apparences.

lundi 15 mars 2010

Adoptez une nouvelle technique de management : le micro-manège


Soyez dans le coup ! Montrez-vous à la page ! Motivez vos collaborateurs ! Voici le micromanège, l’outil qui va permettre d’accélérer les carrières, de faire les meilleurs choix et de repérer les vrais talents. Fini les décisions à la majorité ou au hasard, les stages commandos pour sélectionner les leaders, les politiques de la chaise musicale ou les longs arbitrages.

Quelques verbatim de nos clients

« Nous avons utilisé avec succès le micro-manège pour la sélection à un poste de haut niveau. Les postulants montent sur leurs chevaux. Le manège en tournant leur fait tourner la tête. Seuls les plus résistants moralement et physiquement sont capables de garder toute leur lucidité. Or, n’est-ce pas le rôle d’un dirigeant que de garder la tête froide en toutes circonstances ?»

« Bravo pour votre micromanège. Lors de nos prises de décision, nous utilisons ce manège pour bien faire ressortir le conscient et l’inconscient de chaque hypothèse. Ce que nous n’aurions jamais osé dire voire même imaginer ressort de manière claire et limpide. Grâce à vous, nous avons fait le bon choix sur une décision à 1 millions d’euros. Quelle rentabilité ! »

Le mot d’emploi est simple : vous l’installez dans la salle du comité de direction et vous l’utilisez pour toute décision où la part du subjectif est importante. Vous définissez votre objectif, puis vous mettez en condition les participants. Ils ont dix minutes pour se préparer (une étude scientifique sur 4523 participants a révélé qu’une concentration optimale était obtenu entre 9 minutes 53 secondes et 10 minutes 22 secondes).

Les protagonistes s’installent et vous lancez le manège. Chacun a trois minutes pour exprimer ses idées ou répondre aux questions. Après chaque cycle de réponse, vous montez la vitesse d’un cran (il y en a dix). Les arguments de fond arrivent au cran 3, les peurs et craintes au cran 5 et l’inconscient au cran 7 en moyenne. Au-delà de 7, cela convient uniquement aux personnes très entraînées, sauf peine d’être accusé de torture physique et mentale. Prévoyez juste une bonne moquette ou un tapis moelleux autour au cas où. Un examen médical des participants est conseillé avant tout usage intensif.

Nous vous conseillons de faire un enregistrement de l’action, les participant n’ayant plus conscience au-delà du cran 5 de leurs propos.

NOUVEAU ! Le modèle XXL vous permet de l’utiliser en individuel. Vous posez votre sujet, vous réglez la machine sur « automatique + » et celle-ci montera d’un cran toutes les trois minutes. Le son est enregistré automatiquement. La machine s’arrête automatiquement au cran 7 et rétrograde doucement.

Grâce à notre micro-manège, vos collaborateurs se sentiront à égalité dans les choix (chacun a sa chance). Vous-mêmes et vos proches collaborateurs n’apparaîtront plus comme des tortionnaires ou des harceleurs.

Les études de l’académie de médecine en garantissent l’innocuité. La Sécurité Sociale et les principales mutuelles vous couvrent sur les principaux accidents qui peuvent survenir.

Quand souhaitez-vous faire un 1er essai gratuit ?

samedi 13 février 2010

Le premier jour du télétravail


Augustin est heureux ce matin en se levant. C’est sa première journée de télétravail. Suite au déménagement de son entreprise à plus d’une heure trente de chez lui, les syndicats ont négocié la possibilité du télétravail pour les salariés qui ont vu leur temps de trajet fortement augmenté. Il bénéficie donc de deux journées de télétravail à distance par semaine. Libre à lui de les prendre ou non.

Malgré l’accord direction-syndicat, ce ne fut pas une mince affaire à mettre en place. Le lundi, il y a la réunion traditionnelle du comité de direction : il vaut mieux être là l’après-midi pour prendre en compte les dernières décisions qui peuvent impacter le ravail. Le mardi, c’est la réunion de son équipe. Le mercredi est un jour réservé pour les mères de famille. Le jeudi, il y a plusieurs groupes de travail dont il fait partie qui se réunissent et le vendredi, c’est le sacro-saint repas en équipe.

Après moultes discussions, tergiversations et engueulades, il a pu prendre son mardi, la réunion ayant été avancée au lundi. Tout guilleret, il s’installe à 8h devant son ordinateur. « Dire que d’habitude, je suis serré comme une sardine dans le métro » se dit-il avec joie. « Je vais pouvoir avancer comme jamais dans mon travail, sans être dérangé et ce soir à 18h00 je pourrai aller à la piscine ! » Quelle n’est pas sa surprise quand il constate qu’il a déjà reçu 34 mails ce matin. « J’avais pourtant fait le ménage hier soir » maugrée-t-il. Un bref regard sur les destinataires et l’heure d’envoi : ce sont de collègues en télétravail qui ont commencé plus tôt que lui ! Il y a déjà même des rappels de certains ave des notes ironiques sur les lève-tards.

« Pas grave » se dit-il « je vais les traiter plus tard. C’est cela l’avantage du télétravail : pouvoir prioriser sans pression. » Dix minutes plus tard, une petite fenêtre vidéo s’ouvre avec Skype. C’est son responsable qui veut faire le point sur un dossier. En même temps, sa messagerie instantanée commence à s’agiter avec des tas de mots de ses clients internes. Tout en lui vantant la joie qu’ils ont de le voir travailler à distance, ils souhaitent qu’ils profitent du temps gagné sur les transports pour avancer plus vite sur tel ou tel sujet. En parallèle, son Smartphone se met à vibrer. 10h30 arrive très vite avec toutes ces urgences et appels. Augustin décide de s’accorder une pause. Il va se faire un café. Revenu dix minutes plus tard, il trouve des messages des Ressources Humaines. Son correspondant s’inquiète de son « silence » : son ordinateur est sans réponse depuis 11 minutes et trente secondes. « Dans le cadre de la lutte contre le stress et le surmenage, nous souhaitons savoir si cet arrêt d’activité de plus de dix minutes est lié à
a) une période de réflexion (si oui, justifiez),
b) une panne de liaison (merci de joindre un justificatif de votre opérateur),
c) une pause toilettes et/ou rappel (rappel : selon l’accord direction-syndicat, celle-ci est limitée à 6 minutes 47 secondes le matin et 7 minutes 23 secondes l’après-midi)
d) un appel téléphonique (merci de préciser le nom de l’interlocuteur et son n° de téléphone)
e) un sentiment de surmenage (indiquez le niveau selon le barème présenté lors du séminaire sur les RPS –risques psychosociaux-)
Bien entendu, ces données ne vous sont demandées qu’à titre statistique, le but étant de vous favoriser les meilleures conditions de travail à distance. »

Le temps de lire tout cela, deux autres fenêtres vidéo s’ouvrent en même temps et dix mails urgents arrivent, avec toutes le même leitmotiv : « puisque tu es au calme, peux-tu ASAP… ».
« C’est pire qu’au bureau ! » se lamente-t-il ! Cahin-caha, il arrive à l’heure du déjeuner. Pendant celui-ci, son Smartphone, puis son téléphone privé n’arrêtent pas de sonner, chacun se plaignant de ne pouvoir le joindre, puis s’excusant ensuite, une fois son arrêt de travail justifié.

L’après-midi fut du même acabit. La piscine à 18 heures disparut compte tenu des urgences et le lendemain matin, ce ne fut pas avec un grand soulagement qu’Augustin reprit ses trois heures de transport allers et retours, la pause café à l’arrivée et en milieu de matinée, … le tout sans être dérangé. « Vive la vraie vie » se dit-il quand ses interlocuteurs habituels l’accueillirent en l’enviant sur sa journée au calme.

vendredi 5 février 2010

Traversez le mur !


Non, je ne garde pas les toilettes, je ne fais pas office de point de contrôle et je ne suis pas là parce que je n’ai pas de bureau. J’ai choisi d’être là au contact de tout le monde. Regardez mon univers : il est blanc, sans marques particulières, sans panneau, sans repère. A l’abri de ces cloisons, vous pouvez travaillez en paix. Pendant vos heures de « bureau », hormis les arrivées et départs, le silence règne sur ces couloirs.

Moi aussi, j’ai travaillé derrière ces cloisons : on y est bien au chaud, protégé des regards extérieurs, entre soi. Seulement l’enfer, c’est souvent les autres, comme l’écrivait Jean-Paul (Sartre). Alors, un beau jour, j’en ai eu assez du seul regard de mes collègues et des quelques visiteurs. Je me suis évadée, pas bien loin je l’avoue, juste de l’autre côté du mur. J’y ai tiré mon bureau et ma chaise, fait passer les câbles du téléphone et d’internet sous le panneau et le tour était joué.

Cela vous change la vie. Votre regard se porte au loin, vous voyez les passages de chacun (ce qui ne vous empêche pas de vous concentrer) et surtout vous existez aux yeux des autres. Mes collègues m’ont d’abord regardé comme une folle, puis comme un danger (des fois que cela donnerait l’idée à d’autres d’abattre les cloisons) puis s’y sont résignées.

La direction s’en est émut. J’ai eu aussi la visite des syndicats des représentants du CHSCT, du médecin du travail, … « On » a essayé toutes sortes de manœuvres pour me faire réintégrer mon espace : le risque sur le passage, l’accès pompiers, le déménagement vers un autre endroit… mais j’ai tenu bon. J’ai apporté preuves sur preuves aux arguments qui m’étaient avancées. J’ai aussi bénéficié d’une mésentente entre la direction et les syndicats sur l’indicateur de stress et le harcèlement. Finalement, je suis resté là. je suis mise en avant par la direction pour montrer sa souplesse sur l’intérêt porté aux conditions de travail et par les syndicats comme un combat contre le harcèlement et l’isolement.

En fait, j’ai découvert que j’existais. Moi, ce qui me motive, c’est d’exister, d’entretenir des relations avec les autres et de contribuer à la communauté. Si la vie en Open Space en a tué certains, la vie dans le couloir m’a fait revivre. Fini les froides mesquineries en petits groupes, fini les rivalités sans but qui divisent. Placé comme je suis, je connais presque tout le monde (enfin, tout le monde me connait) ; je deviens un lieu de passage et de croisement, je rends service aux uns et aux autres, sans me laisser déborder.

Finalement ce qui rend heureux, c’est d’avoir une marge d’autonomie, d’être au contact des autres et de se sentir utile. Alors, pour cela, il faut parfois traverser les murs. Ceux-ci peuvent être aussi bien virtuels. Alors, commencez un jour, vous vous ouvrirez de nouveaux horizons et votre voyage de découverte ne fera que commencer.

Un dernier mot : j’ai vu une pub pour un site qui m’a interpellée : http://www.devenezvoumeme.com/. J’ai été un peu surprise, c’était pour l’armée de terre ! Je préfère http://www.trouversavoie.org/., c’est moins engagé….


« Je dois mes succès à la diversité des gens rencontrés plus qu’à mon intelligence » Linus Pauling

lundi 13 juillet 2009

Qui choisit de faire ?


Désiré aimait tout faire lui-même. Ce n’était pas une question de refus de partager, simplement un souci de bien faire les choses. C’est vrai que Désiré faisait bien les choses. Il avait beaucoup de savoir, de savoir-faire et surtout un goût de la perfection pour répondre aux besoins d’autrui. En bref, il ne se faisait pas plaisir, il ne faisait pas de la surqualité mais répondait pour le mieux au besoin des autres.

Seulement voilà, Désiré avait beaucoup trop de demandes et pas assez de temps pour bien y répondre. Tout le monde lui disait : « délègue certaines tâches, ne fais pas tout tout seul. » Seulement, Désiré avait du mal à le faire. Oh, il avait bien essayé. Il avait donné certaines tâches à d’autres, en précisant la procédure, le résultat attendu, le délai imparti et en invitant son interlocuteur à venir le voir si besoin. Cela ne marchait pas : certains ne suivaient pas la procédure, d’autres oubliaient le délai ou ne venaient pas le voir et le résultat n’était pas au rendez-vous. Désiré, avec un grand soupir (d’épuisement ou de soulagement ?) reprenait l’ensemble des tâches jusqu’à la prochaine surcharge de travail.

Puis, un jour, il se retrouva à confier une sous-tâche à Tiana. Désiré était convaincu d’avance que cela ne servirait à rien, mais puisqu’il n’avait pas le choix à court terme, il s’y résigna et lui expliqua ce qu’il attendait d’elle. Seulement celle-ci ne réagit pas comme ses prédécesseurs. Au lieu de simplement dire qu’elle avait compris ou non à chaque interrogation de son tuteur, elle demandait à chaque fois : « si je ne fais pas cette étape comme prévue, que se passera-t-il ? » Désiré était un peu déstabilisé. Il n’avait jamais pensé de cette manière. Il n’en voyait pas l’intérêt. Toutefois, il essaya de répondre à ses questions. Parfois c’était facile : une loi ou une contrainte extérieure obligeait à respecter ce qu’il avait demandé = la conséquence pouvait être une amende ou un rejet de la demande par exemple. D’autres fois, les contraintes étaient plus en termes de service et de rapport aux autres. C’était comme dans un restaurant où l’addition arriverait avant le dessert. Faire les choses dans un certain ordre était logique pour l’utilisateur final (même si le fait de payer n’était pas une gêne pour manger son dessert). Seulement, Désiré dut reconnaître qu’il existait des situations où les demandes de Tiana étaient pleines de bon sens. Le délai qu’il acceptait parfois était exagéré ou bien il y avait des manières plus simples de faire telle ou telle action.

Désiré mit deux fois plus de temps à expliquer à Tiana ce qu’elle devait faire. Il y gagna au final parce qu’elle fit la tâche plus rapidement qu’il ne l’aurait fait. Cela l’interpella : « comment a-t-elle pu faire mieux que les autres et même que moi ? » Il s’en ouvrit à cette dernière. Celle-ci lui dit simplement : « j’ai fait ce que j’avais envie de faire ». Désiré s’en étonna : « tu as fait ce que je t’ai demandé. Tu es donc la première personne à vouloir faire comme moi ! ».

« Non », lui répondit-elle, « tu m’as dit de faire ce que tu voulais que je fasse. Je n’ai pas compris grand-chose sur le moment de ce que tu m’as expliqué. Si je ne t’avais pas posé mes questions, je l’aurai fait mécaniquement et il y aurait eu de grandes choses que je mésinterprète une de tes exigences ou que je ne m’adapte pas à une situation inattendue. Par contre, grâce à tes réponses, j’ai pu faire le libre choix de ce que je voulais faire. Ce n’est pas toi qui m’as ordonné de faire comme ceci ou comme cela, mais moi qui ait choisi parce que j’estimais que c’était la meilleure solution ».

Désiré, qui était bon joueur, reconnut que lui aussi avait appris quelque chose : « si tu avais voulu m’imposer une autre méthode, je n’aurais pas compris. Par contre, tes questions m’ont fait progresser. Je sais maintenant pourquoi je n’ai pas réussi à déléguer des tâches auparavant : je veux que les autres soient mon reflet. Ils ont leur propre reflet».

samedi 21 février 2009

Vivons nous une crise de l'adolescence ?

("Interview capté sur les ondes de la radio P.Ro")
-Monsieur Petitpoucet, bonsoir, merci d'être venu parler à notre auditoire sur la notion de la résilience, autrement dit la capacité à rebondir lors d'une crise. .
- C'est un plaisir pour moi et pour mon agence de services d'information, l'AF.P. ou Agence du Finaud Petitpoucet. Notre devise : "Avancez avec Finesse et Prudence", d'où le sigle AFP.
- Votre histoire est célèbre dans le monde entier. pourtant, vous êtes entouré de féroces concurrents, comme Grimm ou Andersen. Alors, quelle est votre recette ? Comment vous adaptez-vous ? En agissant très vite ?
- C'est le contraire en fait. La première règle est la capacité à prendre du recul. Aujourd'hui, tout le monde veut aller vite, trop vite. Les gens pensent qu'en allant vite, sans réfléchir, ils feront mieux. FAUX ! Ils refont toujours ce qu'ils ont l'habitude de faire. Si vous voulez progresser, vous devez savoir vous arrêter pour trouver de nouvelles solutions.
- Un exemple ?
- Après les petits cailloux et l'usage de la mie de pain pour marquer son chemin, l'ai développé l'usage des fameuses bottes de sept lieues. En fait, elles existaient déjà. Toutefois leur inventeur, M. Ogre, ne s'en servait que pour des buts que je qualifierais de pas très nobles. J'ai eu l'idée, bien avant les inventeurs du télégraphe, de vendre très cher des informations qui étaient longues à avoir. Bref, je vendais du gain de temps et cela vaut toujours cher. La deuxième règle est donc de chercher de nouveaux usages ou modes de consommation, bref de s'adapter.
- Prendre du recul, innover…est-ce que cela suffit ?
- En soi, oui si vous êtes seul, mais dans la pratique, cela n'est pas suffisant. Je me suis souvent retrouvé dans les pires difficultés, perdu seul ou avec mes frères, en passe d'être mangé par l'Ogre ou que sais-je encore. Ce qui m'a permis de m'en sortir, c'est aussi le fait que mes frères m'aient autorisé à prendre des initiatives. Pensez donc, j'étais le plus petit : s'il m'avait fallu respecter le protocole et obtenir l'adhésion des ainés, nous serions morts depuis longtemps. La troisième règle est donc de favoriser l'initiative de chacun en lui octroyant du temps et/ ou des moyens.
- Voici donc les trois recettes miracles pour vous : prendre du recul, innover et prendre des initiatives. Monsieur Petitpoucet…
- Permettez-moi, s'il me reste quelques instants pour m'exprimer, de préciser qu'il y a une quatrième règle importante : celle d'accepter d'employer des gens farfelus et des originaux. Trop souvent, nous nous entourons de personnes qui nous ressemblent. Cela nous sécurise, nous conforte dans nos idées, mais nous n'allons guère plus loin. Le Roi m'a ainsi fait confiance, contre l'avis de sa Cour, lorsque je lui ai proposé mes services. Cela lui a bien servi.
- N'y a-t-il pas quelques dangers à employer des farfelus ?
- Il y a farfelu et farfelu. Moi, je regarde le parcours des personnes et les expériences vécues. Cela est un bon indicateur.
- Un dernier mot pour nos auditeurs ?
- Si votre activité va à l'encontre de vos principes, vous serez vite désillusionné, amer et démotivé. N'invoquez pas la pression de l'environnement ou les contraintes économiques. Vous ne réussirez pleinement qu'en étant en accord avec vos valeurs et en fédérant autour de vous votre entourage.
- Monsieur Petitpoucet, je vous remercie pour votre intervention. La semaine prochaine, nous accueillerons…

A la fin de cette émission de radio, mon fils m'a demandé si mon patron faisait tout cela : me permettre de prendre du recul, innover, me laisser une plage d'initiative, me faire confiance… J'ai du lui avouer que non. Alors, il m'a demandé si nous allions sortir de la crise. Je lui ai dit que oui et là il n'a pas compris. Moi non plus. Puis il m'a demandé si je l'autorisais à tout cela (initiative, autonomie...). Je n'ai pas répondu. Il m'a dit alores : "c'est cela la crise de l'adolescence ?". Quel ingrat !