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samedi 9 janvier 2010

La Libellule du train Nantes-Paris


Une petite libellule attirée par un grand insecte brillant inconnu entra par mégarde un jour dans un TGV. Le temps qu’elle réalise que le milieu ne lui convenait guère, les portes s’étaient déjà refermées et elle se trouva pris au piège. Après s’être heurtée vainement plusieurs à la porte, elle décida de chercher son chemin ailleurs.

Elle passa une porte à la suite d’un humain et se retrouva dans un long boyau où le monde était à l’envers. Dans son univers habituel, les humains sont debout, se déplacent et font toutes sortes de sons avec leurs bouches. Ici, ils étaient tous prostrés sur des sièges sans se parler. Ce qui l’étonna le plus dans ce silence, ce fut l’absence d’autres insectes ou autres animaux familiers : mouches, oiseaux…Elle voletait prudemment dans ce tuyau, évitant d’attirer l’attention des humains perdus dans leur pensée. Tout d’un coup elle sursauta à la suite de bruits dans son dos. Elle vit arriver vers elle un grand humain avec un drôle de chapeau et un sac. Il agitait frénétiquement une grande pince. Elle crut sa dernière heure arrivée quand elle réalisa que les humains le calmaient en lui donnant des bouts de feuille à pincer. Cela semblait réussir puisqu’il passa d’un bout de feuille à une autre sans même la voir.

Elle s’amusa à la suivre, passa diverses portes puis arriva dans un tuyau bizarre avec des odeurs de nourriture. Elle réalisa tout à coup qu’elle avait faim. Il n’y avait pas d’insectes à portée de main. Elle se demandait ce qu’elle allait bien pouvoir manger quand elle entendit des bruits bizarres autour d’elle. Elle vit des doigts pointer vers elle : de petits humains venaient de la repérer et cherchait à l’attraper. Heureusement le ciel était assez haut et elle pouvait voler rapidement. Malheureusement, les portes vitrées l’arrêtèrent et les grands humains se mirent de la partie. Ses belles couleurs la faisaient d’autant plus ressortir sur le ciel gris. Elle chercha à se cacher dans la cuisine, mais l’humain présent brandit un grand outil vers elle et elle dut continuer sa quête d’un coin tranquille derrière des gros sacs.

Le voyage dura ainsi des heures, des années, des siècles pour elle jusqu’à ce que le grand insecte brillant dans lequel elle était entrée s’arrête. Elle profita de la cohue pour sortir par un trou d’air et se retrouva dans un immense endroit sombre avec beaucoup de bruit. Elle monta vite dans le ciel pour se repérer et rechercher son étang, ses roseaux habituels et ses amis, mais ne vit que de gros insectes brillants comme celui dans lequel elle venait de circuler et des congénères inconnus.

Une mouche daigna la renseigner et lui dit qu’elle n’était de pas de la bande du coin et qu’elle était en danger si elle restait là. Affolée, elle remonta dans son grand insecte brillant, se cacha du mieux qu’elle put et attendit le départ.

Ayant conscience qu’elle vivait une grande aventure, elle nota tout ce qu’elle voyait pour le raconter à ses amies. Elle nota les humains qui dormaient ou lisaient, ceux qui se bécotaient, les rouspéteurs, le mouvement perpétuel des humains qui circulaient dans le tube et revenaient les bras chargés de victuaille, l’humain à la pince et le roulis du tuyau qui lui donnait le mal de mer. Elle classa ses idées et les organisa en une dizaine d’histoires pour les longues soirées sur les brins d’herbe. Le hasard voulut qu’elle se retrouve à son point de départ et put voleter vers amis.

La joie de les revoir au loin lui monta tellement à la tête qu’elle perdit ses instincts élémentaires de réflexe et ne vit pas l’oiseau fondre sur elle et l’avaler. C’est ainsi que périt une grande exploratrice.

lundi 4 janvier 2010

2010, l’année des petits pains au chocolat !

-Savez-vous interpréter les rêves ?
- Ceux des enfants, bien sûr, c’est ma spécialité. Ceux des adultes parfois. Allez-y, racontez-moi votre rêve
C’est en ces termes qu’Hercule Martin* interpelle le Père Noël. Ils sont assis chez Hercule devant un bon feu de cheminée. Depuis quelques années, le Père Noël a pris l’habitude de venir saluer son ami Hercule, une fois le rush du 25 décembre passé. Au fil des ans, une relation faite de connivence et de confiance s’est établie entre eux.
-J’ai fait cette nuit le rêve suivant : je suis dans une petite ville animée avec plein de commerces actifs. Je baguenaude tout à mon aise. C’est curieux : il fait jour, le ciel est bleu, mais les immeubles et pâtés de maison sont plus ou moins visibles. J’arrive devant un pâté de maison complètement opaque. J’ai beau essuyer mes lunettes, rien n’y fait. Je me renseigne auprès des badauds : ils ne semblent pas y prêter attention. Je vois pourtant des gens entrer et sortir de ce brouillard. Je suis l’un d’entre eux qui y entre et, surprise, je me retrouve dans un commerce éclairé par la lumière naturelle où les gens s’activent. De là, je vois bien l’extérieur, là où j’étais quelques minutes auparavant. Je m’enquiers discrètement si c’est un lieu secret. Mes interlocuteurs sont surpris et ne comprennent pas. Ils ont des échanges actifs avec les autres habitants et commerces de la ville et s’étonnent qu’ils soient invisibles. A la réflexion, ils disent que leur activité a un peu baissé depuis que la ville a connu de grandes transformations. Peut-être que les nouveaux habitants ou étrangers comme moi ne les connaissent pas ou plus. Je ressors facilement dans la rue, me retourne et à nouveau, je ne les vois plus. J’interroge les passants : certains les voient, d’autres non. Je leur crie : « regardez, regardez », tout le mode rit et me prend pour un fou, cela m énerve et…je me réveille.
- « Hum, hum » dit le Père Noël. « Quelle est votre interprétation ? »
- Je ne sais pas. On dirait que les gens sont frappés par un charme.
- Dites-moi, Hercule, vous m’avez bien dit que la ville a connu quelques transformations et qu’il y avait de nouveaux habitants ?
-Oui, effectivement.
- « Il était myope, voilà tout, il vivait dans un monde flou où les nuages volaient bas ». Avez-vous déjà entendu cette phrase ?
- Euh, non ! Nietzsche ? Confucius ? Pascal… ?
- « Joe Dassin » lui dit le Père Noël en riant aux éclats. « C’est extrait de la chanson : le petit pain au chocolat » et il lui sifflote quelques mesures.
- « Ah oui », dit Hercule, un peu penaud. «Quel est le rapport ? »
- Vous essayez de voir avec vos lunettes du passé et cela ne fonctionne pas. Vous voyez ce que vous connaissez, mais vous ne voyez pas ce qui est nouveau, différent ou ne vous convient pas : alors, vous préférez ne pas le voir, tout comme les autres habitants de cette ville.
Il y a quelque temps, mes lutins et rennes m’ont accueilli avec cette chanson et ils m’ont offert de nouvelles paires de lunettes. Je n’en voyais pas sur le moment l’utilité, mais quand je les ai chaussées, j’ai compris.
- ???
- Mes lunettes précédentes me permettaient de voir loin, mais j’ai réalisé que ma vue de près était brouillée et que je ne voyais pas ce qui avait changé autour de moi. J’ai compris qu’il ne suffit plus de comprendre et de décider, mais qu’il fallait aussi partager.
-Je me vois mal passer mon temps à discuter avec tout un chacun ! On va me prendre pour un orgueilleux ou quelqu’un qui doute.
- Hercule, cela n’intéresse personne ce que vous faites. Ce que vos interlocuteurs veulent, ce sont des passerelles d’échanges : que pouvez-vous leur apporter en réponse à leurs besoins ? Qu’attendent-ils de vous ?
-Vous voulez donc dire que dans mon rêve, il ne suffisait pas dire aux habitants ce qu’il y avait à voir, mais qu’il fallait aussi leur donner envie de le voir : ils verront les commerces qui les entourent s’ils y trouvent un intérêt.
- Tout à fait. En 2010, plus que jamais, nous devons aller vers les autres et faire savoir en quoi nous pouvons mieux collaborer au lieu d’imaginer qu’ils nous connaissent ou d’attendre qu’ils nous le demandent.
-J’ai tout compris ! Avec de nouvelles lunettes, nous nous verrons mieux les uns les autres et nous partagerons les petits pains au chocolat ! Alors bon appétit et bonne année 2010 !


* Retrouvez l’historique des histoires d’Hercule Martin sur http://www.herculemartinmanager.com/index.php/2009/01/04/235-soyez-bons-et-l-annee-sera-bonne

dimanche 5 juillet 2009

La porte


Petit Emile se tient devant la porte. Pourquoi ne l’ouvrent-ils pas ? se demande-t-il. Pourquoi ont-ils enfermé des gens et des voitures derrière ? Parce qu’il y a des voitures derrière, il les entend. Et des gens aussi. Il les entend parler. Et même un facteur, il voit le courrier tomber dans la boite à lettres. Alors pourquoi ?

Il va en parler à son grand-père. « Rien » lui répond-t-il « ou alors je ne m’en rappelle plus. Tu sais, dans la vie, tu en verras des portes. J’ai vu la porte de la ferme, puis celle de la caserne, après celle de l’usine et d’autres portes encore. Ce sont toujours des portes. »

Petit Emile n’est pas convaincu. Ici, moi, je suis libre, se dit-il en regardant derrière lui le potager, le jardin, la rivière… Pourquoi cacher tout cela à ceux qui sont derrière ? Bien sûr, Petit Emile sort souvent de sa cour. Il voit la porte de la voiture, la porte de l’école, la porte de l’épicerie : ce sont des portes qui s’ouvrent, mais pas celle-là ! Pourquoi ?

Il va en parler à son père. Celui-ci s’arrête dans sa tâche, s’essuie le front, s’assoit et réfléchit longuement avant de parler : «J’ai vu la porte de la maison, de l’église, de la maison de ta mère, des bureaux. Les portes s’ouvrent sur de nouvelles voies. Celle-là s’ouvrira quand ce sera le moment. »

Petit Emile ne sait justement quand ce sera le moment. Il interpelle sa mère à ce sujet. Celle-ci hausse les épaules : « Un jour, cette porte s’ouvrira. Patiente ! »

Petit Emile court dans le jardin, dans les champs, le long de la rivière, mais il n’est pas heureux. Cette porte l’obsède. En fait, il a tout pour être heureux, mais il sait qu’il ne le sera vraiment que quand il saura ce qu’il y a derrière cette porte.

Petit Emile attendra longtemps (pour son âge) que cette porte s’ouvre. Ce sera pour aller à l’école. Là aussi, très vite, il trouvera une porte mystérieuse et il se demandera ce qu’il y a derrière cette porte.

Petit Emile passera ainsi sa vie à attendre qu’une porte s’ouvre. A chaque fois qu’elle s’ouvrira, elle le conduira vers une nouvelle porte et l’attente recommencera. Comment peut-on se centrer sur une porte et ne pas saisir la réalité autour de soi ?

samedi 20 juin 2009

L’architecte bâtisseur


Il était un roi qui régnait sur une belle contrée. Il gouvernait sagement et cherchait le bonheur de ses sujets. Il faisait bâtir pour son usage et celui de ses sujets divers bâtiments par son architecte principal, un homme de grande expérience et respecté.

Celui-ci vint le voir pour lui qu'il souhaitait arrêter sa charge d'architecte royal. Il sentait que sa santé déclinait et il n'avait plus la force et le courage de courir d'un bout à l'autre du royaume pour gérer les chantiers. Il lui précisa qu'il avait formé de nombreux jeunes architectes qui sauraient prendre la relève et répondre aux désirs de sa Majesté.

Le roi s'en désola, lui dit qu'il le regretterait et lui demanda un dernier service : construire une dernière résidence pour lui. L'architecte refusa, lui proposant des remplaçants pour cette tâche, puis devant l'insistance du roi, finit par accepter.

L'architecte y mit au début tout son cœur, mais petit à petit, s'en désintéressa, le cœur n'y étant plu. Les entrepreneurs et les ouvriers en profitèrent pour tricher sur la qualité des matériaux et bâcler les finitions. L'architecte, peu présent, n'y vit que du feu.

Les travaux terminés, le roi vint inaugurer le nouveau petit palais. Il parcourut rapidement le bâtiment, s'extasia devant la qualité apparente et prit à part son architecte pour lui dire : "Ce palais est …pour toi ! C'est mon cadeau pour te témoigner ma reconnaissance".

L'architecte remercia le roi et dut vivre dans son palais. Très vite, les imperfections lui sautèrent aux yeux et il s'en désola. Quand il rencontrait le roi ou un de ses principaux ministres, il ne pouvait rien en dire. Il était maintenant condamné à vivre dans le bâtiment qu'il avait lui-même laissé construire.

Il en est de même de notre existence. Nous la construisons progressivement au fil du temps, profitant parfois d'opportunités qui nous détournent de notre chemin, prenant des raccourcis, reportant au lendemain des décisions de fond… Un beau jour, nous réalisons que nous avons à vivre avec ce que nous avons bâti et que nous ne pouvons aller en arrière. Bien sûr, nous pouvons modifier son cours, mais au prix de quels efforts…

Alors, chaque jour, lorsque vous devez décider et agir, imaginez que ce que vous faites vous engage : une pierre pourrie dans une construction suffit pour amoindrir celle-ci.

dimanche 14 juin 2009

La quête du sens


Dans la bonne ville de V… sur M… au sein d'une grande agglomération, vous pouvez voir sur belle pelouse face à la mairie, un embranchement ferroviaire. Pas de liaison, pas de gare, pas de train, pas de projet prévu, non un simple croisement ferroviaire au milieu d'un espace vert. Cela a-t-il du sens ? Laissez-moi vous conter son histoire.

Il était une fois un Maire qui voulait se faire réélire. Il se tourna vers un de ses conseillers municipaux et lui dit : "la mode est à l'écologie. Il faut réduire la circulation automobile. Pour cela, nous allons construire un petit train qui desservira la ville depuis la gare (parce qu'il existait un vrai train qui reliait la ville aux autres communes). Je te charge de réaliser le premier tronçon. Pour moi, créer un petit train pour protéger ma ville, cela a du sens. " Le conseiller était fou de joie. Pour lui, cela avait un autre sens : il allait réaliser l'œuvre de sa vie, réaliser un vrai train.

Il en parla à sa femme, sa famille, ses amis, ses voisins….L'histoire arriva aux oreilles d'une vieille femme qui lui dit : "Mon pauvre, ton projet n'a pas de sens, tu vas passer sept épreuves, mais ce sera un lieu de repos pour ton grand âge." Notre conseiller la prit pour une folle et ne l'écouta pas.

Pourtant, les épreuves arrivèrent sans tarder. La première fut celle de la délibération du conseil municipal. Aux cris de "liberté pour les vélos", l'opposition mena campagne contre le petit train. Pour celle-ci, faire un réseau de chemin de fer n'avait pas de sens, à une époque où tout le monde a un vélo. L'épreuve suivante fut liée à l'hostilité des riverains. Conduits par M. Bobo, un écologiste libéral ouvert aux nouvelles idées tant que cela ne le dérangeait pas dans son quotidien, les riverains manifestèrent contre le manque de sens de perdre de la place de stationnement avec les travaux occasionnés par le futur réseau. Il fallut négocier, faire des compromis et surtout s'éloigner du domicile de M. Bobo, qui était pour le progrès, mais pas devant chez lui. Notre conseiller municipal crut que le projet allait mourir quand les agents du (vrai) chemin de fer se mirent en grève en parlant de la fin du sens du service public. Il réussit à les calmer en leur offrant la gratuité sur le futur réseau à eux et à leur famille. De compromis en compromis, son projet était déjà bien écorné.

Pourtant, notre conseiller gardait la foi. "Il vaut mieux commencer petit. Plus tard, ils comprendront." D'autres épreuves l'attendaient : la rébellion des commerçants de la gare qui disaient du projet qu'il n'avait pas de sens et qu'il allait les asphyxier, la colère des chauffeurs de taxi qui bloquèrent les rues parce qu'ils donnaient à ce projet le sens qu'ils allaient perdre leur gagne-pain et la trahison du Maire. Lorsqu'il fut l'heure de recevoir le matériel, notre conseiller ne reçut en tout et pour tout que cet embranchement. "Comprends-moi" dit le Maire, il faut faire rêver sans faire de désordre avant les élections. Donner du sens, c'est cela qui est important. Dès les élections finies, tu auras le reste." Le reste ne vint jamais parce que le Maire fut battu aux élections.

Il ne restait plus qu'une épreuve à subir pour notre pauvre ex-conseiller : se battre contre le responsable des espaces verts pour trouver un lieu pour son aiguillage qui ait du sens pour les élus, les riverains, les commerçants, les cheminots, les écologistes de tous poils….et le chef jardinier.

Et c'est ainsi que cet aiguillage est posé là. Face à lui, un banc permet à notre conseiller retraité de venir régulièrement méditer sur le sens du progrès, du chemin de fer, de l'écologie…et de la politique.

La petite vieille avait eu raison. Le réseau n'existait pas, mais cela avait du sens pour ses vieux jours.

vendredi 8 mai 2009

Le faisceau de Krampus

Je m'appelle Krampus. Personne ne m'a vu, mais tout le monde me connaît. C'est cela ma force. Chacun m'imagine, me décrit, me dessine, mais personne ne peut dire si c'est la vérité ou on. Peut-être suis-je pire que ce que vous imaginez, peut-être est-ce seulement votre rêve. Vous ne me voyez pas et vous ne me verrez peut-être jamais. Il vaut mieux cela pour mon image. Un jour, j'ai vu un film : "le Magicien d'Oz" avec Judith Garland. Tant que personne ne l'avait vu (le magicien), tout le monde tremblait devant lui. Après…

De toute façon, je ne fais pas rêver ceux qui ont entendu parler de moi, je les fais cauchemarder. Pour tous, je suis bien là, bien présent et tout le monde parle de moi. Mon symbole est le faisceau de brindilles. Les enfants, dès qu'ils voient cet objet, tremblent et pensent que je ne suis pas loin. C'est cela mon pouvoir : "on" montre mon symbole et cela suffit. L'avantage d'avoir un tel symbole, c'est qu'il est partout, vous en avez sûrement un chez vous et vous pouvez lui donner la forme que vous voulez. J'existe par lui. On m'imagine quelque part dans l'ombre, vous surveillant, vous épiant et guettant le moment propice.

Les enfants sont plus ou moins terrifiés quand ils le voient. Le paradoxe, c'est qu'ils m'adoreront quand ils seront grands. Ils me verront alors comme leur plus fidèle soutien, leur appui dans les moments difficiles… de l'éducation de leurs enfants. Comme le dieu latin Janus avec son double visage (un de chaque côté de la porte d'entrée de la maison), je serai toujours à la fois votre ennemi et votre ami.

Bon, il faut que je m'en aille, j'ai du travail. On m'appelle pour fouetter de vilains garnements. Où est-ce que j'habite ? Partout ! Et plus précisément ? En Autriche ! Ici en France, comme vous avez du mal à prononcer mon nom, mon surnom est le Père Fouettard.

dimanche 8 mars 2009

Le mystère du tram


"Mesdames, messieurs, nous vous remercions d'avoir accepté de venir ici discrètement de nuit sur les lieux d'un grand mystère. En tant qu'adjoint au Maire, c'est un honneur pour notre ville d'accueillir aussi bien le commissaire Maigret de la police judiciaire française, qu'Hercule Poirot de la police Belge, l'inspecteur Derrick de la police allemande et Sherlock Holmes, détective indépendant. Vous avez bien voulu prêter votre concours à la résolution de cette énigme. voici en quelques ce que nous savons. Là même où vous vous trouvez, les rails se croisent, disparaissent et le tramway avec. Pourquoi ? Comment ? Où sont passés les passagers ? Mystère ! Nous n'en avons plus de nouvelles depuis deux jours. Pour l'heure, nous avons demandé aux médias d'étouffer l'affaire. Nous ne pourrons pas garder le silence indéfiniment. Nous sommes prêts à répondre à vos questions."

Les policiers se regardèrent quelques instants. Ce fut Sherlock Holmes qui prit la parole le premier : "un bref regard sur vos rails me fait penser que c'est un modèle ATX 345, qu'il a été construit en 1998, qu'il transportait 26 passagers au moment de sa disparition et que son traminot portait une chemise verte et un caleçon à fleurs."

Hercule Poirot qui ne tenait pas en place renchérit aussitôt : "J'ai été confronté à Bruxelles, il y a une quarantaine d'années, à une histoire similaire. En fait, il s'agissait d'un tram à impériale fabriqué en Flandre. or les rails wallonnes ne le supportaient pas."

Le commissaire Maigret opina de la tête : "dans ce cas, il faut chercher la femme."
Derrick qui s'était mis à quatre pattes pour examiner de près le sol l'appuya : "je pense qu'elle est blonde" dit-il en exhibant au bout de sa pince un cheveu.
"Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois" demanda brusquement Maigret à l'édile. "Avant hier soir à 18h32. Je m'en souviens. Elle est sortie à l'heure de mon émission préférée à la télévision. Mais… attendez ! Pourquoi moi ? Je suis innocent !" dit fébrilement l'adjoint au Maire.
Sherlock Holmes continua sans prêter attention aux paroles de l'élu. : Bravo, mon cher Maigret, le tramway doit être maintenant à Rochester (USA), ville jumelle de celle-ci où un tramway passera plus inaperçu qu'à Bandiagara."
Poirot sourit : "L'affaire est close" dit-il. "En 1934, chez Miss Douglas, dans le Surrey, j'ai vu un cas semblable. Votre femme est partie avec le traminot. Ils ont utilisé les liens privilégiés de la ville avec des cités dans le monde pour partir loin d'ici."

L'édile, tout pâle, bredouilla : "Ce n'est pas vrai, elle avait un amant, mais il était responsable du métro."
Derrick regarda fixement le suspect : "Le métro n'est-il pas en panne ? A quelle heure cet arrêt a-t-il commencé," L'édile devint tout rouge : "A 19h30, avant-hier…à la même heure où le tram et ma femme ont disparu".
Maigret regarda autour de lui : "Il règne une drôle d'atmosphère ici. Quelle est le montant de subvention que verse la ville pour le tram ?".
l'édile reprit : "Une coquette somme".
Derrick déclara négligemment : "Je me suis laissé dire qu'il y avait eu une grève des traminots ces derniers jours et que certains d'entre eux avaient touché des enveloppes pour reprendre plus vite le travail."
Le maire adjoint dit d'une petite voix : "je ne suis pas au courant"

Sherlock Holmes regarda Maigret d'un air entendu : "La pipe, n'est-ce pas ?". "Eh oui", reprit Maigret, "nous autres fumeurs de pipe, sentons les choses et attirons à nous les confidences".
Poirot s'en étonna; Maigret reprit : la femme du buraliste chez qui j'ai été acheté mon tabac parlait avec le gendre de la nièce d'un traminot…"
L'édile s'étrangla : "et les autres passagers, où sont-ils ? Pourquoi n'entend-t-on personne en parler ?"
"Appelez la mairie de Rochester : ils vous confirmeront que des traminots avec leurs épouses ou maitresses font la fête depuis deux jours." dit tranquillement Hercule Poirot.
"De toutes façons, ils seront là à temps pour la reprise du service demain matin" dit négligemment Sherlock Holmes.
"C'est peut-être vous-même qui les avez incité à partir. Vous nous avez invité pour donner le change" continua Derrick "Nous allons devoir prendre votre déposition…"

Sur ces mots, le maire-adjoint se réveilla en transe. Sa chambre était dans le noir. Sa femme dormait paisiblement. Il rangea les livres policiers qui étaient par terre et partit prendre son café dans la cuisine. "Plus de café le soir, cela me fait faire des cauchemars.". Il ouvrit la radio et entendit "Un accident bizarre de tramway hier soir…"

vendredi 30 janvier 2009

Je deviens un artiste complet


Tout petit, je me collais très fort contre les vitres pour regarder dehors. Ma mère me prévenait sans cesse : "tu vas avoir un visage tout plat". Comme tous les enfants, j'en riais et par jeu, je posais encore plus souvent mon visage sur les carreaux. Un jour, un de mes oncles a pris mon nez avec deux doigts, l'a mis dans sa poche et a oublié de me le remettre. Quand je m'en suis aperçu, c'était trop tard : il l'avait perdu. Mon visage est devenu encore plus plat. Quand je m'en suis rendu, j'ai pleuré, tempêté, hurlé, mais rien n'y faisait. Mes parents m'ont trainé chez les plus grands médecins, ceux que l'on appelle "monsieur le Professeur" en baissant la tête. Ils m'ont ausculté, pris beaucoup d'argent à mes parents (il parait que plus ils sont chers, meilleurs ils sont) pour leur dire : "votre enfant est en bonne santé. C'est l'essentiel. Le reste relève de la chirurgie esthétique".

J'ai quitté l'école très jeune, parce que mes copains se moquaient trop de moi. J'étudiais par correspondance. De temps en temps je sortais emmitoufler. J'étais seul, sans amis. J'ai néanmoins fait de bonnes études en informatique et en graphisme. Puis j'ai cherché du travail. Moi qui aimais le monde et la foule, je ne pouvais entrer en contact avec les gens. Je trouvai alors du travail comme infographiste pour une société US (comme cela je n'avais pas besoin d'aller les voir). J'inventai même un personnage qui me ressemble. Ce fut un grand succès jusqu'au jour qu'un gars du show business avait monté un spectacle avec mon personnage. Je lui intentai un procès. Il vint me voir pour faire une transaction honnête : je suis la vedette de son spectacle et je gagnerai dix fois plus que par un procès. La somme était fabuleuse, le spectacle bien ficelé, une tournée internationale était prête. Je quittais sans regret mon ordinateur pour apprendre le chant, la danse…

A quelques jours du premier spectacle, deux policiers en imperméable mastic vinrent me chercher et m'emmenèrent aux Services Secrets : mon impresario avait été arrêté pour fraude fiscale et jeté en prison les policiers me proposèrent de fermer les yeux sur l'argent gagné en échange de quoi je travaillerai pour eux. Je ne pus qu'accepter. En ait, j'ai appris plus tard qu'ils avaient monté une machination pour me prendre chez eux. Me voici agent secret. Grâce à mon profil, je pouvais me cacher comme statue ou objet de décoration dans les lieux les plus variés. Je surveillais et écoutais des gens peu fréquentables et d'autres trop célèbres au goût de mes commanditaires. Ce fut une période agréable où je rencontrais plein de monde. Cela dura quelques années, puis je fus démasqué par espion ennemi déguisé en bébé domestique (vous savez, ceux avec une tête de bébé et un corps de chien.

Grillé sur ce terrain, je me reconvertissais dans l'écriture de romans policiers. Mes livres furent très vite des best seller (il faut dire que j'avais de la matière avec ce que j'avais vécu). Spielberg m'acheta même les droits de l'un d'entre eux. Toutefois, au bout de quelques livres, je pris en grippe ce travail qui m'obligeait à rester calfeutré dans mon appartement et devant mo ordinateur. Que faire ? Le hasard me servit : mon ancien imprésario, sorti depuis de prison m'offrit une statuette me représentant. Elle avait été faite à l'époque pour les besoins de la promotion du spectacle. Ce fut une révélation.

Je me mis en tête de devenir sculpteur. Comment apprendre ? Quel style adopter ? Je devins modèle pour différents artistes, une manière de comprendre ce milieu et de trouver mon propre style. Dans ce milieu, il y en a des bons et des mauvais, des honnêtes et des malhonnêtes, des vrais artistes et des charlatans. Finalement, la chance me sourit et je tombai sur une sculptrice qui me convenait. Surprise : c'était elle qui autrefois, avait conçu les bébés domestiques, ceux qui récupérés par des services secrets ennemis m'avaient démasqué. Elle n'y était pour rien (selon mes amis des bons services secrets qui n'y ont peut-être vu que du feu). Depuis, je travaille dans son atelier situé dans une petite rue discrète de Paname. Nous préparons ensemble une grande exposition. où ? Quand ? Sur quoi ? Mystère ! Vous en saurez bientôt plus. Alors patience ! Et après ? J'aimerai bien continuer, mais je pressens déjà que le tourbillon de la vie va me reprendre.
Pour faire quoi ? J'ai été infographiste, comédien, espion, écrivain, sculpteur… Qu'importe, je suis un artiste (presque) complet maintenant.

lundi 1 décembre 2008

Le grand chaperon rouge

Nul ne sait qui fut le plus surpris : le grand chaperon rouge ou le loup accompagné de son gardien lorsqu'ils se revirent bien des années plus tard. Depuis l'histoire du petit chaperon rouge et du grand méchant loup (vous en avez sûrement vu les images à la télévision à cette époque), il s'est écoulé de nombreuses années. Le petit chaperon rouge avait grandi et était devenue une superbe jeune fille, le grand chaperon rouge. Quant au loup, il était détenue dans un zoo de la région. Mais jamais, au grand jamais, le chaperon rouge avait eu envie de le revoir.

Et les voilà tous deux aujourd'hui qui se rencontre dans la salle d'attente des Perrault & Andersen, psychiatres, anciens chefs de clinique du même hôpital, celui de Grimm.

Malgré les années passées, ils se reconnurent au premier coup d'œil. Le loup avait vieilli, bien sûr, mais son œil et ses dents étaient toujours aussi vifs. Le petit chaperon rouge avait grandi de 30 centimètres, mais ils se revoyaient tous deux comme la dernière fois.

Ce fut le loup qui parla le premier. Le gardien du zoo qui l'accompagnait voulut le faire taire, mais le grand chaperon rouge, d'un petit geste, l'invita à parler.

- "Me voici maintenant devenu vieux; à l'heure de la fin, je voudrai trouver la sérénité en comprenant pourquoi j'ai voulu vous croquer, vous et votre grand-mère. Ce drame est arrivé il y a de nombreuses années, me tourmente toujours. Je suis content que vous alliez bien. Je me faisais du souci à ce sujet. Depuis, je cherche à comprendre pourquoi, au lieu e me contenter des animaux habituels, je me suis attaqué à vous, un enfant alors. Certains disent que c'est la nature. Cela ne me suffit pas. Pour moi et mes congénères, l'enfant est sacré, innocent et naïf. Ce n'est pas un acte de courage que de s'y attaquer. Notre code d'honneur ne nous en donne l'autorisation qu'en période de grande disette. En récompense de mon attitude au zoo, le directeur m'a permis d'avoir des séances chez un psychiatre renommé pour y voir plus clair. Et vous-même, pourquoi êtes-vous là ? "(vous observez que le loup vouvoyait le grand chaperon rouge.)

- "Je repense tout le temps à ce qui est arrivé." Répondit le grand chaperon rouge. " Je vais bientôt me marier et je ne veux pas transmettre mes peurs à mes enfants. Aussi, et c'est aussi ma première séance, je veux comprendre pourquoi cette méchanceté des animaux et de vous en particulier."

- "Ecoutez-moi, gardez ce qui fait votre fraîcheur et votre ouverture, c'est-à-dire votre innocence et votre candeur. Ne sous-estimez pas les conseils d'un vieux loup repenti. Prenez garde aux adultes humains. Beaucoup sont bons et quelques-uns sont très méchants. Nombre d'entre eux sont bons et méchants à la fois. Nous les animaux, nous agissons par instinct. Eux, ils se vengent souvent sur vous des malheurs de leur vie, voire de leur enfance. Ils profitent de votre ingénuité pour déverser leur agressivité sur vous. J'ai peut-être un regard noir, mais je sais ce dont je parle.

Je m'appelle "le loup". Aussi loin que je puisse remonter, je n'ai pas d'autres noms. Je viens ici pour sortir cette hargne, cette agressivité contre les autres. Il y a des millénaires que vos semblables disent que tout est de ma faute, que je suis la mal incarné. Et pourtant, j'aime les enfants. Mais à force de me faire chasser, de recevoir des pierres, des flèches ou des coups de fusil, je suis devenu méchant. Si j'ai mangé votre grand-mère et vous ai attaqué, c'est pour me venger de ce que vous avez fait de moi.

- "Ce que dites me touche beaucoup. Depuis cette période, j'ai beaucoup observé les gens autour de moi. Je regarde mes camarades, les autres enfants et les adultes qui vivent autour de nous. Je me pose la question : le vrai coupable es-ce bien vous ? Nous autres êtres humains sommes nous tous bons ? La violence des adultes est parfois pire que celle des loups. Vous, vous ne savez que mordre et croquer. Mais l'adulte humain ? Avec la voix, le ton, le verbe, il fait parfois beaucoup plus de mal. Les mots ne sont que des mots, mais ils vous touchent, ils vous blessent, ils entrent profondément en vous. C'est parfois très agréables à entendre. D'autres fois, c'est sacrément douloureux.

Vos morsures, les docteurs peuvent les soigner, les faire se cicatriser et les faire disparaître. Les coups de pattes de vos frères ou les coups de bâtons des adultes vous pouvez les esquiver. Les mots, eux, ils entrent en vous. Vous pensez les avoir oubliés, mais 10 ans, 20 ans, 30 ans plus tard ils sont toujours là. Ils agissent sournoisement au moment où vous y attendez le moins."

- "Ca c'est bien vrai" reprit le gardien du zoo qui écoutait attentivement la discussion."Je trouve que les animaux sont bien plus clair que nous autres adultes. Quand je vois comment les hommes tancent leurs enfants dans le zoo, je trouve que la violence des adultes est cruelle. L'oursonne, elle, demande simplement à manger et à dormir. Elle s'occupe de sa progéniture et ne les bat que s'ils désobéissent aux règles ancestrales. Les parents qui visitent le zoo continuent souvent leurs disputes familiales au sein du zoo et ce sont leurs enfants qui en pâtissent."

- "Comment faites-vous chez vous les loups pour éviter cette violence sous toutes ces formes ?" continua le grand chaperon rouge.

- "Nos parents nous enseignent la vie en communauté, la solidarité et surtout, surtout d'en parler. Ils nous apprennent à reconnaître les phases d'alarme et d'escalade quand l'émotion nous submerge et peut nous conduire à des gestes irraisonnées. C'est grâce à cela que nous autres, animaux, nous nous battons parfois pour savoir qui sera le chef, mais nous ne nous entretuons pas."

- "Nos parents nous enseignent" reprit le chaperon rouge"de nous taire et de respecter le adultes. Ils ont toujours raison, disent mes parents. Du coup, lorsque je me sens insultée ou méprisée, j'évite d'en parler, je veux même l'oublier et je culpabilise. Est-ce sain ? Est-ce comme cela que je veux élever mes enfants? Dois-je leur apprendre à exprimer par des mots cela ? C'est cela que je viens savoir. Je ne connais pas le docteur Perrault mais j'en ai eu de bons échos; Il paraît que c'est une femme. Elle saura me comprendre. Et vous, qui venez-vous voir ?"

- "Je viens voir aussi le docteur Perrault. L'ours qui vit près de moi au zoo s'est fait soigner par elle. C'est effectivement une femme. L'ours avait des complexes d'aimer trop le miel. Maintenant, il est plus à l'aise avec sa gourmandise."

A ce moment, la porte s'ouvrit, le docteur entra et avant d'avoir pu inviter la patiente suivante à entrer, le grand chaperon rouge se leva et cria "Oh grand-mère !!!".