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samedi 24 avril 2010

Tout est possible, homme blanc



J’ai vécu plusieurs vies, alors je sais de quoi je parle. J’ai été un dieu, j’ai été jeté aux ordures, j’ai été enseveli, j’ai été brulé, j’ai disparu, je suis réapparu, j’ai visité le monde, je me suis posé, alors, lorsque je vous entends, hommes et femmes blancs que tout est fini, je rigole.

Je viens de loin : qui aurait imaginé un jour que je ferai le tour du monde ? J’étais une statuette sacré : qui penserait que je serai un objet d’art ? J’ai été arraché à mon lieu de création par des ennemis de mes adorateurs ? Qui aurait pensé que des hommes venus du bout du monde aurait creusé le sol pour me retrouver ?

Il y a quelques jours, j’ai entendu une discussion entre deux gardiens de mon musée, des jeunes. Que disaient-ils ? « Nous avons fait de longues études, nous n’avons pas trouvé de travail, ici on s’ennuie, quelle vie, oui mais il y a les RTT, les horaires, oui, mais ce n’est pas la vraie vie, je rêverais d’être conférencier, pourquoi tu ne le fais pas, il faut passer des examens, à mon âge, oui tu peux, non, j’ai trop de choses à faire, le soir je suis fatigué, je veux vivre, … »

Tout est possible, hommes blancs, encore faut-il le vouloir. Moi, je ne suis qu’une statue pour les uns, un dieu pour les autres, un bout de bois pour un troisième et pourtant je suis là. Je suis sans liberté et je ne dépends que de votre bon vouloir. Mais, vous hommes blancs, vous êtes libres de faire ce que voulez et quand je vous entends, j’ai l’impression que vous êtes plus enfermés, plus enchaînés que moi. Vous créez vos propres chaînes, vos propres contraintes. Vous les aimez peut-être ces entraves à votre liberté.

On racontait dans mon village d’origine l’histoire suivante : un pauvre vivait dans une petite maison avec ses femmes et ses enfants. Il alla voir le sorcier pour l’aider à trouver une solution à la promiscuité qui y régnait. Le sorcier lui demanda s’il avait des poules. L’homme acquiesça. Alors le sorcier lui dit de les faire entrer dans la maison. Puis, quelques jours plus tard, devant ses plaintes, il lui prescrivit d’y faire entrer les cochons. Lorsque l’homme fut au bord du suicide (ou du crime), le sorcier l’invita à faire sortir poules et cochons. L’homme ravi vint le remercier : « enfin, il y a de la place ».
Alors, hommes blancs, prenez ma place quelques jours, quelques semaines, quelques mois…et vous aussi à votre retour à votre place, vous louerez la liberté retrouvée. Tout est possible, hommes blancs !

samedi 17 avril 2010

Pétition pour la retraite après 400 ans d’activité


Mesdames, mesdemoiselles, messieurs,

J’ai l’honneur de requérir votre signature au bas de cette missive. Nous souhaitons obtenir, dans votre intérêt (et le nôtre) la possibilité pour chacun de prendre sa retraite à taux plein après 400 ans de bons et loyaux services.

En effet, cela fait près de 380 ans que nous œuvrons ici. Alors qu’il ne nous reste plus que quelques années pour pouvoir prendre une retraite bien méritée, le responsable de notre établissement vient de nous annoncer que les caisses de la société de retraite étaient vides et que nous devrions attendre une centaine d’années de plus avant de pouvoir nous retirer.

Comprenez bien notre position : nous travaillons à l’accueil de cet établissement. Situées à l’extérieur du bâtiment, nous affrontons le gel, la canicule, la pluie, la poussière, la pollution automobile… sans jamais perdre notre bonne humeur et notre sourire.

Progressivement, au fil des siècles, nous sommes montés en compétences : nous avons du nous mettre, après M. Napoléon, à l’anglais et au russe, puis à intervalles réguliers à l’allemand (1815, 1870, 1940) et, plus récemment, au japonais. Nous ne sommes pas contre l’ouverture culturelle (nous apprenons le mandarin en ce moment), mais nous n’avons plus 120 ans, l’âge de la prime jeunesse, et cela devient plus difficile. Je ne parle même pas de mes collègues qui apprennent en ce moment l’arabe pour partir à Abu Dhabi.

Nous demandons également des points de retraite supplémentaire pour faits de guerre. Nous avons vécu des occupations (1815), des bombardements (1914), des incendies criminels (1870), … et, pourtant, nous sommes restées fidèles et stoïques à notre poste.

Un récent rapport des Nations Unies a conclu qu’il était plus risqué d’être une femme qu’un soldat en période de guerre. Nos responsables devraient le lire, eux qui disent que nous avons été durant ces périodes au repos et qui refusent de valider ces années-là. Bien sûr, nous n’avons pas porté de casques lourds ou de fusils, mais qui faisait la tambouille pendant ce temps ?

Regardez ma collègue : elle s’est carrément fossilisée. Voyez nos moyens de travail : nos livres : ils se sont durcis. Nous avons demandés des ordinateurs, des I-Pad, des moyens modernes, mais notre Direction reste sourde à nos propos.

Nous avons également demandé à intervalles réguliers de pouvoir prendre une retraite progressive, en alternant avec des plages au chaud dans le bâtiment et de l’accueil du public à l’extérieur. Il n’y a que les planqués et les chouchous des conservateurs qui y ont le droit.

La circulation automobile augmente la pollution et nous commençons à souffrir de maladies de peau. Ce ne sont pas les traitements au karcher tous les 20 ans qui y changeront quelque chose. Quant aux pommades dont on nous badigeonne à cette occasion, elles nous donnent mal à la tête.

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, c’est pour vous que nous nous battons, pour la gloire de la culture française. Venez à notre aide.

samedi 10 avril 2010

Je suis un travailleur immigré

Ne dites pas à ma mère que je suis employé chez Mc Do, elle me croit guide au Louvre. Il faut dire qu’en Egypte, le Louvre a une belle réputation, alors que Mc Do. Je suis parti pour voyager et peut-être être embauché au Louvre. Je me voyais déjà dans une belle salle et des millions de visiteurs qui viennent m’admirer, échanger avec moi et me photographier.

Je suis arrivé à Roissy et les ennuis ont commencé : « Vos papiers ? Egyptien ? Prouvez-le ? Antiquité ? Faut voir ! ». En Egypte, les antiquités cela n’intéressent pas grand monde. Le temps consacré à l’avant Islam est à peu près du même ordre que celui vous consacrez aux Celtes (les pré-Gaulois). Dans mon pays, je suis une antiquité sans intérêt et ici…

Finalement, je suis arrivé au Louvre : on m’a proposé un poste dans les réserves (« plus de place dans les salles »). J’ai accepté en me disant que c’était temporaire, que les collections pouvaient tourner ou être prêtées à d’autres musées et que je leur montrerais alors au grand jour ce que je suis capable de faire. Mes nouveaux confrères m’ont vite fait déchanter. Certains étaient dans leur caisse depuis des dizaines d’années sans en être sorti.

Alors, je me suis vite échappé. Heureusement, j’avais lu Da Vinci Code : je savais comment en sortir et me déplacer dans Paris. J’ai très vite découvert que la vie sans papiers n’était pas simple. Dur de trouver du travail, gare aux contrôles inopinés de la police, se tenir loin des maraudeurs et autres vendeurs d’antiquités qui auraient tôt fait de vous arnaquer…

Finalement, j’ai trouvé du travail dans un Mc Do. Je surveille la salle du sous-sol. Il suffit de rester immobile et de promener son regard sans tourner la tête, voire les yeux. Facile ! Je fais cela depuis 3.000 ans.

Il y a la clientèle du matin, ceux qui viennent prendre leur café, parce que c’est moins cher qu’à l’hôtel ou plus pratique que chez eux, les chercheurs d’emploi qui se réfugient ici pour lire les annonces. Il y a la clientèle du midi, toujours pressée, bruyante et sans gêne. Puis c’est l’après-midi avec les touristes, les amoureux, les retraités qui viennent passer le temps. Enfin, c’est le soir avec une clientèle plus détendue, parfois triste, parfois souriante…

Et moi, pendant ce temps, je rêve dans cette salle sans fenêtre, à l’horizon forcément borné, aux grands paysages, à la mer, au ciel bleu…Je ne désespère pas, mais il faut attendre. En effet, j’ai lu par-dessus l’épaule d’un client que l’Egypte faisait campagne pour rapatrier les œuvres immigrées partout dans le monde. Alors, j’attends. J’ai attendu 2.000 ans, je peux attendre un ou deux siècles de plus. Peut-être qu'on aura changé de ministère de l'intérieur et que Mc Do existera toujours.

vendredi 2 avril 2010

Le petit café du matin

Le petit café du matin est un rituel important. Une fois sorti de chez soi et après un voyage plus ou moins heureux en transport (quoi de neuf ce matin ? Des retards ? Des grèves ? Des accidents graves de voyageurs ? De quoi échanger quelques mots avec ses collègues), vous arrivez près du lieu de votre travail. A partir de là, le monde se divise en deux : ceux qui prennent le café à l’extérieur et ceux qui le prennent sur leur lieu de travail. Il se re-divise encore en deux entre ceux qui le prennent seul et ceux qui en font un moment d’échange.

Ce n’est pas une division sans signification. Regardez la photo : le héros (ou l’héroïne) de la photo a pris son café dans un bar. La personne concernée aurait pu le prendre plus ou moins vite fait au comptoir, mais non, elle a choisi une table et pas n’importe quelle table : une table isolée, loin du comptoir, près de la fenêtre. L’angle parfait pour être à la fois seul, voir dehors et être visible sans être vraiment vu par les piétons.

Ce fut un petit café à en juger par la tasse, ou bien le nième café du matin, mais je ne le crois pas, parce que le verre de jus d’orange n’est guère compatible avec un mélange de café (du moins à mon goût). Vous pouvez aussi imaginer que le jus d’orange était pour une deuxième personne, mais la disposition des objets sur la table ne s’y prête pas.

Revenons donc à notre personne seule près de la fenêtre. A quoi pense-t-elle ? Regarde-t-elle les piétons sortant des transports ? Rêve-t-elle à un meilleur futur (ou au passé ?) ? Attend-t-elle quelqu’un (qui arriverait dans la direction de son regard) ?

Nous pourrions écrire 50 romans (ou 400 nouvelles) à partir de ce simple fait. Partons d’une hypothèse : la personne aime rêver un peu en sortant du tumulte des transports en commun et avant celui du travail au bureau (ou dans une boutique) ; Un havre de paix, de silence, un lieu de quiétude. Je ne sais plus qui a dit que le silence se décrivait par des bruits. Alors, imaginez ceux du café le matin, les brèves commandes des clients, les bruits des tasses, … Les clients du matin sont peu bruyants (à la différence de ceux du midi). Ils sont encore endormis.

Dans ce contexte, les bruits « habituels » vous bercent et vous pouvez laisser votre esprit divaguer ou lire le journal ou écrire ou encore faire ou ne rien faire. Un moment de calme et de plénitude. Un moment où vous vous retrouvez avec vous-même. Ce n’est jamais bien long (ce sont les clients de 10 h ou de 15h qui restent des heures au café), mais cela vous prépare à votre journée. Le midi, ce sera la course au repas, dans des espaces bondés, ou l’occasion de aux courses. Le soir, vous affronterez à nouveau la marée humaine des transports en commun (le double sens des mots est ici assez comique) et vous n’aurez guère le loisir de sacrifier à ce rite (à l’inverse au Japon, les salariés vont souvent au bar le soir ensemble).

Période de « zénitude », le café du matin devrait être remboursé par la Sécurité Sociale (les mutuelles pourraient y contribuer). Il aide à limiter le stress en créant un instant de décompression. Bientôt le 1er Mai : pourquoi ne pas en faire un thème de revendication ?

vendredi 25 décembre 2009

La rue Poubelle

Le maire de la ville était en pleine réflexion : "Mes administrés veulent des rues propres. Oui mais pour cela, il ne suffit pas de balayer les rues, il faut aussi éduquer les gens, voire même leur faire signer une charte. Cela signifie savoir lire, mais aussi comprendre. Donc, l’âge pour signer ne doit pas être jeune, ni trop élevé d’ailleurs, parce que les personnes âgées ont du mal à changer leurs habitudes.

Et les étrangers ? Ils ne parlent pas forcément, ni ne lisent le français. Peut-être faut-il le traduire en anglais, espagnol, italien, allemand…Oui, mais que vont dire les Chinois, Coréens, Arabes, Russes ? Seulement trop d’écrits vont gâcher la rue. Alors, il vaut mieux ne rien écrire et utiliser le langage des signes : des pictogrammes. Que faire des aveugles ? Ils vont protester auprès de La Halde ! Peut-être faut-il un « aboyeur public » à l’entrée de la rue. Seulement, il y a plus de sourds que d’aveugles….Pas simple.

Il va falloir aussi interdire la rue aux animaux non accompagnés. Possible pour les chats et les chiens, mais les moineaux et les pigeons : mettre un filet au-dessus de la rue ? Cela ne va pas être du goût des défenseurs des animaux. Pas écolo, vont-ils dire ! Ecolo, écolo, un vol de pigeons c’est combien d’éco-carbone ? Moins qu’un pigeon aux petits pois, pour sûr. Interdisons toujours la rue aux animaux, on verra après.

Les poubelles. Combien de poubelles faut-il prévoir ? Nous avons fait une étude. Les gens fouillent leurs poches ou sacs en mains en marchant : il faut huit pas pour explorer sa poche et en sortir ce qui est inutile (et quatorze pas pour le sac à main). Huit pas, cela correspond à une distance de 3, 50 mètres. Donc, le rapport préconise des poubelles tous les 3,50 mètres. A condition de partir du bon pied, sinon on peut se retrouver systématiquement entre deux poubelles.

Résumons : une campagne d’éducation, une charte à signer, des pictogrammes, des filets, des brigades de la SPA… Au bout du compte, serons-nous sûrs d’avoir une rue propre ? Non, parce que nous n’entrons pas tous les paramètres : le vent, la pluie, les poussières…

Alors pourquoi tant d’efforts ? Fermons la rue et dès lors les passants admireront une rue propre, une rue modèle…

Comment l’appellerons-nous ? La rue Poubelle…

samedi 19 décembre 2009

La mise en pointillé de la solidarité


Il était une fois un homme qui recherchait quelque chose sous un réverbère. Un quidam le vit et lui proposa son aide. L'homme le remercia et lui dit qu'il cherchait ses clefs. D'autres passants et même un sergent de ville se joignirent à eux. Devant leur insuccès, le sergent de ville insista pour savoir si c'était bien là qu'il avait perdu ses clés. "Je ne sais pas" répondit l'homme, "mais ici, il y a de la lumière."

Le sergent de ville remonta l'histoire au commissaire qui fit à son tour un rapport au maire. Ce dernier rassembla le conseil municipal pour analyser la situation. Les élus de la majorité (de la ville) proposèrent de créer un marquage au sol pour délimiter les zones où les pertes de clés seraient autorisées. L'opposition s'en émut. Elle estima qu'il s'agissait d'un manque de liberté : "chacun a le droit de perdre ses clés où il veut". Le débat aurait pu tourner court si les élus de tendances extrêmes ne s'étaient mis de la partie. Certains voulaient de la lumière partout pour créer un avenir radieux où perdre ses objets seraient un jeu. D'autres, au contraire, qui rêvaient du Grand Soir, voulaient supprimer tous les réverbères.

Voyant le débat mal parti, la majorité et l'opposition modérée s'unirent pour choisir un tracé en pointillé. L'accord se fit autour du texte suivant :

Article 1 : dans le souci d'assurer la sécurité des citoyens, le conseil municipal a décidé de marquer au sol la zone de lumière des réverbères.
Article 2 : il est recommandé aux citoyens de perdre leurs objets uniquement dans la zone délimitée au sol.
Article 3 : compte tenu de l'inégalité des administrés en termes de vision nocturne, il a été décidé de peindre une zone en pointillé. Les personnes de plus de cinquante cinq ans ou détenteur d'un certificat médical sont tenus de perdre leurs objets uniquement à l'intérieur de la zone délimitée. Les autres personnes peuvent aller, dans la limite du raisonnable, aller au-delà de cette zone.
Article 4 : les habitants doivent noter que l'allumage et l'extinction des réverbères peuvent être parfois en décalage avec le lever du soleil ou la tombée de la nuit. Aucune réclamation ne sera acceptée pour des objets perdus entre chien et loup ou loup et chien.

L'ordre étant ainsi assuré, les élus se congratulèrent mutuellement pour à la fois leur prise en compte des intérêts des habitants de la ville et leur contribution au développement économique. En effet, ce travail relança la production de peinture, ce qui créa des emplois, réduisit le chômage et l'argent dépensé facilita la consommation.

Bien sûr quelques esprits chagrins observèrent que la peinture achetée au mieux disant avait été produite ailleurs, que les emplois créés étaient temporaires et que les investissements faits avaient bénéficié à des entreprises et personnes vivant hors de la ville. "Qu'importe" leur répondirent les élus, "nous faisons tous partie de la même communauté. C'est cela la solidarité".

PS : l'histoire ne dit pas si la personne a retrouvé ses clés.

jeudi 5 novembre 2009

La maison enceinte

Vous me voyez sur la photo avec mon gros mur bien gonflé. Il n’y a pas de mystère. Je suis enceinte. L’accouchement est prévu dans quelques mois, c’est ce que m’ont dit mes médecins, les docteur Architecte et Monumentshistoriques. Ils ont même fait venir un spécialiste, M. Entreprisedubatiment pour expertiser mes besoins.

C’est un grand évènement. J’ai vécu à cet endroit pendant plusieurs centaines d’années. J’en ai vu passer du monde, des révolutions, des envahisseurs, mais rien n’a troublé ma sérénité. J’ai vu mes voisines être détruites, de nouvelles constructions arrivées et nous avons toujours vécu en bonne entente.

Puis, récemment (à mon âge on ne compte plus), le monsieur en rouge sur la photo et m’a brandi une lettre de promoteurs qui voulaient me raser pour bâtir un hôtel de luxe à ma place. La seule solution m’a-t-il dit est de tomber enceinte. Mon état intéressant arrêterait les velléités de travaux, reporterait les travaux peut-être à jamais. Il m’a convaincu, tant et si bien que j’ai fait une insémination artificielle et voilà…

Je vais bientôt accoucher d’un studio ou d’une studette. La pression de ce nouveau-né sur mes vieux tuyaux est telle que je risque de perdre mes eaux. Pour éviter tout désagrément, ils envisagent de me cercler, c’est vous dire.

Pour mon calme et ma tranquillité, un nouveau règlement a été édicté à mes abords et en mon sein : ne plus taper du pied, parler doucement, voire chuchoter. Ils projettent même de dévier la circulation le grand jour.

Je suis émue. Sara, la femme d’Abraham a eu son à près de 100 ans. Moi, je vais l’avoir à 400 ans. Quel miracle !

mercredi 21 octobre 2009

Photographie


Je m’appelle Wilhelm Albert Włodzimierz Apolinary de Wąż-Kostrowicki et je suis gardien de square. Ce n’est pas mon vrai métier, mais vu là où je suis, je fais « fonction de ». Le vrai gardien, lui, ne vient ici que quelques heures par jour, voire par semaine. Il a d’autres sites à garder. Alors, comme je suis face à l’entrée, il me demande ma collaboration : « qu’ai-je vu ? Est-ce qu’il s’est passé quelque chose ? La vigne est-elle intacte (eh oui, il y a un des ceps pas loin de moi) ? Dora est-elle toujours là ? »

Il faut que je vous dise que madame Maar (Dora pour les intimes) est ma voisine. Nous discutons tranquillement tous les deux (C’était l’égérie d’un grand peintre et sculpteur : c’est d’ailleurs lui qui a fait mon buste). C’est une personne charmante qui un jour a fait l’objet d’un rapt. Elle a été retrouvé abandonner dans un fossé en banlieue. Depuis, elle est un peu inquiète (et le gardien aussi). Je m’occupe d’elle est garde l’œil ouvert.

C’est une image parce que je ne peux pas fermer les yeux. Pas très pratique pour me reposer, ni quand j’ai le soleil dans les yeux. Bien plus, je ne peux tourner la tête ou regarder de côté. Rien de plus désagréable quand on parle vous dans votre dos.

Parce qu’on parle de moi. Je ne sais trop si c’est pour mes œuvres ou parce que mon buste a été réalisé par un grand artiste. Mon sculpteur, espagnol de naissance est assez jaloux et n’apprécie guère ma proximité avec son ex-amie Dora (même s’il l’a quitté depuis bien longtemps). Tout cela fait beaucoup de commérages. Il faut savoir passer au-dessus.

Pour encore compliquer les choses, le square où je suis s’appelle Laurent Prache. Je ne le connais pas ce monsieur. Il a beau avoir été mon contemporain, je ne pense pas l’avoir croisé. Son grand fait d’armes : « avoir été un député antimaçonnique » disent mes visiteurs. Je ne sais pas ce que cela veut dire. En tout cas, je n’ai rien contre les gens du bâtiment.

Je passe donc mes journées, comme je vous le dis, à surveiller, à échanger avec ma voisine, à poser pour les visiteurs qui veulent me photographier... Il ne me reste plus beaucoup de temps pour écrire des poésies. Tenez, en voici une pour vous, que j’appelle justement « Photographie »

Ton sourire m'attire comme Pourrait m'attirer une fleur Photographie tu es le champignon brun De la forêt Qu'est sa beauté Les blancs y sont Un clair de lune Dans un jardin pacifique Plein d'eaux vives et de jardiniers endiablés Photographie tu es la fumée de l'ardeur Qu'est sa beauté Et il y a en toi Photographie Des tons alanguis On y entend Une mélopée Photographie tu es l'ombre Du Soleil Qu'est sa beauté

Cela vous a plu ? Tant mieux. Une dernière chose : arrêtez d’écorcher mon nom, cela me fait mal aux oreilles. Appelez-moi plus simplement Guillaume, Guillaume Apollinaire. C’est plus simple ? J’en suis fort aise. A bientôt .

samedi 17 octobre 2009

Le mois de l’Art français en Afrique


Ici, en Afrique, le pays est coloré par une nature exubérante, les tenues des femmes sont pleines de couleurs, les maisons sont peintes (parfois simplement par a terre rouge ou ocre), en bref, nous baignons dans la couleur sous le soleil. Pourtant, aujourd’hui, je viens de faire une rencontre qui m’a donné l’impression de vivre dans un univers grisâtre. Ma ville entre dans le mois de l’Art français, un mois où de nombreux artistes français viennent décorer les rues. C’est bien ; c’est un moyen d’ouvrir nos esprits à d’autres formes d’art et de culture et c’est une débauche de formes et de couleurs

Les œuvres d’art sont plus que saisissantes, quoique des fois un peu incompréhensible. Ainsi, me voici sur la photo sur le quai de la gare en train de regarder une œuvre. Qu’est-ce que c’est ? Un homme m’a dit que c’est une femme portant des paniers. Un autre, que c’est une Parisienne. J’avoue que je ne comprends guère. Pas de tête : peut-être porte-t-elle les paniers sur la tête ou a-t-elle les épaules rentrées ? Son corps est maigre : un simple tube. Je préfère les formes arrondies de nos femmes africaines. Ces occidentales, à force de régime, elles n’ont plus que la peau sur les os. Elle est petite : est-ce un enfant ou l’artiste n’a-t-il plus d’argent ? Cela expliquerait mieux sa maigreur. Feraient-ils travailler des enfants en leur faisant porter de grands paniers ? Heureusement, ses paniers sont vides. Cela symbolise-t-il la crise ? Regardez-les : ils flottent au vent. Quel gaspillage : ils sont en plastique ! Ils veulent nous apprendre l’écologie et ils consomment du pétrole.

Quelle vie terne ce doit être dans ces pays occidentaux. Ils pensent faire de l’Art, mais cela est froid et triste. Ils utilisent du métal et des produits chimiques alors que la nature recèle de produits naturels colorés. Ils voient « petit » : quelle mesquinerie ! C’est mono-couleur. Ce vert uniforme aussi me choque. Nous, nous sommes habitués au mélange des couleurs, des sons et des odeurs.

Je vais emmener mes enfants voir cette sculpture pour qu’ils saisissent la grandeur de notre esprit et de notre culture. Pauvres français !

jeudi 8 octobre 2009

Big Sister vous rappelle à l’ordre


« C’est qui, celui-là ? Non, mais vous avez vu comment il est habillé ? On ne devrait pas laisser des gens comme cela circuler ici ! Je vais demander à mes collègues de le suivre. Et s’il revient dans un tel état, gare à lui. Bien sûr, je ne suis pas là pour me faire l’arbitre de la mode, mais quand même !

Moi, mon rôle est de m’assurer que tout va bien. Je remplace en quelque sorte les caméras de vidéosurveillance. Je suis visible, intégrée dans le décor et je regarde. Je suis, en quelque sorte, votre bonne conscience, vous savez le petit ange blanc qui est sur votre épaule droite (pour les droitiers) et je vous protège des mauvaises influences, celles du petit diablotin qui est sur l’autre épaule.

Bien sûr, je suis nouvelle à Paris. Je fais partie d’un test qui a déjà eu lieu dans diverses villes du monde, avec succès. Je regarde, c’est tout, je ne dresse pas de contravention, je n’avertis personne (à la différence de Big Brother), mais je vous susurre à l’oreille : « attention ! Tiens –toi correctement. Pense à toi, à ta famille, à ton entourage. Qu’est-ce qu’on va dire de toi et de nous ? Etc. » Enfin, tout ce que votre mère, grande sœur, grand-mère (et j’en passe)… vous ont répété des années durant avec le peu de succès que l’on sait. Moralité : voyez ce qui se passe dans les écoles où votre gouvernement envisage de donner des primes d’assiduité.

L’opposition a décidé de réagir d’une manière différente en nous postant à des points clés… pour les autres. En effet, « ils » auraient pu nous coller à la sortie des écoles, devant les cafés branchés, les boites de nuit…mais non : ils ont préféré nous reléguer sur une île avec en face de moi une voie rapide. Peut-être qu’ils veulent que les gens s’habituent à nous avant de nous rapprocher des lieux clés. Peut-être aussi qu’ils ne veulent pas trop que nous nous impliquions dans leurs affaires, du style « dites aux gens de ne pas faire ceci ou cela, mais non nous voulons continuer

En attendant, je surveille les piétons de jours et les pigeons. La nuit, je ne préfère pas en parler. Quant aux voitures sur la voie express, je dois faire très attention : un jour, j’ai eu une grosse poussière dans l’œil. J’ai cligné de l’œil et…boum ! Il y a eu un carambolage : sûrement quelqu’un qui n’en croyait pas ses yeux et qui a du freiner. Maintenant, j’attends une accalmie dans la circulation pour le faire.


Bon, ce n’est pas tout cela, j’ai été très contente d’échanger avec vous et je vous souhaite une bonne journée. Au plaisir de vous revoir. »

vendredi 25 septembre 2009

Le pont des papouilles


Il y a des ponts pour chemin de fer, d’autres pour des voitures, d’autres encore pour des piétons, et bien d’autres formes encore…Mais connaissez-vous le pont à papouilles ? Un pont comme bien d’autres, mais qui est exclusivement réservé aux papouilles. Attention, il ne s’agit pas d’un pont pour romantiques, du style « pont des soupirs » à Venise ou d’un pont pour intellectuels (type « pont des Arts » à Paris). Allez sur ce pont et vous verrez qu’au centre de celui-ci des passants viennent se faire papouiller.

Ce n’est pas un acte gratuit, cela n’est pas médical, voire remboursé par la sécurité sociale. C’est le plaisir de se faire papouiller par un étranger (= quelqu’un que vous ne connaissez pas) et en ressortir allégé financièrement et peut-être physiquement.

J’ai fait ma petite enquête auprès des adeptes. Voici leur verbatin :

« C’est super, avec l’eau qui nous entoure, cela m’a reposé, moi qui venais de marcher pendant des heures »
« Cela fait hurler mon copain. C’est bien »
« Je vais faire cela sur le pont de ma ville. Il faut que je trouve d’autres pratiquants, parce que toute seule… »
« Charlatan ! »
« Très bien »

J’ai alors interviewé les « papouilleurs » :

« Il y a à cet endroit un courant, une énergie qui associe l’eau (en dessous), le terre (sur l’ile) et le ciel (avec la cathédrale à proximité). Ce lieu est une vraie révélation »
« Avant je faisais des croquis des passants, maintenant je les chatouille. C’est plus rapide, moins fatiguant et aussi rentable. »

J’ai moi-même fait le test : je reconnais que cela m’a reposé, mais est-ce le fait d’être assis à ne rien faire ou la technique de ma papouilleuse ?

Un intellectuel m’a alors expliqué : « cela a commencé par les centres où les gens se prennent dans les bras l’un de l’autre, les écoles du rire et maintenant cela arrive au stade individuel. C’est une pratique bio (sic) ! »

A quand l’inscription de cette pratique dans le programme des écologistes ? A proposer à nos politiques peut-être...

lundi 29 juin 2009

Si j'avais connu le personal branding…


Je m'appelle Jules T. Je suis né à Paris vers 1800. Toute mon enfance a été bercée par les guerres napoléoniennes. Si, pour vous, cela évoque de grandes victoires (et quelques sanglantes défaites) ou des avenues de Paris, pour ma part, j'en ai plutôt gardé le souvenir de morts et de disparus dans ma famille et dans celles de mon voisinage; La chance a voulu que Waterloo arrive à temps pour m'éviter de partir à la boucherie. Je ne suis pas royaliste ou napoléonien, bourboniste ou Louis-philippard, je suis antimilitariste, c'est tout. Je suis maçon et mon plaisir est de construire de belles maisons.

Jeune homme, j'ai fait mon tour de France comme compagnon, puis je suis revenu à Paris, me suis marié et ai eu deux beaux enfants. Ma vie aurait été simple et tranquille, si ma belle-sœur n'était pas tombée d'un escabeau. Je ne parle pas au sens figuré, mais au sens propre. Elle faisait le ménage chez M. François lorsque cela lui est arrivé. Sa chute a été spectaculaire, mais sans gravité. Cela a suffi pour faire sortir M. François de son atelier pour s'enquérir de ce qui s'était passé. C'est un grand monsieur, M. François Rude, un sculpteur réputé. Elle le croisait de temps à autre, mais ils ne s'étaient jamais adressés la parole. Cette fois-ci, après s'être enquis de sa santé, il lui demanda si elle connaissait un homme en pleine force de l'âge pour lui servir de modèle pour un visage. Elle a pensé à moi, parce que j'étais entre deux chantiers.

J'ai été voir M. François, mon visage lui a plu et il en a fait quelques croquis. Je n'y ai plus pensé pendant quelques années jusqu'au jour, où mon député m'a fait venir chercher pour me féliciter. J'ai alors découvert que mon visage avait été intégré dans une sculpture "révolutionnaire". Je suis devenu, malgré moi, un héros révolutionnaire, un grand républicain, un guerrier qui a défendu la Patrie, moi le pacifiste !

J'ai eu beau me défendre, je me suis retrouvé avec tous les royalistes contre moi et les républicains-napoléoniens qui me célébraient. Je ne vous dis pas les bagarres que cela a occasionnées. Ma famille, mes amis, mon voisinage ont commencé à raconter des histoires sur moi : j'ai été un des volontaires pour défendre la Révolution (je n'étais pourtant pas encore né), j'ai sauvé la Patrie, j'ai fait des combats héroïques (moi qui ait été réformé et n'a jamais tenu un fusil de ma vie dans mes mains)…

J'avais beau m'en défendre, personne ne me croyait. Pensez donc, j'étais la gloire de ma famille, du quartier. Même mes enfants, puis mes petits-enfants s'y sont mis. A la fin, j'ai accepté de jouer ce rôle, c'était moins épuisant que de me justifier et j'ai brodé là-dessus.
Remarquez, cela n'a pas que des désavantages. Quand le prince Louis Napoléon est venu au pouvoir, j'ai eu la légion d'honneur et une pension d'ancien combattant.

Plus tard, mes descendants ont pris l'habitude, tous les cinq ans, de se réunir devant la sculpture où je suis représenté pour m'honorer. L'année dernière, un de mes petit-petit fils a même dit que j'étais un modèle de "personal branding" (il parait que cela veut dire celui qui a su créer son image).

Mais moi, je n'ai pas créé mon image, ce sont les autres qui l'ont créé pour moi. Si j'avais su qu'on pouvait créer son image, j'aurais créé celle d'un maçon de génie ! En attendant, si vous passez place de l'Etoile, venez me dire bonjour. Je suis sur la sculpture "la Marseillaise", à droite en tournant le dos aux Champs Elysées.

vendredi 1 mai 2009

La Fratrie


Nous sommes huit frères issus d'une même souche. Comme de nombreux frères dans le monde, nous avons le même parent, nous avons été élevés au même sein, nous avons grandi ensemble. Nos points de ressemblances ne nous empêchent d'avoir nos différences : vous voyez sur la photo qu'il y a trois paires de jumeaux, que sept d'entre nous sommes assez proches et que le huitième a choisi de prendre un peu de distance. C'est la vie.

Nous avons tous profité de la même nourriture, du même soleil et de la même pluie. Certains d'entre nous ont poussé droit, sans se poser trop de questions. D'autres sont partis un peu de travers (voire beaucoup) avant de retrouver, le bon chemin vers le ciel. Cela prouve que nous avons chacun notre caractère, ce qui nous conduit à prendre un peu de distance parfois les uns vis-à-vis des autres, mais nous restons néanmoins proches des uns des autres. C'est la solidarité.

Nous avons tous cru sensiblement à la même vitesse. Vous pouvez croire que cela se traduit par une compétition au sommet entre nous, à la recherche d'un maximum de soleil. Vous pensez peut-être que certains sont plus forts ou plus chétifs en termes de branchage. Rassurez-vous, nous avons tous à peu près la même taille, la même exposition au soleil et nos branchages s'entrecroisent harmonieusement. C'est la bonne intelligence familiale.

Notre parent a eu la sagesse ou la chance de (pouvoir) s'établir un peu à l'écart des autres arbres. Nous ne sommes pas seuls dans ce parc et en même temps, nous avons notre propre territoire. Cela aurait pu nous conduire à nous chamailler ou à nous replier sur nous-mêmes. Cela nous a surtout rapproché à la fois dans notre combat au quotidien pour la recherche de nourriture et la défense de notre espace vital. C'est l'esprit de groupe face à l'adversité.

Nous vivons ensemble en respectant les autres. Remarquez notre sol, il est propre et pourvu d'herbe. Ce n'est pas la plaine désolée et brûlée que vous trouvez habituellement sous les pins. Nous offrons de l'ombre, mais pas de déchets. Nous fournissons des appuis pour ceux qui veulent se reposer. Nous sommes proches, mais aussi aérés. Nous sommes cools, tout en étant solides et sachant ce que nous voulons. C'est un exemple de développement durable pour vous.

Nous savons que notre vie ne sera pas éternelle. Les maladies nous guettent. Les animaux peuvent nous chercher chicane, mais le plus grand prédateur reste notre meilleur ami à savoir l'homme. C'est notre meilleur ami pare qu'il prend soin de nous, nous entretient, nous nourrit quand la nourriture vient à manquer, nous nettoie de nos branchages abîmés. C'est aussi notre plus grand prédateur parce qu'il nous écorche, casse, détruit gratuitement. C'est notre vie au quotidien.

C’est cela la fratrie. Et vous, comment cela se passe-t-il en famille ?

vendredi 17 avril 2009

Bonjour, je vous présente ma cousine


Bonjour, je vous présente ma cousine. Elle vient juste d'arriver. Elle est encore un peu effarouchée par les manières d'ici. Elle va s'y faire. C'est une question de temps. Moi aussi au départ, j'étais un peu nerveuse. Il faut dire que je suis arrivée seule. Quand vous ne connaissez pas le quartier, vous n'êtes pas très confiante. En plus, le premier choc a été rude. C'est le cas de le dire : j'ai été mal fixée au mur et…j'en suis tombée.

Cela n'a pas duré : quelques heures plus tard, j'étais refixée. Je me suis rapidement mise au travail : il y en avait qui attendait que je sois fixée pour m'inaugurer. Les gens m'ont vite intégrée : "tiens une boite à lettres, ici ! C'est pratique !" Ce n'est pas un métier de tout repos. A toute heure du jour et de la nuit, on me remplit. Parfois, aussi, certains me prennent pour une poubelle et me laissent canettes et mégots dessus. Je ne parle pas non plus des chenapans qui mettent n'importe quoi dans mes orifices. Il n'y a plus d'éducation !

La journée passe vite : deux levées par jour : 11 heures et 16 heures et hop ! Me voilà soulagée. C'est amusant comme les gens vivent à mon rythme. A partir de 10h30 et de 15h30, c'est la course pour me remplir. Moi, je prends tout, enfin presque : il faut respecter mon ouverture. Il y en a qui essaye de mettre des paquets. Ils me tordent, donnent des coups de poings et partent en maugréant.

La rançon du succès, c'est que parfois, je suis pleine à rebords. Les mardis et les jeudis. Pourquoi ces deux jours plus précisément ? Parce qu'il y a plus de monde dans la rue. C'est curieux on dirait que les gens se promènent seulement ces deux jours-là. En tout cas, le fait de refuser du monde (et leurs lettres), cela a fait jaser : des gens sont venus me voir, ont pris des mesures et sont repartis en hochant la tête. J'ai eu très peur d'être reléguée dans une autre rue, de perdre mes repères et d'être remplacée par ces gros troncs qui se fixent le sol. Heureusement quelques temps plus tard, un homme est venu avec un gros colis et a installé ma cousine.

Nous avons fait connaissance et nous nous sommes trouvées des liens de parenté. C'est pour cela que je l'appelle ma cousine. Maintenant, nous nous amusons bien ensemble : qui aura le plus de courrier, qui verra de beaux timbres… bref, le temps passe plus vite.

Le comportement des clients nous amuse aussi. Cela vous amuse que je parle de clients ? Pourtant, avant de partir dans le grand monde, mes sœurs et moi avons été rassemblées dans un hangar et là, un monsieur sûrement important a fait un discours sur notre rôle et le service que nous apportons : nous contribuons à la qualité du service de la poste. Même ma cousine a entendu un tel discours. Mais elle, elle croit que le monsieur s'adressait à des facteurs qui étaient dans le hangar. Moi je ne le crois pas. De toutes façons, comme nous étions au chaud dans nos cartons, nous ne voyions rien ni l'une ni l'autre. Peut-être suis-je trop optimiste et elle, cynique.

En tout cas, imaginez la vie sans nous : vous iriez plus loin, vous perdrez du temps, peut-être aussi que les boites à la Poste seraient pleines… Alors, la prochaine fois, que vous viendrez me voir, dites-moi "bonjour" (ou "bonsoir") : cela fait toujours plaisir et si vous avez deux lettres à poster, répartissez-les entre nous. A bientôt !

dimanche 12 avril 2009

Toute une vie… celle des autres

Je suis né comme mes frères dans un atelier situé en Alsace. Comme nombre d'entre eux, mon destin était d'être adopté par un magasin. Mon premier emploi fut dans un supermarché. Au début, tout allait bien. J'y arrivais en compagnie de cousins de ma promotion. Toute la journée, nous accompagnions les ménagères dans leurs courses, prenant en charge leurs provisions, les entraînant dans la pente descendante du parking (avez-vous remarqué que les parkings de supermarchés sont en pente descendante depuis le magasin vers les voitures ? Cela vous facilite le retour vers votre voiture en vous donnant un sentiment de légèreté et de bien-être). La nuit, nous nous racontions les gags de la journée (la cliente qui se trompe de chariot, celle qui remplit celui de sa voisine…), nous nous plaignions des vilains garnements qui nous poussaient les uns contre les autres et reprenions des forces grâce au graissage régulier de nos articulations. C'était la belle vie, mais je ne le savais pas encore.

Trois printemps plus loin, quelques condisciples et moi fûmes, un matin, arrachés à notre train-train quotidien et transportés en camion dans une petite supérette. « Trop petits, disait de nous le directeur du magasin, vous êtes trop vite pleins et vous ôtez aux clients l'envie d'acheter. Il faut de plus grands chariots à remplir pour augmenter l'appétence des consommateurs. » Nous fûmes ainsi relégués dans un magasin plus petit où notre format convenait mieux : plus gros que les paniers mais suffisamment petits pour nous glisser dans les allées. Du moins, c'est ce qu'ils disaient. En fait, nous passions notre temps à nous cogner les uns aux autres, nous dormions dehors dans le froid et servions souvent de poubelle aux passants. Pas drôle, mais le pire était à venir, et cela je ne le savais pas encore.

C'est un 15 mai que ma vie bascula. Ce jour-là, un vieux monsieur m'entraîna loin du magasin pour mieux rapporter ses courses et oublia…de m'y reconduire. Peut-être avait-il envie de se reposer avant ou voulait-il m'utiliser le lendemain, toujours est-il qu'après avoir passé quelques heures tout seul au pied d'un immeuble, je fus poussé brutalement dans un terrain vague avoisinant par le concierge de l'immeuble qui trouvait que je déparais son immeuble. Les gamins du quartier s'empressèrent de me transformer, selon les circonstances, en poubelle, en char d'assaut. Mon propriétaire était un peu fantasque. Il prenait soin de moi (ou de ses affaires ?), me graissait régulièrement et resserrait tout ce qui était nécessaire. Mais il m'oubliait parfois pendant des heures sur un trottoir (par exemple boulevard Saint-Germain), me laissant avec ses affaires. Je n’en étais que plus heureux de le revoir.

Je croisais d'autres cousins avec des lointains cousins à moi. Ils me racontaient leur dure vie, les vols dont ils avaient été l'objet, les tentatives de destruction. Ils regrettaient tous la vie au supermarché. « Dure, mais belle ! » disaient-ils. A présent, c'était l'incertitude, l'ennui, l'angoisse ; certains commençaient à sentir les affres de la vieillesse (les roues qui grincent ou qui tournent mal, la poignée cassée…) Qu'allaient-ils devenir ? Finir seuls dans un terrain vague ? Oubliés de tous, jusqu'au jour où un dernier camion les emporterait chez le ferrailleur qui les décomposerait ? En les écoutant, j'enviais mon existence.

Durant notre brève vie, finalement, nous vivons plusieurs vies, celles de nos utilisateurs : les aisés, les pauvres, les démunis. Imaginez, mesdames et messieurs, quand vous nous poussez, toute l'expérience que nous transportons. Cela devrait vous inciter à nous respecter un peu plus la prochaine fois que vous nous utiliserez.

samedi 21 mars 2009

Les adieux de l'artiste


Il y avait des vieux et des jeunes, des hommes et des femmes, des biens habillés et des mal fagotés…
Ils avaient des belles voitures et des poubelles, des engins propres et d'autres avec lesquelles on a peur d'attraper des maladies, les biens garées et celles stationnées de travers….
il y avait dans l’assistance des gens que je reconnaissais pour avoir été des gens de bonne foi et des agressifs, des hurleurs et des pleurnicheurs, des dédaigneux et des injurieux…

Il y avait aussi les témoins de la scène au quotidien : des piétons, des habitants du quartier, des commerçants, des concierges, des enfants connus tous petits et qui deviennent un jour des clients comme les autres : ils furent tous tour à tour spectateur, témoin, procureur, avocat de la défense…

Et puis, il y a moi, la contractuelle, la pervenche, l'aubergine…matricule 266.472 Z qui circule depuis près de 20 ans sur la scène du théâtre de mon quartier. J'ai été ailleurs avant, mais c'est le passé, n'en parlons plus.

C’est aujourd’hui mon départ à la retraite. Ils sont tous cotisés pour faire une fresque immortalisant ma vie dans le quartier.

Le quartier, ce quartier, mon quartier, je peux dire que je le connais. J’y ai cheminé ainsi 215 jours par an à raison de sept par jour (avec une pause d'une heure le midi et trente minutes de coupure par demi-journée. Je faisais rituellement les six kilomètres de mon circuit habituel, ce qui me prenait 2h30 en moyenne. Je déambulais souvent seule, parfois avec des collègues tout au long des rues de mon quartier. J'y étais connue, aimée, détestée, respectée, haïe…

Je verbalisais en moyenne 123 voitures par jour. Faites le compte : je faisais 3.926 km par an et verbalisais toutes les 3'35 minutes ou tous les 150 mètres. Mon travail peut vous paraître monotone, routinier, pénible (par -10° ou + 33°), mais je l'aimais bien. Cela peut vous paraître surprenant : comment aimer un tel métier ? Pour vous, il semble simplement alimentaire. Vous espérez peut-être que je vous dise que ma vraie vie était ailleurs, que je chantais et dansais dans une troupe de théâtre, bref, que je savais m'évader de cette grisaille quotidienne…

Eh non ! S'il fut un temps où j'ai détesté ce métier, j'ai appris progressivement à l'aimer au fil du temps. Comment cela peut arriver ? Comme dans la vie habituelle… par coup de foudre ou par habitude. La rue est pleine de mille et un petits détails du quotidien qui vous font apprécier à la fois la sécurité offerte par la routine et les imprévus qui pimentent votre journée.

A vous tous qui êtes ce soir pour fêter mon départ, je voulais vous dire merci parce que vous avez été mes témoins, collègues, mes clients et mes fournisseurs parce que je faisais mes courses avant de partir. Moi aussi, je vous ai aimé ou détesté selon les jours. Finalement, nous avons cohabité. Ma remplaçante arrive demain. Je ne l’ai pas rencontré, je ne lui ai pas parlé. Je vous laisse la découvrir et vous souhaite une bonne coexistence avec elle. Aussi longtemps qu’avec moi ? Je vous le souhaite, quoique je ne sache pas s’il y aura autant de voitures demain. Peut-être plus de vélos, des rollers, des trottinettes,… d’autres formes de clients. A elle de s’adapter, moi je m’en vais loin d’ici habiter dans un espace piétonnier.


Merci pour tout !

dimanche 15 février 2009

Le tour de la terre en quatre-vingt dix minutes



A chacun son monde. Pour vous, humains, elle tourne en 24 heures. Et si vous voulez faire le tour du monde, cela vous prend au moins 30 à 40 heures (sauf aux Pôles bien sûr). Pour moi, pourtant fixé au sol, cela me prend 90 minutes en été et une semaine, voire plus en hiver. Etre un banc parisien, cela n'a pas que des inconvénients pour voyager.



Vous pensez peut-être que je délire, je rêve, je fabule… Non, j'observe et j'écoute simplement. Situé là où je suis, face à l'Atelier sur les Champs Elysées, c'est le monde qui vient à moi. Par une belle journée, c'est très agréable. Voulez-vous faire un tour avec moi ? Avec plaisir ? Alors, allons-y !



Nous sommes un samedi. Il fait beau, pas trop froid et la foule déambule tranquillement. Je sors mes notes. Voilà ce que j'ai écrit :



12h32 : nous partons en Autriche. Monsieur, madame et leurs enfants sont assis tranquillement sur moi avec leurs amis. Ils ne parlent guère. Ils sont fatigués de marcher. Leur sujet de prédilection : quand est-ce qu'on mange ? Qu'est-ce qu'on mange ? Désolé, je n'ai rien à vous offrir si ce n'est un peu de répit.



12h48 : décollage pour le Moyen-Orient (Egypte). Monsieur, ses deux épouses et leurs trois enfants ont pris place. Les enfants ne tiennent pas en place et me donnent des coups de pied. Leur sujet : acheter Vuitton ou non ?



13h05 : Nous continuons notre périple vers le golfe persique. Ah, les charmes de Dubaï. Je n'y ai pas été, mais cela semble tentant à ce que j'entends dire. La discussion sur le banc porte à nouveau sur le déjeuner (désolé, c'est l'heure). Cuisine française ou libanaise ? Pour ma part, j'aime l'odeur de la cuisine libanaise (la vraie !).



13h18 : Nous descendons vers l'île Maurice. Je ne les aurai pas pris pour des Mauritiens, mais ils habitent là. Un instant de répit que s'accordent deux jeunes gars, le temps d'envoyer de multiples SMS. Désolé, je ne sais pas comprendre la frappe. En plus, ils ne sont pas très bavards.



13h37 : Bienvenue chez les Aussies (= les Australiens). La discussion devient sérieuse. Qu'est-ce qu'on achète comme souvenirs ? Je leur suggérai bien de m'emporter avec elles, mais mon poids et ma taille sont rédhibitoires.



13h46 : Un rapide long vol nous fait arriver aux USA, au Texas précisément. Au début, peu de discours : ils mangent. Ma plus grande peur est qu'ils me salissent. Après, plus personne ne viendrait s'asseoir. Puis, après le repas, ils contemplent les jolies filles qui passent. Quelques commentaires rigolos sur les proportions respectives des texanes et des européennes.



13h55 : deux tourtereaux anglais prennent place le temps de sucer une glace. L'amour se lit dans leurs yeux. Comme c'est attendrissant. Moi, ma chanson préférée, c'est Brassens et "ses amoureux sur les bancs publics".



14h02 : les voilà reparti. Quelques instants de repos pour moi avant un prochain voyage. Vous avez noté : 90 minutes ! Quand je vous le disais plus haut ! A bientôt pour un nouveau voyage.

dimanche 8 février 2009

Mes chers administrés


Bienvenue à vous tous pour l'inauguration de la 1ère piste de ski de notre ville. La chance est avec nous puisqu'il neige actuellement. Habitant cette ville depuis longtemps, je m'étais toujours demandé pourquoi il n'y avait de pistes dignes de ce nom. Ce n'est pas parce que nous habitons la région parisienne que nous devrions en être privé.

J'allais, comme nombre d'entre vous, au ski chaque année, loin de notre bonne ville. J'ai vite pesté contre la distance. Je pensais dans le même temps aux skieurs chanceux qui profitaient du moindre brin de neige sur les pentes de Montmartre et du Trocadéro. Pourtant, nous avions tout ce qu'il fallait chez nous : un plateau, des pentes qui jouxtaient la Seine, ce qui pouvaient nous permettre d'offrir un ensemble complet ski + activités nautiques.

Mon idée était de faire du ski de fond sur le plateau, des pistes de descente vers la Seine et une grande patinoire à l'entrée du RER. Ainsi, dès leur arrivée dans notre belle ville, habitants et touristes pourraient s'offrir le frisson d'une valse en traversant la place.

J'ai œuvré sur ce projet de nombreuses années. La campagne médiatique sur le réchauffement climatique a failli me faire baisser les bras devant l'incompréhension de mes ennemis politiques (et d'un certain nombre de mes amis). Depuis, toutefois, des contre-études et l'hiver plus rigoureux de cette année ont prouvé que cela n'était pas inéluctable.

Grâce à cela, nous y sommes arrivés. Aujourd'hui, nous inaugurons la première piste de ski alpin de notre ville. Elle a pour particularité d'être vert, rouge et noire selon les moments. C'est une grande première. D'ordinaire, une piste a une couleur et une seule. Ici, celle-ci change selon les heures de la journée. Aux heures creuses de circulation, elle est verte, puisque les skieurs peuvent croiser les voies sans danger. Aux heures d'embouteillage, elles deviennent rouges, puisqu'il faut slalomer entre les voitures arrêtées. Enfin, lorsque le trafic est dense, la piste prend la couleur noire, avec la complexité de passer entre deux voitures roulant à vive allure. Quel frisson !

Tout est prévu. Dès votre arrivée en ville par le RER, des convoyeurs vous conduisent au sommet de la butte où vous pourrez prendre votre élan vers la Seine. Là, vous avez le choix entre bain ou le retour au sommet de la côte. Pour respecter l'écologie et la beauté du site, point de tire-fesses ou de télésièges : ce sont les livreurs de pizza qui assureront entre deux services cette fonction. Cet espace de publicité gratuite qui leur est offert limite nos frais.

Notre ouvreur officiel est un sympathique champion alpin qui a relevé le défi de faire un temps de référence. A sa suite nous nous élancerons tous ensemble, qui à ski, qui à luge et même en traineau à chien pour cette grande première. Aujourd'hui l'accès de la piste est gratuit et la circulation arrêtée. Dès demain, vous pourrez vivre intensément à zigzaguer comme bon semble entre les voitures.

Et maintenant, en avant !

dimanche 11 janvier 2009

Chronique de Paris et du réchauffement climatique série 2


Paris, le 11 janvier 2049

Brrrrrrr, qu'il fait froid. Il fait 18°. Les journaux s'amusent à nous rapporter qu'il faisait -5° la nuit du 10 au 11 janvier 2009. La température du Pôle Nord ou presque. Cela ne devait pas être vivable à l'époque. Remarquez que 18° c'est mieux que 35° sur la Côte en hiver (voir http://dalettres.blogspot.com/2008/11/chronique-de-paris-et-du-rchauffement.html).

J'ai une bonne nouvelle : j'ai déménagé du 32ème arrondissement. J'habite maintenant rue Saint Honoré dans le 1er arrondissement (le grand bâtiment bleu au centre de la rue : mon logement est au 4ème). Avec la surpopulation en région parisienne, les logements sont maintenant octroyés par tirage au sort. Tous les deux ans, vous pouvez tenter votre chance à la loterie. Il y a deux ans, on m'a proposé le 45ème arrondissement, près de Compiègne (60 km du centre de Paris). Cela m'éloignait encore plus. Je suis resté là où j'étais et j'ai retenté ma chance en décembre dernier. Bingo ! Avec ma femme et mes trois enfants, nous disposons maintenant d'un 29,58 m² : c'est le Pérou ! C'est plus confortable que les bâtiments de pierre de chaque côté de la rue. Il y a tout le confort : climatisation, eau, électricité….et surtout nous ne sommes que trois par paliers.

Moi, je travaille surtout chez moi en télétravail avec mes collègues de Moscou et de Buenos Aires. Démodé et dépassé le fait d'aller à son bureau tous les jours. Les transports en commun et surtout la mondialisation totale ont réduit cela à sa plus juste expression. Ma femme, de son côté, travaille dans un jardin d'enfants dans le quartier. Ici, au centre de Paris, seuls les enfants des maternelles et primaires vont en classe tous les jours (enfin, quatre heures / jour). Au-delà, ce sont des classes virtuelles avec un regroupement autour d'un professeur une journée par semaine. Les professeurs apprécient (plus de chahut), les enfants aussi : pas de temps perdu, ils peuvent moduler leurs heures dans la journée. De toute façon, il fait trop chaud pour sortir, sauf les soirs. De toutes façons, avec les restrictions de circulation pour les piétons, c'est du temps de perdu.

Bonne nouvelle : la couche de pollution diminue en ce moment. Au rythme actuel, nous retrouverons en…2067 la qualité de l'air de 2009. Il paraît qu'ils s'en plaignaient à l'époque. Quelle exigence ! L'avantage de cette diminution de pollution, c'est que nous pouvons aller plus facilement embrasser nos parents qui habitent dans le 62ème arrondissement. En effet, les personnes à la retraite ont été mises au vert à la lisière de Paris (à 130 km du centre).

La belle vie !

mardi 23 décembre 2008

Pittoresque !


Il y a une vingtaine d'années, aller chez Mc Do était une expérience originale et pittoresque : un personnel aimable et empressé, des locaux modernes et entretenus, des toilettes en bon état, bref un changement d'univers du café-bar à la française.

Aujourd'hui, tout cela s'est banalisé et plus grand monde ne voit Mc Do comme un lieu différent. Les jeunes cadres préfèrent aller chez Starbucks, les ados viennent y traîner leur ennui. Seuls les jeunes enfants en font encore un lieu de fête.

C'est au moment où vous croyez qu'il n'y a plus rien de pittoresque nulle part qu'il peut réapparaître de manière inattendu. Ce lundi, je me trouve dans un quartier animé de Paris en avance sur l'heure d'un rendez-vous. Où me réfugier en attendant le bon moment. Face à moi, un Mac Do et un café fermé. Un rapide regard dans Mc Do m'en fit m'éloigner (il y a de tout chez Mc Do, des bonnes choses comme des mauvaises, mais là c'est la foule qui m'a fait reculer). Je me rapproche du café fermé. Tout semble éteint, personne aux tables que je vois derrière les fenêtres. Toutefois, en m'approchant de plus près, je distingue deux personnes à l'intérieur, apparemment en train de consommer.

Je tente ma chance et je tire la porte : elle s'ouvre ! Le café est quasiment vide. En cherchant une table où m'installer confortablement (une table pour quatre, pas trop près de la baie vitrée, mais avec suffisamment de lumière du jour), je croise une date entre deux âges qui m'accueille aimablement. Je la salue, continue ma quête dans le dédale des coins et recoins et finalement m'affale sur un siège qui me convient.

La femme croisée vient me voir pour me demander ce que je souhaite. Un dialogue étonnant s'engage sur la base de la demande d'un thé.
"Un thé ? Quel thé ? J'en ai dix sept à vous proposer !"
"Disons un thé à la bergamote"
"…." (Avec une moue sur le manque d'originalité)
"Ou un thé russe"
"Il n'y a pas de plantation en Russie ! Voulez-vous un thé noir ? Un thé vert ? Un thé blanc ? Vous le voulez fort ? Relevé ? …"
Finalement j'hérite d'un Earl Grey (thé noir de Chine parfumé à la bergamote) un peu particulier avec un dernier conseil : "laissez infuser quatre minutes. Cela n'augment pas la teneur en théine, mais favorise le goût".

Etonné par ce service diligent et précis, j'observe le lieu où je suis. Peu de monde, de nombreuses personnes s'agglutinent contre la vitrine se demandant tout comme moi si le café était ouvert (deux couples vont même entrer et m'interroger à ce sujet).

Le service continue de la même manière. Ainsi, un homme entre et sans attendre un mot de la patronne-serveuse, lui déclare : "bonjour, je vais d'abord aux toilettes.." et la réplique fuse aussi sec : "C'est occupé, asseyez-vous, cela n'arrive pas plus vite de toutes façons". L'homme interloqué s'assoit et lâche un sonore "pittoresque !" avant de s'entendre dire : "l'habitude est de s'asseoir et de commander".

Un autre client demande un verre d'eau en complément de sa commande : "l'eau passe par le ballon d'eau chaude et le robinet. C'est pourquoi je ne sers pas de verre d'eau imbuvable".

La qualité est quand même bien là : à une jeune femme qui demande un crème, je suis étonné par la réponse "fort en lait ou fort en café ?" Cela vous parait normal ? Demandez un crème prochainement dans un café; Vous en connaissez beaucoup de cafés où le serveur vous demande votre dosage ?

Pittoresque le lieu !

PS : le thé était très bon.